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Nicole Sanquer élue haut la main


C'est d'abord avec ses militants que Nicole Sanquer a savouré sa victoire samedi soir dans son QG de Papeete avant de rejoindre ses alliés de Amui tatou à la permanence du Tapura Huira'atira. crédit photo SD
C'est d'abord avec ses militants que Nicole Sanquer a savouré sa victoire samedi soir dans son QG de Papeete avant de rejoindre ses alliés de Amui tatou à la permanence du Tapura Huira'atira. crédit photo SD
Tahiti le 7 juillet 2024 – Sans appel. Avec 3 752 voix d'avance sur son adversaire, Nicole Sanquer est élue député sur la 2e circonscription législative de Polynésie française. Beau joueur, Steve Chailloux l'a félicitée avant même la fin du dépouillement, mais il invite l'exécutif à une “remise en question”. Plus amère, Tony Géros parle carrément de “vote sanction” contre le gouvernement. Il faut dire que la candidate Amui tatou l'emporte presque partout, et notamment à Paea où elle a confirmé l'exploit du premier tour.
 
C'est une victoire haut la main sur la 2e circonscription pour la coalition autonomiste Amui tatou, avec 55,88% des suffrages exprimés en faveur de Nicole Sanquer contre 44,12% pour Steve Chailloux. 3 752 voix d'écart exactement. C'est d'ailleurs le député sortant qui annonce la nouvelle à 20h50 en direct au micro de nos confrères de TNTV : “Je voudrais féliciter madame Sanquer, notre nouvelle députée de la Polynésie, qui a remporté avec beaucoup de fair-play et de respect cette élection.” Il reste pourtant encore les bureaux de Taiarapu-Est à dépouiller, mais l'affaire est déjà pliée. Et Steve Chailloux le sait.
 
Confirmation quelques minutes plus tard par un coup de téléphone du haut-commissaire Éric Spitz à Nicole Sanquer qui vient d'arriver de Mahina à son QG pour célébrer d'abord ce moment avec ses militants. “Je suis soulagée et apaisée”, nous a-t-elle déclaré. Si elle a vite senti le vent tourner en sa faveur dès les premiers bureaux de vote dépouillés qui la donnaient notamment gagnante dans le fief de son rival à Teva i uta, rien n'était gagné d'avance.
 
Un “déclic” chez les électeurs
 
Le Tavini Huira'atira a en effet l'habitude de davantage mobiliser ses troupes au second tour, et assurait avoir encore une réserve de voix importante la semaine dernière. “On est restés vigilants et surtout, on n'a rien lâché”, a expliqué Nicole Sanquer qui a gagné partout (dix communes), sauf à Papara (de 200 petites voix environ) et Raivavae (où c'est Steve Chailloux qui l'emporte très largement). Une victoire qu'elle attribue à l'énorme travail de terrain des équipes de Amui Tatou, mais pas seulement.
 
Entre la commission de décolonisation créée par Géros à l'assemblée, les discours “très portés sur l'indépendance” de la part des députés Tavini, et les événements qui ont récemment secoué – et même endeuillé – la Nouvelle-Calédonie, “le regroupement des cinq partis autonomistes a provoqué un déclic chez les électeurs”, analyse ainsi Édouard Fritch. Un peu déçu de ne pas avoir fait carton plein, il est néanmoins pleinement satisfait d'avoir fait gagner l'autonomie ce samedi et se dit confiant pour l'avenir.
 
Les municipales dans le viseur
 
Car que ce soit du côté des bleus ou des roses, les regards sont désormais rivés vers les communes, avec les élections municipales dans deux ans. “Ce sursaut va nous booster et j'espère que cette union va durer et perdurera dans le temps”, veut croire le leader du Tapura. La présidente de Ahip, nouvellement élue au Palais Bourbon, semble, elle aussi désormais, dans cette mouvance mais veut rester prudente. Une liste commune pour les communales pourquoi pas, mais “pas dans toutes les communes”, prévient-elle, et selon “un projet communal”, pas en fonction d'un parti.

