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Lisa Rocca : réunir les enfants fa’a’amu pour partager et s’entraider


TAHITI, le 23 novembre 2023 - Adoptée par une famille métropolitaine, Lisa Rocca a quitté le territoire alors qu’elle était âgée de quelques heures. Elle a grandi en France mais a toujours gardé le lien avec sa famille biologique et a effectué plusieurs séjours sur le territoire. Ses dernières vacances passées à Tahiti en 2022 ont été un déclic. Rentrer est devenu une évidence, elle veut désormais aider celles et ceux qui hésitent encore à franchir le pas.

L’objectif du groupe Lisa Fa’a’amu sur Facebook ? “C’est de réunir des enfants fa’a’amu”, répond Lisa Rocca qui envisage de monter un collectif ou une association. Depuis son retour en Polynésie en 2023, elle partage son histoire et cherche à encourager toutes celles et ceux qui n’osent pas à sauter le pas. Pour elle, rentrer était une évidence. Elle a quitté confort, travail, amis et famille adoptive en métropole pour rejoindre sa terre natale et sa famille biologique. Elle a senti un irrésistible appel. “On dit que c’est plus facile à dire qu’à faire, en réalité non, c’est tout à fait possible.

Chaque histoire est unique

Lisa Rocca a conscience que son parcours n’est qu’un parmi d’autres et que chaque histoire est unique. “Je ne suis pas représentative, mais je veux aider. L’adoption est souvent tabu et toujours très nuancée. En métropole, j'ai rencontré des Polynésiens qui ont vécu l'adoption comme un traumatisme et qui ne se sentent pas à leur place.”

À Tahiti, Lisa Rocca aimerait rassembler des enfants fa’a’amu qui sont revenus vivre en Polynésie et échanger autour des histoires personnelles de chacun via des groupes de parole, cafés-rencontres. Elle souhaite former un collectif qui viendrait accompagner les enfants fa’a’amu souhaitant s’installer au fenua. Elle liste : aider à retrouver sa famille biologique, aider dans les démarches administratives, aider à l’intégration professionnelle et sociale, partage de conseils, astuces…


En métropole, elle veut également former une communauté. Elle annonce en plus vouloir mettre en contact le collectif de Tahiti avec celui de métropole pour “échanger ensemble sur nos expériences et s’entraider pour ceux qui souhaitent rentrer au fenua”. La liste des actions à mettre en place n’est pas exhaustive. Lisa Rocca compte sur les bonnes idées des membres du groupe pour répondre toujours mieux aux attentes des uns et des autres. “Nous n’avons pas tous la même histoire, ni l’envie de rentrer en Polynésie. Mais je constate que nous avons toutes et tous beaucoup points en communs.”

Acceptée et protégée

Lisa Rocca a 27 ans. Sa famille biologique est originaire des Tuamotu, de Manihi précisément. Son père travaillait dans un hôtel qui a finalement fermé. “Mes parents se sont installés à Tahiti suite à cela.” Elle a été adoptée à sa naissance par une famille de métropolitains qui avait déjà six enfants. “J'ai été élevée dans la bienveillance, l'amour et la gentillesse. J'ai la chance d'avoir eu une enfance heureuse et d'avoir pu grandir avec ma petite sœur biologique en ne manquant de rien. Ma famille fa'a'amu a toujours entretenu un lien avec ma famille biologique et je la remercie profondément. J'ai grandi en paix avec cette idée.” Ses deux familles s’envoyaient des photographies et des lettres. Et sa famille adoptive a accueilli sous son toit la petite sœur biologique de Lisa Rocca cinq années après sa naissance.


Lisa Rocca dit avoir été acceptée et protégée par sa famille en métropole. “À la maison, je n’ai jamais ressenti de différence, je me suis toujours sentie comme les autres. Ce qui n’était pas le cas à l’école par exemple où j’entendais parfois remarques et moqueries.

Une fois son baccalauréat en poche, Lisa Rocca a suivi des études supérieures à Grenoble, dans la ville où elle a grandi. “Je voulais être architecte, entrer à l’Ensag, être maître d’œuvre, mais mon côté scientifique ne s’est jamais vraiment révélé.” Sa réorientation n’a laissé aucune trace de regrets. Elle a suivi finalement une licence au Cnam pendant deux ans, a enchaîné avec une inscription à la faculté d’urbanisme en parcours Maîtrise d’ouvrage et du bâtiment (Mobat). “Ces études étaient ouvertes à l’alternance”, commente-t-elle. “Elles ont débouché sur un CDI chez Isère habitat, un promoteur immobilier coopératif.”

Après avoir fini ses études supérieures, Lisa Rocca s’est professionnellement établie dans un “métier passion”. Ce qui, pour elle, compte beaucoup. Elle a besoin de trouver du sens. “C’était important d’avoir une situation stable avec un fil conducteur et des projets à moyen terme pour cocher ces cases fictives qui nous sont dictées par la société. J’apprécie toujours ces cases et ce conformisme que j’aime suivre.” Mais à l’âge de 26 ans, en 2023, elle a été bousculée par la vie.

J’ai été bouleversée par la Polynésie

Elle raconte : “Je me suis surprise moi-même quand j’ai songé à venir m’installer à Tahiti, après un voyage en 2022.” Elle n’était pas revenue depuis plus de dix ans et n’avait pas revu sa famille biologique durant toute cette période. “J’ai été bouleversée par la Polynésie, par son environnement, par sa culture et ses traditions, par sa population au sein de laquelle je me sens bien et c'était une évidence pour moi de revenir pour m'y installer définitivement.” Lisa Rocca a quitté une vie toute tracée, elle est sortie des sentiers battus brisant le “plafond de verre sorti tout droit de mon imagination”. Avec son compagnon, elle a cherché un travail depuis la France pour concrétiser “son changement de vie radical”. Elle dit avoir eu besoin de se “reconnecter” avec la culture polynésienne. “Elle est mienne.”

Elle ne regrette pas ce choix. “Je me sens chez moi à Tahiti autant qu’en métropole où j’ai grandi. Je me sens bien avec ma famille biologique avec laquelle j’ai encore des liens, mais je me sens aussi bien auprès de mes parents et frères et sœurs fa’a’amu qui sont pour moi ma vraie famille.

Rédigé par Delphine Barrais le Jeudi 23 Novembre 2023 à 06:22 | Lu 4849 fois