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Arthur Ceccaldi ubérise les petits trajets


Arthur Ceccaldi
Arthur Ceccaldi
TAHITI, le 26 mai 2021 - Il a fondé Hello Scoot', une société lancée il y a deux mois et qui compte une équipe de quatre personnes. Arthur Ceccaldi, formé dans une école de commerce, a mis au point une alternative au "tout voiture" sur les courts trajets. Il revient sur son parcours de startupeur en période de Covid.

Hello Scoot’ est un service de scooter électrique partagé qui se recharge à l’énergie solaire et s’utilise via une application mobile. C’est une alternative de transport durable sur la zone urbaine pour éviter de prendre sa voiture personnelle pour les petits trajets. C’est un service de location en libre accès qui trouve sa place sur le marché de la micromobilité permettant aux automobilistes de ne pas passer des heures à chercher une place, d’avoir à payer un parking ou… une amende juste pour une course, un déjeuner ou une facture à payer.

La zone de service de Hello Scoot’ se situe pour l’instant de la limite Papeete-Faa’a jusqu’à Taaone. Elle évolue en fonction de la demande des clients. Elle fonctionne en plus avec quelques partenaires (des hôtels, des stations services ainsi que l’université).

Une utilisation simple, intuitive, plaisante

Pour avoir accès à ces engins électriques, les utilisateurs doivent, dans un premier temps, s’inscrire en précisant leurs contacts (mail et téléphone) et en présentant carte de crédit et un permis de conduire. Si le permis de conduire n’est pas une obligation pour conduire les scooters, cela "nous permet de mieux coller aux exigences des assurances, car notre principale préoccupation est la sécurité de notre communauté de clients", précise le fondateur de la société, Arthur Ceccaldi. En effet, la détention du permis permet de s’assurer que les utilisateurs ont une connaissance du code et des règles de circulation.

Pour ceux qui ne se sentent pas très à l’aise, des séances d’initiations sont proposées, gratuitement, en présence d’un moniteur d’autoécole. Elles durent une heure et consistent en un rappel de la sécurité en deux roues.

Une fois l’inscription faite, l’utilisateur qui souhaite effectuer un petit déplacement dans la zone couverte se connecte via son téléphone portable. Il peut localiser les engins disponibles les plus proches de lui au moment de sa requête. Le tarif d’utilisation est annoncé ainsi que l’autonomie des scooters identifiés. Il choisit un engin qui va alors lui être réservé pendant 20 minutes, le temps de faire le trajet jusqu’à lui. Un trajet dont la durée est également annoncée sur l’application. En cours de route, la réservation peut être annulée à tout moment.

Une fois sur place, un click suffit pour déverrouille le scooter. Le top case s’ouvre, il contient deux casques et des charlottes, un état des lieux est fait et le moteur démarre. Le scooter est équipé d’un port USB pour recharger son téléphone, d’un support pour le téléphone et d’un autre support pour une éventuelle gourde.

À l’issue du déplacement, l’utilisateur doit tout simplement trouver une place de parking à l’endroit où il souhaite descendre. Nul besoin de le ramener dans une zone particulière. Un click suffit pour terminer la location. Le scooter est verrouillé, la facture affichée.

Un gros travail de logistique

En coulisse l’équipe de Hello Scoot’ est sur tous les fronts. Elle a accès à une application professionnelle complémentaire qui permet de suivre les engins, leur niveau de batterie, leur état, leur situation. Elle peut détecter à distance une panne, un scooter mal garé. "En toute situation, on intervient aussitôt", assure Arthur Ceccaldi qui tient à ce que l’image de la société reste irréprochable pour les utilisateurs, mais également pour tous les autres usagers de la ville. De ce fait, "nous avons un très gros travail de logistique pour suivre la flotte".

Aujourd’hui la flotte Hello Scoot' compte onze scooters. Une quarantaine d’engins s’y ajouteront d’ici à la fin de l’année.

Arthur Ceccaldi, 32 ans aujourd’hui, a grandi en métropole. Il a fait une prépa HEC à Orléans puis une école de commerce à Tours, "ne sachant pas très bien ce que je voulais faire à l’époque". Il est entré dans le monde professionnel en saisissant des opportunités, a travaillé sur un programme de fidélisation de clients. Il a également travaillé dans le vin à Dijon et Bordeaux réalisant du sourcing, animant un site internet, préparant des dégustations avant de se retrouver dans la transformation digitale. "J’ai été consultant auprès d’un grand groupe dans l’énergie où j’ai pu m’ouvrir aux problématiques de la mobilité et aux solutions qui existaient. À Paris, c’est un sujet central."