Tepuaraurii Teriitahi (Tapua) voit, elle aussi, les résultats de Paea comme “un bon présage pour les prochaines échéances”. Il faut dire que c'est la cerise sur le gâteau de la victoire autonomiste sur cette 2e circonscription. Avec seulement 200 petites voix de plus, Nicole Sanquer arrive en tête dans le fief de Tony Géros avec 52,06 % des voix contre 47,94 % pour Steve Chailloux. Une belle performance d'autant que le taux de participation a bondi de 9 points à Paea entre le premier et le second tour. 
 
Gueule de bois au Tavini
 
Le vice-président du Tavini et président de l'assemblée de Polynésie avait l'air sonné samedi soir. Tout comme Tematai Le Gayic une semaine plus tôt, le patron de Tarahoi pointe lui aussi du doigt la responsabilité du gouvernement, en essayant toutefois de peser ses mots. “C'est un résultat qui nous questionne beaucoup”, a ainsi réagi Tony Géros samedi soir à Paea (lire sa réaction). “Le positionnement de la population ne s'est pas fait par rapport à la qualité du candidat mais par rapport à d'autres paramètres. Elle ne se retrouve pas dans ses attentes par rapport aux actions menées par le Pays. Et ils sanctionnent.”
 
En revanche, Antony Géros ne prend pas ce revers à Paea comme une sanction contre lui. “Ce n'est pas une élection qui met sur le billard le tāvana. C'est une élection législative”, a-t-il ainsi justifié au micro de Tahiti Infos, précisant qu'il fallait attendre d'analyser les résultats finaux dans leur globalité. 
C'est en tout cas un peu la gueule de bois ce dimanche du côté du Tavini qui réunit ses troupes à 16 heures et les débats s'annoncent déjà houleux avec quelques règlements de compte en perspective.  
 

Steve Chailloux (député sortant) : “J'ai fait du mieux que je pouvais”

“Je voudrais féliciter madame Sanquer, notre nouvelle députée de la Polynésie, qui a remporté avec beaucoup de fairplay et de respect cette élection. Je voudrais également remercier tous les électeurs et les électrices qui se sont déplacés dans le cadre de ce second tour [...]. Vous avez vu que pendant la campagne, les débats que nous avons eus avec madame Nicole Sanquer se sont passés de manière très courtoise, et je suis encore là pour poursuivre cette courtoisie républicaine et tout simplement féliciter madame Sanquer. Et je lui souhaite bonne chance avec monsieur Moerani Frébault pour ce mandat qui les attend à l'Assemblée nationale. Pour l'instant on a la tête dans le guidon. Demain on prendra vraiment le temps d'analyser les résultats ; mais effectivement, il va falloir, sans doute, qu'il y ait une remise en question de notre gouvernement [...]. Je pense que c'était de notoriété publique qu'à la base, je n'étais pas nécessairement candidat à ma réélection et que mon parti m'y avait poussé. Donc j'ai obéi à mon parti. J'ai fait du mieux que je pouvais et je suis assez content malgré tout de ce que nous avons pu faire.”

Nicole Sanquer (députée élue) : “Je suis soulagée et même apaisée”

