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​Comprendre la crise de 2008 pour mieux traverser celle de 2020



Tahiti, le 29 septembre 2020 - À l'occasion de la publication prochaine d'un bilan économique sur la décennie 2008-2018, le CEROM (Comptes économiques rapides pour l'Outre-mer) associant l'IEOM, l'ISPF et l'AFD, a cherché à montrer comment la Polynésie avait traversé la crise financière démarrée en 2007-2008 et comment elle s'est mieux préparée pour faire face à la crise actuelle.

L'exercice devait s'apparenter à un bilan mais il a surtout dégagé une impression de déjà vu. Avant la publication du bilan macro-économique sur la période 2008 à 2018, l'IEOM, l'ISPF et l'AFD ont profité de la conférence de presse présentant l'étude à paraître pour évoquer les caractéristiques de la crise passée. Une crise forte et brutale, impactant durablement le tourisme, qui a permis aux pouvoirs publics de tirer des leçons utiles dans la gestion de la crise économique, très ressemblante, liée à l'épidémie de la Covid-19.
 
Tous les moteurs à l'arrêt
 
Les constats sur la crise de 2008 sont abrupts. La consommation des ménages marque un stop, les investissements des entreprises et des administrations publiques "vont partir à la cave" et le commerce extérieur s'assèche avec des exportations qui diminuent. Petit à petit, "tout le monde va commencer à dépenser moins". Le taux de chômage double, il passe en 5 ans de 11 à 22%. La contraction du marché du travail avec 10% d'emplois salariés en moins va entrainer une baisse de revenu des ménages et donc de leur consommation. Car en l'absence de dispositifs d'allocation chômage, aucun mécanisme de compensation ne permet aux personnes ayant perdu leur emploi de  continuer à contribuer à soutenir la demande intérieure. "En Polynésie, un emploi de perdu, c'est un consommateur de perdu" résumera Julien Vucher-Visin, chargé d'études à l'ISPF. Un raisonnement carré qui s'appuie sur des chiffres et graphes nombreux. À la recherche du cercle économique vertueux, la Polynésie connaitra plutôt le cercle vicieux où travail, revenu, consommation se tirent vers le bas. "Tous les moteurs de l'économie ont lâché un par un pendant cette crise". Une situation qui entraine le creusement et le renforcement des inégalités au sein d'une société polynésienne où l'emploi et les ménages les plus modestes sont les plus fortement impactés par la crise économique. Les secteurs du commerce et de la construction, normalement pourvoyeurs d'emplois, sont parmi les plus touchés. La reprise apparait alors relever de la quadrature du cercle alors que la Polynésie a perdu quelques 50 milliards de PIB entre 2008 et 2012.
 
10 années de rattrapage pour rien
 
Une impression de déjà vu avec des airs de ressemblance avec la crise actuelle. Une chute sévère du tourisme, une casse sur l'emploi et des ménages qui réduisent leurs achats face à l'incertitude. Idem pour les investissements des entreprises. Le tableau économique brossé sur la période ressemble à une copie carbone de celui de l'année en cours en mode accéléré. "Il nous est arrivé en 5 ans ce qui vient de nous arriver en 6 mois" résumera M. Vucher-Visin. Après ces cinq années de panne entre 2008 et 2012, un nouveau cycle économique de reconquête, lent et fragile, va intervenir, bien appuyé par des transferts de l'État de plus en plus importants. Une dépendance envers Paris qui ne s'accompagnera pas d'une vraie refonte de l'économie. "Cette reprise de la croissance s'appuie sur les mêmes fondamentaux qu'avant la crise de 2008 avec les mêmes risques", à savoir la fragilité face aux chocs extérieurs, la sensibilité par rapport aux revenus des ménages et aux investissements publics.
 
Dès 2011, le tourisme commence à ressortir la tête de l'eau alors que l'avenir de la perle reste noir. Les moteurs de la demande qui toussaient jusque-là retrouvent un peu de vigueur.  Les indicateurs se redressent petit à petit mais les caractéristiques de l'économie restent inchangées : Beaucoup de petites entreprises, des secteurs très concentrés, peu de débouchés recherchés à l'extérieur. Fin 2018, la reprise économique a tout juste permis de retrouver les niveaux d'avant crise sur les principaux indicateurs mais avec les mêmes fragilités. Une décennie de perdue et pas un siècle de retrouvé.
 
La Polynésie mieux préparée
 
Le constat d'un retour au point de départ aurait pu générer une petite satisfaction mais l'épidémie a mis l'économie polynésienne en mode reboot. En 2020, le fenua, fragile et convalescent, est donc de nouveau frappé en plein cœur avec notamment l'arrêt du tourisme. Une crise qui ressemble en tout point mais en version accélérée à celle vécue sur une demi-décennie à compter de 2008. Mais les leçons semblent avoir été tirées et le contexte bien différent avec la fin des périodes d'instabilité politique notamment.
 
"On a appris de la crise précédente" rassurera le futur ex-directeur de l'IEOM, Claude Périou. "La réaction des autorités a été assez rapide avec les dispositifs mis en place par les pouvoirs publics". Les indemnités et revenus de solidarité ont joué leur rôle d'amortisseurs sociaux et la situation des entreprises en début de crise est nettement plus favorable qu'à la fin des années 2000. "Ce qui a été mis en place pendant la crise permet au moins d'espérer dans l'avenir" ajoutera dans une lueur d'espoir l'économiste de l'ISPF tout en annonçant une chute du PIB comprise entre -8 et -12% en 2020. Une baisse quand même quatre fois plus forte et rapide que lors de la précédente crise. Les capacités d'emprunt, que ce soient celles des entreprises ou du Pays, sont également supérieures. Mais ce sont surtout les choix des pouvoirs publics qui ont été révisés. Finie l'approche budgétaire restrictive préconisée par le rapport Bolliet qui a finalement plus aggravé qu'amélioré la situation, l'heure est au soutien massif de l'activité économique. État, Pays et IEOM s'y attèlent sans savoir jusqu'à quand.
 
Un après-Covid à gérer après un après-CEP
 
Si les dispositifs entretiennent l'espoir en permettant à l'économie de ne pas sombrer, ils ne vont pas l'exonérer d'une refonte. Elle est victime des mêmes handicaps, de sa forte dépendance envers les transferts de l'État, sans perspective de développement autonome. La croissance basée sur le tourisme et quelques productions exportées a de nouveau montré les mêmes limites mais IEOM, AFD et ISPF croit en ses facultés de résilience, d'adaptation et d'évolution face au contexte. "On a réussi à survivre à l'après-CEP, on a été capable de rebondir alors que ce n'était pas évident". L'économie d'après-CEP avait vu les transferts de l'État compenser le retrait des moyens militaires avec un accroissement de la dépendance dans le cadre paradoxal d'un renforcement de l'autonomie. L'économie d'après Covid reste quant à elle à définir. Il est peu probable que les relations avec Paris et le statut d'autonomie ne soient pas révisés à l'occasion.
 

Rédigé par Sébastien Petit le Mardi 29 Septembre 2020 à 09:54 | Lu 1239 fois





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