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2025, des vœux pour l'administration et des interrogations pour le Pays


Tahiti, le 24 janvier 2025 - Ce vendredi, à la Présidence de la Polynésie française, Moetai Brotherson a adressé ses vœux aux chefs de service de la fonction publique. L'occasion pour les médias locaux d'interroger le chef du gouvernement sur ses directives souhaitées pour l'administration locale en 2025, mais également de faire le bilan de ses récentes rencontres avec l'État. Interview.
 
Monsieur le président, vous sortez à l'instant de la cérémonie annuelle des vœux adressés aux chefs de service de la fonction publique. Quels sont-ils pour cette année 2025 ?
 
" Nous voulons faire en sorte que nos fonctionnaires se sentent mieux dans l'administration. Qu'ils soient motivés et heureux de venir travailler pour les polynésiens. On a pris toute l'année 2024 pour faire un certain nombre de consultations, de concertations, et donc cette année il y a de grands défis. Il y a le projet Pēperu, de réorganisation de l'ensemble de nos services. Bon, il ne s'agit pas de tout révolutionner, mais plutôt de faire les changements qu'il faut aux endroits qu'il faut, à partir des remontées qui nous sont faites des différents services. Parmi les autres projets, il y a aura la refonte des régimes indemnitaires pour mettre fin aux situations trop disparates qui existent dans notre administration. Il y a également les enjeux de la décentralisation et de la déconcentration, avec d'un côté la poursuite de la mise en place des Fare Ora, et de l'autre, la volonté de déplacer un peu plus l'administration vers le sud de l'île de Tahiti. Ce sont nos objectifs pour cette année, en concertation évidemment avec notre fonction publique. "
 
Au vu de l'actualité de ces dernières semaines, n'avez-vous pas une crainte de rencontrer des accrocs dans tous ces grands chantiers ?
 
" Je ne parlerai pas d'accros. Je pense qu'il y aura des discussions et que ces discussions seront parfois animées. Il y a des sujets qui ont trop tardé à être discutés, qui ont même fermenté depuis un peu plus de 10 ans. Il y a beaucoup d'affect sur certains de ces sujets, il faut donc essayer d'aborder les choses de manière rationnelle. Toujours garder à l'esprit la gestion des deniers publics. Je l'ai rappelé devant les chefs de service, notre administration c'est aujourd'hui déjà 35 milliards de masse salariale qu'il faut gérer et intégrer dans un projet de budget. On a un certain nombre de revalorisations, de reclassements, qui vont coûter de l'argent, qui vont augmenter cette masse salariale, mais il faut veiller au grain. Il faut être prudent car sinon on peut créer des situations qui ne sont pas tenables dans le temps. "
 
Lors de votre discours, vous avez cité parmi les grands défis à venir la préparation des Jeux du Pacifique de 2027. On a cru comprendre qu'à Paris les nouvelles n'étaient pas très bonnes concernant l'accompagnement de l'État sur ce projet...
 
" On va dire qu'elles ne correspondent pas à 100% à ce que j'attendais. Mais c'était prévisible vu l'effort général qui est demandé au niveau budgétaire. Maintenant nous sommes dans l'attente des chiffres précis qui vont nous être donnés par le ministère des finances. Ça a été l'objet de mes rencontres avec le premier ministre, le ministre des Outremer, le ministre des finances. J'ai rappelé aux uns et aux autres les enjeux qui sont les nôtres et que ce n'est pas parce que aujourd'hui, en concert avec les collectivités d'Outremer, on est un peu les bons élèves qu'il faut nous oublier. "
 
Les coups de rabot budgétaire concernent-ils uniquement les contrats de développement et de transition (CDT) des communes ou d'autres volets sont-ils également concernés ?
 
" C'est l'ensemble finalement des contrats qui sont aujourd'hui potentiellement concernés. Il y a le CDT commune, il y a le CDT Pays. J'ai rappelé que ce CDT Pays était porteur d'une grande partie des investissements qui sont fléchés vers les Jeux du Pacifique. Ces Jeux sont un enjeu pas seulement pour la Polynésie, mais c'est un enjeu diplomatique pour l'État français et l'Union Européenne dans le concert des nations de la région. Du coup, ils m'ont tous confirmé qu'ils seraient très attentifs à ça, qu'ils avaient pris conscience de ces enjeux. Maintenant, je pense qu'il y a aura tout de même une modification des formats : Est-ce que les montants seront les même mais étalés sur une période plus longue ? Est-ce que c'est une diminution des montants ? C'est tout ça que nous sommes en train de discuter.
 
À Paris, il semblerait qu'il a aussi été question de parler du contexte et des enjeux régionaux, et notamment de l'invisibilisation flagrante de la France et de l'Europe dans le Pacifique. C'est quelque chose qu'il était important de souligner selon vous ?
 
" Il en a effectivement été question, mais pas que à Paris, à Bruxelles aussi. J'ai rencontré les nouveaux commissaires à la commission européenne. J'ai rencontré Younous Omarjee qui est vice président. Je leur ai porté ce message parce qu'aujourd'hui, après le "Brexit", il n'y a plus que les trois PTOM français qui finalement portent un peu l'identité européenne dans le Pacifique. Donc j'ai été plaider pour que les moyens et les actions soient renforcées, et pas seulement pour les PTOM, mais aussi dans la coopération de l'Union Européenne avec les pays du Pacifique. "
 
Finalement, cela n'a t'il pas été l'occasion de discuter d'un éventuel classement de la Polynésie en tant que Région ultrapériphérique (RUP), à l'exemple d'une de vos vidéos tournées à Paris ?
 
" Alors non, il ne s'agissait pas de classer la Polynésie en RUP, mais de faire prendre conscience aux polynésiens, et aux gens que ça intéresse, des différents régimes d'association qui existent avec l'Europe. Vous avez aujourd'hui des régions ultrapériphériques qui se voient attribuer 22 fois plus de moyens que nous, PTOM. Mais cela a un prix. Le prix finalement de l'autonomie puisque ces RUP se délestent de toute une partie de leurs compétences, notamment en terme de pêche, d'agriculture et d'autres. Ce qui n'est pas du tout l'intention de la Polynésie. "
 
Donc RUP non, mais autre chose, oui peut être...
 
" On peut tout étudier aujourd'hui. Cela va être difficile d'aller vers un nouveau statut d'association mais en tout cas ce que l'on peut faire c'est travailler sur le périmètre et le format de ces conventions d'association pour les PTOM. RUP pour moi ce n'est pas concevable. Ce n'est pas à un indépendantiste que vous allez demander de céder des compétences à l'Europe. Mais que l'on ait une meilleure convention d'association pour les PTOM, et particulièrement pour nous, oui. "

Rédigé par Wendy Cowan le Vendredi 24 Janvier 2025 à 15:36 | Lu 2857 fois