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À Paea, un ancien restaurant et six studios saisis par la justice remis sur le marché


Une seconde visite du site est prévue le 6 février 2026. Les candidats à l’acquisition ont jusqu’au 13 mars, à 15 heures, pour déposer leur offre de rachat.
Une seconde visite du site est prévue le 6 février 2026. Les candidats à l’acquisition ont jusqu’au 13 mars, à 15 heures, pour déposer leur offre de rachat.
Tahiti, le 21 janvier 2026 - À Paea, un ensemble immobilier désormais sous contrôle de l’État est mis en vente dans le cadre d’une procédure de confiscation judiciaire. Ce mercredi, les potentiels acquéreurs ont pu visiter cet ancien restaurant et six studios. Ils ont jusqu’au 13 mars pour déposer une offre.
 
Ce mercredi matin, dès 8 heures, les visiteurs arrivent au compte-gouttes dans l’ancien Lani’s BBQ, au lotissement Papehue, côté montagne à Paea. Un ensemble immobilier désormais sous contrôle de l’État est mis en vente dans le cadre d’une procédure de confiscation judiciaire liée à une affaire de trafic de stupéfiants et de blanchiment d’argent.
 
Le site se compose de deux lots distincts : une parcelle accueillant un restaurant avec ses parkings, et une seconde parcelle comprenant deux bâtiments totalisant six studios, avec piscine. En une heure et demie, une vingtaine de personnes ont déjà visité les lieux. Des particuliers, des investisseurs et quelques restaurateurs. Si le restaurant suscite l’intérêt, ce sont surtout les bungalows qui attirent les regards.
 
Des projets concrets 
 
La plupart des visiteurs interrogés évoquent des projets de location, courte ou longue durée, ou la transformation des studios en deux grandes habitations. Tous ont cependant un point commun : ils préfèrent garder l’anonymat. Et aucun ne semble rebuté par le passé judiciaire du bien.
 
Raina et Temanu (prénoms modifiés) possèdent déjà plusieurs biens immobiliers. “Maintenant, on pense investir pour notre future retraite”, confie le couple en souriant. Cette fonctionnaire d’État et ce patenté en informatique inspectent attentivement les six studios, qui n’ont jamais été habités. “Il y a beaucoup de potentiel”, assure Raina. “C’est bien placé, on n’entend pas la route, il y a un parking, une piscine, et on connaît le quartier”, énumère Temanu. Le couple envisage une location saisonnière ou la création de deux logements plus vastes, tout en anticipant “quelques travaux quand même”.
 
À deux pas, deux investisseurs s’intéressent eux aussi aux bungalows qu’ils imaginent louer à des couples ou à des étudiants. Ils n’ont pas encore chiffré précisément le projet. Le prix reste d’ailleurs le grand mystère de la matinée. L’agente des finances publiques ne peut pas communiquer l’estimation, procédure oblige. Les visiteurs savent seulement qu’un mètre carré de terrain nu vaut “au grand minimum” 60 000 francs. À cela s’ajouteront les démarches de mise en conformité pour les bungalows.
 
Côté restaurant, la terrasse ouverte, la salle climatisée et la cuisine professionnelle bien équipée séduisent quelques restaurateurs venus repérer les lieux. Particularité notable : “Les murs et le fonds sont vendus ensemble, ce qui représente une vraie opportunité”, souligne l’administration.
 

Une procédure à respecter  
 
Chargée de piloter cette vente pour le compte de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc), Tania Brandts-Buys, responsable du service du domaine à la direction des finances publiques, insiste sur le caractère exceptionnel du bien. “Le site est bien placé, la plage publique et le parc sont à une centaine de mètres”, rappelle-t-elle.
 
La procédure, strictement encadrée, repose sur un appel d’offres. “Nous organisons une première visite aujourd’hui et une seconde le 6 février. Les candidats ont jusqu’au 13 mars à 15 heures pour déposer leur offre. Ensuite, une commission d’ouverture des plis se tiendra une dizaine de jours plus tard, avec le directeur des finances publiques. Le candidat ayant présenté la meilleure offre sera retenu”, explique la responsable. Il faudra ensuite encore plus de deux mois pour finaliser la vente. Si tout se déroule comme prévu, le futur propriétaire pourrait récupérer les clés avant juillet.
 
Aucun prix de base ne sera rendu public, même si un seuil minimum existe. “Nous ne vendrons pas en dessous”, précise-t-elle. En cas d’appel d’offres infructueux, une seconde procédure pourra être lancée, avant un éventuel recours à une vente de gré à gré.
 
Si ce type de vente reste encore rare en Polynésie (lire ci-dessous), les saisies, elles, se multiplient. “Il y a beaucoup de biens saisis depuis un à deux ans. On attend simplement que les procédures judiciaires arrivent à leur terme. Ici, la confiscation est définitive”, indique Tania Brandts-Buys. 
 
Sur place, l’ambiance reste feutrée. Les visiteurs se font discrets. Par crainte du jugement, par souci de confidentialité financière ou simplement par prudence. Difficile à dire. Une chose est sûre : sous la pluie de Paea, l’État teste, une nouvelle fois, sa volonté de frapper les délinquants là où cela fait mal : au portefeuille.

Frédéric Benet-Chambellan
Procureur général
“On touche là où ça fait vraiment mal”
 
S’agit-il de la première vente immobilière issue d’une confiscation judiciaire au profit de l’Agrasc en Polynésie ?
“Oui. Il y a déjà eu des confiscations de biens immobiliers par le passé, mais c’est la première fois en Polynésie qu’une vente immobilière est réalisée au profit de l’Agrasc. Pour les voitures ou les bijoux, c’est courant, mais l’immobilier implique une procédure plus lourde et plus longue.”
 
Que devient l’argent issu de la vente ?
“Il est perçu par l’Agrasc, qui le redistribue selon des règles strictes. Une partie va au budget général de l’État, une autre à l’indemnisation des victimes, une part à la Mildeca pour la prévention des conduites addictives. Certains fonds servent aussi à financer des dispositifs spécifiques, comme la protection des personnes prostituées ou le soutien aux repentis ayant collaboré avec la justice.”
 
Ces confiscations sont-elles réellement dissuasives ?
“Oui. Dans le trafic de stupéfiants, la prison était souvent perçue comme un risque du métier. Ce que les délinquants redoutent aujourd’hui, c’est de sortir sans rien : plus de villa, plus de voiture, plus de biens de valeur. Le fait qu’ils contestent de plus en plus les procédures de saisie montre que l’on touche là où ça fait vraiment mal.”
 
Y aura-t-il d’autres ventes de ce type ?
“Oui. En Polynésie, environ 3 millions de francs ont été confisqués l’an dernier. D’autres biens immobiliers sont en cours de procédure. Tout se fait dans le respect de l’État de droit, mais la dynamique est clairement engagée.”

Rédigé par Darianna Myszka le Mercredi 21 Janvier 2026 à 13:32 | Lu 3264 fois