
Teva Opuu, agent d’extraction, immerge les cinq paniers de 16 kg de fleurs chacun dans la cuve (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 30 janvier 2025 – Cire concentrée en molécules olfactives, la concrète est exploitée en parfumerie. Depuis un peu plus d’un an, le Laboratoire de cosmétologie du Pacifique sud de Papara s’est doté d’un extracteur pour valoriser les tiare Tahiti sous cette forme. Déjà difficile à satisfaire, la demande en fleurs devrait être décuplée : pour cette saison 2024-2025, la production de concrète va dépasser les 10 kg, soit 6 à 7 tonnes de tiare Tahiti, en sachant que l’objectif de l’entreprise est bien supérieur pour les années à venir.
Depuis octobre 2023, le Laboratoire de cosmétologie du Pacifique sud s’est doté d’un nouvel outil de transformation. Il s’agit d’un extracteur en inox, dont les composants ont été installés dans une salle réaménagée sur deux étages. Un investissement conséquent de 120 millions de francs entre le matériel, les travaux et les normes de sécurité relatives à l’utilisation d’un solvant inflammable, afin de produire de la concrète de tiare Tahiti, base naturelle exploitée dans le secteur de la parfumerie.
Depuis octobre 2023, le Laboratoire de cosmétologie du Pacifique sud s’est doté d’un nouvel outil de transformation. Il s’agit d’un extracteur en inox, dont les composants ont été installés dans une salle réaménagée sur deux étages. Un investissement conséquent de 120 millions de francs entre le matériel, les travaux et les normes de sécurité relatives à l’utilisation d’un solvant inflammable, afin de produire de la concrète de tiare Tahiti, base naturelle exploitée dans le secteur de la parfumerie.
Un protocole précis
Cette initiative permet de relancer un marché dans la continuité du développement de la filière du tiare Tahiti. “C’est un produit qui a disparu il y a environ dix ans avec la fermeture de Tahiti Arômes à Moorea, laissant des marques utilisatrices sans production. Un gros parfumeur de Grasse nous a contactés pour savoir si on pouvait fournir cette matière première”, explique Olivier Touboul, directeur général du laboratoire de Papara.
Après plusieurs mois de tests préalables et plus d’un an d’utilisation, le protocole est bien rodé. Les fleurs doivent avoir atteint une maturité précise, “blanches et à peine ouvertes”. “C’est un peu la même technique que le mono’i, sauf que les tiare Tahiti ne sont pas plongées dans de l’huile de coprah, mais dans un solvant. L’hexane permet de pomper les molécules olfactives des plantes, à savoir la base parfumante de la fleur. On fait trois cycles courts de macération, entre 30 et 15 minutes, puis on concentre le solvant imprégné dans la fleur jusqu’à en obtenir une pâte épaisse : la concrète”, précise Olivier Touboul, en sachant que le solvant est recyclé pour être réutilisé lors des prochains cycles.
625 kg de fleurs pour 1 kg de produit
Cette mission de transformation a été confiée à Teva Opuu, nouvelle recrue du laboratoire. Diplômé en sciences physiques et industrie chimique, ce natif des Australes et résident de Papara a travaillé dans le contrôle qualité dans le nord de la France, puis à la Brasserie de Tahiti, avant de rejoindre l’équipe et de renouer avec ses racines. “On a de bons résultats”, remarque-t-il, la fleur à l’oreille. “De la réception des fleurs au produit fini, c’est une journée de travail entre la préparation des paniers pour un total de 80 kg, les timings à respecter et les précautions de sécurité”.
En sachant qu’il faut 625 kg de tiare Tahiti pour fabriquer 1 kg de concrète, à l’arrivée, les prix s’envolent. Ce concentré de parfum se vend entre 1,8 et 2 millions de francs le kilo. Format idéal pour l’exportation, la concrète est ensuite raffinée pour être exploitée sous la forme d’absolu par les parfumeurs. Des développements confidentiels seraient en cours par de grandes marques de luxe, mais la concrète de tiare Tahiti est déjà utilisée par l’enseigne nationale et grand public Adopt’, présente localement.
Des chiffres en hausse
Lors de la première saison 2023-2024, ce sont 5 kg de concrète de tiare Tahiti qui ont été extraits, soit 3 tonnes de fleurs achetées. “Cette nouvelle activité nous a permis de doubler nos achats de tiare Tahiti entre 2022 et 2023. C’est déjà un exploit, car entre 2004 et 2014, il y a eu une diminution de 19% de la surface cultivée en tiare Tahiti et les producteurs sont très sollicités pour les festivités locales”, rappelle Olivier Touboul, qui encourage les cultivateurs des environs et des îles à se lancer pour restaurer les 17 hectares de plantations perdus. Si le laboratoire dispose de sa propre exploitation, il a également étendu ses recherches de nouveaux fournisseurs jusqu’aux Tuamotu, notamment à Makemo, où une dizaine de familles entretiennent cette filière agricole et économique. “Pour cette saison 2024-2025, à notre grande surprise, on a réussi à doubler notre volume de production pour atteindre 10 à 12 kg de concrète, soit 6 à 7 tonnes de fleurs”, se réjouit le chef d’entreprise, qui s’est fixé comme objectif d’extraire 30 à 40 kg de concrète de tiare Tahiti dans les prochaines années.
Des activités complémentaires
La production de tiare Tahiti étant saisonnière, avec un pic entre septembre et février – voire plus aux Tuamotu – et soumise aux aléas météorologiques, cet extracteur est volontairement évolutif. En période creuse, des hydrodistillations de végétaux sont envisageables. Différents tests sont à l’étude, du citron des Marquises au noni, en passant par le tamanu ou le vétiver. La production de mono’i reste la principale activité du laboratoire.