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​Les algues, de la mer à la terre


Un suivi scientifique est prévu pour mesurer l’impact sur la biodiversité (Crédit photos : Théo Guillaume/Tamari’i no te moana).
Un suivi scientifique est prévu pour mesurer l’impact sur la biodiversité (Crédit photos : Théo Guillaume/Tamari’i no te moana).
Tahiti, le 23 septembre 2026 – Que faire des Turbinaria, ces algues qui prolifèrent ? C’est l’enjeu du projet Moana Fenua porté par l’association Tamari’i no te Moana avec le soutien de plusieurs partenaires associatifs, scientifiques et institutionnels. Samedi dernier, une première campagne d’arrachage a permis d’ôter plus d’une tonne d’algues dans le lagon de Mataiea. D’autres doivent suivre à Punaauia et Moorea dans une démarche de valorisation agricole. 
 

Samedi dernier, une quarantaine de personnes se sont jetées à l’eau à Mataiea pour une campagne d’arrachage de 1.300 kg de Turbinaria. Cette opération s’inscrit dans le cadre du projet Moana Fenua, porté par l’association Tamarai’i no te Moana. Investie dans la restauration coralienne à Punaauia et Faa’a, ainsi que dans le suivi de la zone de pêche réglementée (ZPR) de la Pointe des pêcheurs, elle prolonge son engagement pour l’environnement en se penchant sur les enjeux liés à ces algues.
 
Si elles ont un impact sur les baigneurs et le tourisme lorsqu’elles s’échouent massivement sur les plages ou se retrouvent bloquées dans les marinas, les Turbinaria ont aussi une incidence sur l’environnement. “Ce sont des algues proliférantes. Elles ont tendance à étouffer le corail, qui ne profite pas de la lumière du soleil, réduisant l’habitat des poissons. Le but, ce n’est pas de l’éradiquer, mais de donner un coup de pouce à la nature en régulant sa prolifération”, explique Raimana Magnes, coordinateur du projet soutenu par plusieurs partenaires locaux, dont la Fédération des associations de protection de l’environnement (Fape) et le Fonds Natura Porinetia, le Criobe et l’Université de la Polynésie française (UPF), mais aussi la Direction des ressources marines (DRM) et la Direction de l’agriculture (DAG). Il bénéficie également d’un financement de l’Union européenne, via le programme Bestlife. “Il faut que l’arrachage des algues soit suivi par des scientifiques pour voir l’impact sur la biodiversité. L’idée, c’est que ça puisse ramener davantage de poissons et d’invertébrés, toute la biodiversité”, poursuit le référent.
 


“Retrouver cet équilibre”


Mobilisé aux côtés de l’association, le maire délégué de Mataiea, Clément Vergnhes, également président de la fédération des rāhui de Tahiti, soutient ce projet mené dans la ZPR de Atimaono pour plusieurs raisons : “Depuis un moment, on remarque qu’il y a de plus en plus d’algues dans notre lagon. On pense que c’est en partie dû au fait qu’il y a de moins en moins d’espèces herbivores. Ce type de projet, ça permet de rassembler la population et de sensibiliser aux enjeux du rāhui. Derrière cette campagne d’arrachage, il s’agit de valoriser cette algue pour l’agriculture. Des études vont être menées par l’UPF. Ce volet nous intéresse pour nos agriculteurs. Pour retrouver cet équilibre, on travaille aussi avec l’Ifremer, qui envisage de faire des relâchés de vana et de mārava l’an prochain, deux espèces herbivores.”
 
Trois sites-pilotes sont concernés : Atimaono entre Mataiea et Papara, la Pointe des pêcheurs à Punaauia et près de Afareaitu à Moorea, “où il y a beaucoup de Turbinaria et déjà d’autres thématiques étudiées par les scientifiques, ce qui permet de mutualiser les efforts”. L’objectif est de réaliser un ramassage par mois sur chacune de ces zones pour en mesurer l’impact, à raison de 300 à 400 kg par mois. “Le ramassage volumineux de samedi était un peu particulier, car participatif”, précise Raimana Magnes. “Les algues ont été mises sur des séchoirs : elles vont perdre environ 90 % de leur eau, donc on va se retrouver avec 130 kg d’algues sèches.”
 


​Des tests comme biostimulant


Comme l’indique le nom du projet, il s’agit de faire le lien entre la mer et la terre. “L’idée, c’est de transformer quelque chose qui est problématique dans la mer en quelque chose de bénéfique pour la terre”, développe l’ex-directeur de l’association Bio Fetia, ingénieur agronome de formation. “Le projet Moana Fenua s’inspire de pratiques qui existent déjà, puisque les algues sont utilisées depuis longtemps dans les fa’a’apu en tant qu’insecticide ou engrais mélangé au compost. L’idée, c’est de voir comment on peut changer d’échelle et caractériser quelle molécule est utile dans cette algue, pour quelles plantes et à quel moment de leur croissance.”
 
Des tests vont être réalisés sur le terrain, mais aussi en laboratoire dans une démarche de valorisation en biostimulant naturel et local : “C’est un sujet qui est ancré en Polynésie depuis un certain temps. Des scientifiques travaillent déjà sur le potentiel de ces algues dans l’agriculture. En tant qu’association, on est là pour passer à l’action, aller plus loin pour mieux connaître les bienfaits de ces algues. Notre volonté, c’est d’impulser une démarche vertueuse d’économie circulaire. Parmi les acteurs les plus importants de ce projet, les pêcheurs sont rémunérés à hauteur de 25.000 francs par ramassage”. Programmé jusqu’en 2028, le projet, s’il s’avère concluant, pourrait être étendu à d’autres sites à Tahiti et dans les îles.
 

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Mercredi 23 Septembre 2026 à 16:23 | Lu 839 fois