“Je suis soulagée et même apaisée. Apaisée parce que l'enjeu était grand. Je le dois à toutes les équipes de terrain qui n'ont rien lâché pendant cette semaine intense. Merci du fond du cœur. Je voudrais aussi féliciter monsieur Chailloux pour les bons résultats qu'il a faits. C'est aussi grâce à la forte mobilisation de la population qu'on arrive à ce beau résultat. Je pense que sur le second tour, dans les foyers, il est vrai qu'on parlait plus du bilan du gouvernement Brotherson que du rôle d'un député, et il est clair qu'il y a de fortes attentes de la population, notamment sur la vie chère. Après le premier tour, le Tavini disait qu'ils avaient encore une grande réserve de voix donc on appréhendait un peu et on est restés vigilants. Surtout, on n'a rien lâché. Sur Paea, il y a eu un gros travail de terrain fait par Tepuaraurii Teriitahi et toutes les équipes. Toute la journée on a suivi ce taux de participation monter sur Paea et c'est vrai qu'avec Tepuaraurii, on n'était pas vraiment rassurées. On pensait à une vague bleue et là, le score ! Bravo à cette équipe de Paea qui a confirmé. Et à Teva i uta, mais partout, Hiti'i'a o te ra, Taiarapu-Ouest, Est... Je pense aussi qu'il y a eu une vraie réflexion sur cette autonomie/indépendance, avec cette création de la commission de décolonisation à l'assemblée, des discours très portés sur l'indépendance... tout ça a également mobilisé la population. Il y a eu aussi les événements en Nouvelle-Calédonie, on en a beaucoup parlé sur le terrain et ça a pu influer.”

Édouard Fritch (président du Tapura) : “Les autonomistes ont gagné ce soir”

“Aujourd'hui, nous avons gagné ces élections. Les autonomistes ont gagné ce soir [...]. Le regroupement des cinq partis autonomistes a provoqué un déclic chez les électeurs. Les voix ne se sont pas dispersées. Je ne dis pas que nous avons tout récupéré, il y a encore du travail à faire, mais ce sursaut a fait que nous avons pu récupérer deux députés de la Nation au sein du parti autonomiste. C'est un sursaut qui va nous booster pour l'avenir et j'espère que cette union durera et perdurera dans le temps. [...] Comme on l'a dit, nous ne serons pas dans les extrêmes, ni à l'extrême gauche ni à l'extrême droite. Nous serons au centre et on ira là où on nous écoutera et où on pourra avoir des moyens pour travailler [...]. Certains voudraient des systèmes démocratiques qui soient évolutifs et adaptables à la situation des partis. Non. Aujourd'hui, nous avons un système qui fonctionne puisque les gens peuvent s'exprimer. Ce qu'il faut constater au niveau de la participation, c'est que les Polynésiens, malgré tout, ne sont pas venus voter. Or c'est une occasion en or de dire ce que l'on pense. La démocratie est là, elle est vivante mais il faut la faire travailler. Vouloir à tout bout de champ remettre en cause le système démocratique, effectivement, je ne suis pas étonné d'Oscar Temaru qui ne cherche qu'une seule chose, c'est l'indépendance. Nous avons tous entendu Oscar Temaru émettre le vœu de passer en force. Il ne veut plus de référendum. Et c'est pour cela que nous nous sommes levés. Il faut qu'on défende cette démocratie. Il faut consulter les populations.”

Antony Géros (maire de Paea, vice-président du Tavini) : “Ça ressemble à un vote sanction”

“C'est un résultat qui nous questionne beaucoup. Il faut dire aussi que c'est une élection législative donc on ne peut pas faire des plans sur la comète mais c'est un résultat qui questionne. Ça ressemble à un vote sanction. Pour l'instant je ne peux pas trop m'avancer parce qu'il faut attendre les résultats finaux. Si on est face à un score serré, on peut dire que les avis sont partagés, mais si on a un score qui a vraiment creusé, c'est qu'il n'y a pas photo : on s'est fait sanctionner. Je parle de vote sanction, pas contre le tāvana. Ce n'est pas une élection qui met sur le billard le tāvana. C'est une élection législative qui porte sur une section relativement importante donc c'est dans sa globalité qu'il faut analyser les chiffres. Le positionnement de la population ne s'est pas fait par rapport à la qualité du candidat mais par rapport d'autres paramètres. Donc on se dit que ce n'est pas lui qui a été sanctionné, c'est autre chose. On va dire que la population ne se retrouve pas dans ses attentes par rapport aux actions menées par le Pays. Et ils sanctionnent.”

Rédigé par Stéphanie Delorme le Dimanche 7 Juillet 2024 à 14:53 | Lu 2216 fois