Tahiti Infos

Enfants fa’a’amu : silence, ça tourne !


Paris, le 21 juillet 2025 - Frank Doucet réalise un court métrage sur la situation des enfants fa’a’amu polynésiens. Un sujet qui lui tient à cœur. Tahiti Infos était à ses côtés à la Délégation de la Polynésie française à Paris où s’est déroulée une partie du tournage.
 
Agitation hors du commun à la Délégation de la Polynésie française à Paris : sur le trottoir, au pied de l’immeuble, le groupe de danse de Terii Taputu est applaudi par un petit attroupement enthousiaste. Mais, surtout, des caméras, des écrans réflecteurs, des projecteurs... Tout un matériel qui révèle que, oui, on tourne bien un film !
 
Envahie par une équipe de tournage, utilisée à tous les étages ou presque, encombrée de matériels divers, la Délégation ressemble à une ruche. L’arrière-cour est entièrement réservée pour la “popote” de toute l’équipe : réalisateur, acteurs, figurants, cadreurs, techniciens lumière et son, assistants…
 
Frank Doucet, grand spécialiste de communication, impresario depuis des années du groupe Aloha Tahiti Show de Terii Taputu, créateur de l’exposition itinérante La merveilleuse histoire de Tahiti et ses îles, a décidé de réaliser un film sur un sujet qui lui tient à cœur désormais : la situation des enfants fa’a’amu polynésiens.
 
“Sensibiliser la population et les politiques”
 
“J’ai la chance de réaliser mon premier court métrage qui s’appelle Les enfants fa’a’amu. Durant l’exposition [itinérante – NDLR] La belle histoire de Tahiti et ses îles, j’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup d’enfants fa’a’amu. Je ne connaissais pas forcément ce terme. En échangeant avec plusieurs personnes, dont mon ami Terii Taputu, ou encore Teanuanua Paraurahi, qui m’ont raconté leur histoire et aussi en rencontrant l’association Maeva (qui met en contact les enfants fa’a’amu en Europe), j’ai appris que, récemment, l’État français voulait changer ce système d’adoption en considérant les enfants fa’a’amu comme pupilles de la Nation.”
 
“J’ai été saisi par cette association et pour l’aider, j’ai eu l’idée de réaliser ce court métrage pour sensibiliser la population et les politiques à propos de ce droit coutumier qui est applicable à la Polynésie française. La tradition fa’a’amu (donner à manger, confier un enfant) consiste à garder le lien entre la famille et la famille adoptive. J’ai rencontré des cas où, en fait, les enfants n’avaient plus aucun lien avec la Polynésie, aucun lien culturel non plus.”
 
“J’ai donc voulu créer cette histoire avec Tea, qui est un jeune Polynésien, loin du Fenua, qui sent un malaise en lui. Il ne sait pas ce qui se passe. Dans le film, on le voit grandir et il ira jusqu’à aller essayer d’atteindre les politiques dont la plus haute autorité : le président de la Polynésie française. Le message étant : ‘Aidez-nous, les fa’a’amu. On a besoin de se retrouver dans le monde entier et surtout de garder cet ancrage polynésien’.”
 
Porter la voix des enfants fa’a’amu
 
Dans le film, un jeune Polynésien, joué par Teanuanua Paraurahi, voudrait remettre une lettre en haut lieu. Par hasard, il rencontre un commissaire d’exposition (Frank Doucet lui-même) qui va lui permettre de remettre directement sa lettre au président de la Polynésie, lors du vernissage, à la Délégation de la Polynésie française, d’une nouvelle exposition consacrée aux fa’a’amu qu’ils ont créée ensemble. Le film retrace la vie de Tea depuis tout petit jusqu’au jour où…
 
De son côté, Teanuanua Paraurahi, Tea dans le film, est plus qu’acteur : “D’une façon romancée, le film raconte mon histoire personnelle en tant qu’enfant fa’a’amu. Mais il y a une période très délicate par laquelle passent toutes les familles adoptives, c’est lors de l’adolescence. Si on ne fait pas ce travail de fond avec l’enfant adopté, c’est-à-dire garder le lien biologique, cela peut poser des problèmes. Je suis un peu le représentant de tous ces enfants adoptés pour porter une voix au Fenua et dire qu’au-delà de nos étudiants, de nos militaires, de nos évasanés, on existe aussi. Et comment maintenir mes racines depuis que je suis en France.”
 
Le film, produit par La Paletterie internationale et les Éditions Brava, sera présenté à Paris, le 27 septembre prochain.


Rédigé par Philippe Binet le Lundi 21 Juillet 2025 à 18:33 | Lu 4130 fois