En arrivant en Polynésie pour raisons personnelles, il a souhaité mettre en place "de nouvelles choses bénéfiques", qui "tiennent dans la durée" et qui "ont du sens". Aussitôt, il a constaté, comme tout le monde, les bouchons, les voitures de gros gabarits qui ne servent qu’à une seule personne pour de courts trajets. "Je me suis demandé quelle solution écologique et pratique on pouvait proposer dans ce contexte", se rappelle celui qui circulait beaucoup en scooter à Paris.

Premiers tests en 2019


Il y a deux ans, il s’est lancé dans l’aventure Hello Scoot’. Même s’il a été compliqué de fédérer les acteurs autour de ce projet, il a senti une "bonne résonance". Il a investi une partie de ses économies. Il a fait venir ses premiers engins électriques pour les tester sous le climat polynésien, évaluer le coût, mettre au jour les problèmes techniques potentiels. Il a fallu tenir compte de la distance pour tout. "C’était un gros challenge !", admet Arthur Ceccaldi. D’autant qu’il s’est lancé dans le secteur de service à distance, peu commun encore en Polynésie. Il a suivi diverses formations pour s’en sortir.

Il a intégré Prism, l'incubateur de la CCISM, a remporté le deuxième prix du concours lancé par le tourisme en 2019, a été soutenu par la DGEN, la BPI (Banque publique d'investissement). Et puis, malgré toute la bonne volonté de son fondateur, la société a dû traverser la difficile et incertaine année 2020. "Malgré la période, l’absence de touristes, l’économie en berne, le ralentissement dans l’acheminement du matériel, nous avons dû poursuivre et ouvrir." Le projet était déjà trop engagé. Persévérer, y croire, avancer coûte que coûte, faire preuve de patience et persévérance, se relever sont autant de caractéristiques propres aux stratupeurs en général et aux startupeurs 2020 en particulier.

Voilà deux mois que la société est en phase de tests. Aujourd’hui, Arthur Ceccaldi souhaite stabiliser sa société tout en réfléchissant en parallèle à de nouvelles alternatives et solutions, comme des locations de vélos ou trottinettes. Innover, "cela reste notre ADN".

S'adapter

"Après deux mois, on commence tout juste à se stabiliser." L’équipe découvre par ailleurs des surprises. Les utilisateurs apprécient l’offre et affichent leurs besoins. "En semaine, comme prévu, ce sont des usages de courte durée, le week-end par contre, la location peut durer une voire deux heures, on ne s’y attendait pas. On va devoir par exemple faire évoluer les tarifs." Entreprendre c’est aussi se laisser surprendre et s’adapter.

Hello Scoot’ a vocation à s’étendre, sur Taravao par exemple, voire Teahupoo en prévision des Jeux Olympiques. "On ne peut imaginer la circulation de centaines de voiture par jour sur cette route !" D’autres îles également pourraient accueillir le service comme Moorea, Bora Bora…"Il nous faudra alors arbitrer entre la demande et le nombre d’engins à disposition, car il y a un enjeu de rentabilité."

"Un secteur à transformer"


Un jour, plus tard, Arthur Ceccaldi aimerait pouvoir mettre au point une appli qui permettrait aux utilisateurs de trouver le moyen de transport le plus adapté à un instant T : bus, taxi, vélo, trottinette, voiture de location, scooter. Il imagine sa société au sein d’un écosystème cohérent. "Depuis le début, j’imagine de la co-construction avec d’autres acteurs."

Pour lui, le service proposé va au-delà du simple transport, "c’est un peu un kiff, un petit moment de plaisir, car tout est déjà réglé, il n’y a qu’à profiter quand on loue le scooter". C’est aussi une bonne occasion de revoir notre rapport à la ville, à la mobilité et à l’espace urbain. "Pas moins de 44% des gaz par effet de serre émis par habitant sont dus au transport routier ! On a tout un secteur à transformer."

Il se laisse à penser au jour où le nombre de voitures personnelles circulant sur de courts trajets diminuerait. L’espace urbain alors évoluerait. Les places de parking laissées libres au cœur de la ville pourraient devenir des espaces de jeu, des fa’a’apu, des lieux d’exposition… "Cela deviendrait des espaces partagés, communs.".

Contacts

FB : Hello Scoot’
Tél. : 40 54 54 40
Site internet hello Scoot'

Rédigé par Delphine Barrais le Mercredi 26 Mai 2021 à 17:54 | Lu 1880 fois