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Du delta du Rhône aux fjords de l'Arctique, sur la piste des sédiments



Ny-Alesund, Norvège | AFP | jeudi 30/07/2015 -"En arrivant ici, je me suis dit +c'est comme un fleuve en crue, ça ressemble à l'embouchure du Rhône+", raconte Philippe Kerhervé devant les eaux chargées de sédiments sortant du glacier de la baie de Ny-Ålesund, le village permanent le plus proche du pôle Nord.

Cet océanographe spécialiste des dépôts sédimentaires a quitté son terrain de travail habituel - la Méditerranée - pour une mission de trois semaines dans ce village dédié à la science et situé sur l'île norvégienne du Spitzberg, une région arctique où le réchauffement de la planète est inégalé.

Le fjord dans lequel Ny-Ålesund a été bâti - à l'origine pour l'exploitation de mines de charbon - est bordé en cette fin juillet par une alternance de pics dénudés et de glaciers.

L'un des plus gros, niché au fond de la baie, le Kronebreen (glacier de la couronne), présente un front crevassé de deux kilomètres de large, aux reflets bleutés évoluant avec la lumière.

"En été, la glace de surface fond beaucoup, forme sous le glacier des rivières qui transportent de la roche broyée et au bout c'est un véritable torrent de boue qui est rejeté dans le fjord", explique Philippe Kerhervé.

D'où l'analogie avec les crues du Rhône et les transports exceptionnels de sédiments enregistrés pendant ces épisodes.

Son projet de recherche, conduit avec son collègue du laboratoire Cefrem (université de Perpignan) François Bourrin, vise à quantifier le volume de sédiments relâchés chaque année par le Kronebreen.

Car "avec le réchauffement climatique, la fonte s'accentue, les rejets de roche aussi, et du coup c'est tout l'écosystème marin des fjords qui va être de plus en plus impacté", expliquent les deux scientifiques.

Une arrivée trop soudaine de sédiments va menacer les organismes vivants sur les fonds marins (algues, coquillages) et à terme le reste de la chaîne alimentaire (poissons, phoques, etc.).

D'autant que l'acidification et la hausse de la température de l'eau bouleversent aussi les écosystèmes.

Au matin du 21 juillet, les deux chercheurs embarquent sur le Teisten, un petit chalutier, pour des prélèvements à trois endroits du fjord qui s'étire sur 20 km.

- Eaux rouges, brunes ou grises -

Le bateau s'immobilise à l'entrée de la baie. A l'arrière, les manipulations se succèdent. Un filin descend des sondes lestées d'un bloc de ciment: Elles mesurent la température de l'eau, sa salinité, le type et la taille des particules en suspension. Un appareil optique permet de mesurer la turbidité et de simples prélèvements d'eau sont également réalisés.

Chaque mesure est effectuée à la surface, à 5 et 30 mètres de profondeur.

"Nous allons aussi faire des carottages de sédiments en descendant jusqu'au fond", explique François Bourrin.

Le bateau met le cap vers l'intérieur du fjord. Il rencontre alors des milliers de morceaux de glace disloqués du front du glacier et de taille très variable: de quelques dizaines de centimètres à plusieurs mètres.

Ce jour-là, les courants sont faibles et les mini-icebergs semblent immobiles.

Nouvelle descente pour les sondes, l'appareil optique, le cylindre pour le carottage.

"Selon les endroits du fjord, et en fonction du type de roche qui est érodée, les eaux sont rouges, brunes ou grises", fait remarquer Philippe Kerhervé.

"Une grosse partie de ce matériel (rocheux) se sédimente sur les premiers kilomètres du fjord (...) en deux ou trois mois, il peut y avoir 15 à 20 centimètres de sédiments accumulés", selon lui.

"Le matériel plus fin reste à la surface et est emporté en dehors du fjord", les coulées de boue du glacier créant un courant vers l'extérieur de la baie.

L'an dernier, à l'issue d'une mission à la station de recherche franco-allemande Awipev (Alfred Wegener Institut Paul Emile Victor) de Ny-Ålesund, une première évaluation a été réalisée.

"Approximativement 700 à 800.000 tonnes de sédiments ont été déversées en 2014 dans le fjord par ce seul glacier", annonce Philippe Kerhervé.

"Cela représente un dixième de ce que le Rhône charrie chaque année", s'exclame-t-il. Ce qui laisse entrevoir les rejets vertigineux de sédiments à l'oeuvre sur cette île arctique aux 1.600 glaciers.

Rédigé par () le Jeudi 30 Juillet 2015 à 05:54 | Lu 175 fois




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