Tahiti Infos

​Zone biomarine : les lots bientôt remis aux aquaculteurs


L’installation des fermes sera précédée de la signature des baux (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
L’installation des fermes sera précédée de la signature des baux (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 13 août 2026 - Entre terrassement et équipements mutualisés, la première phase de travaux d’aménagement assurée par le Pays s’achève sur la zone biomarine de Faratea. Un point d’étape s’est tenu ce jeudi en présence des porteurs de projets souhaitant investir dans le développement de la production de crevettes, de bénitiers, d’holothuries et d’huîtres de roche. La signature des baux devrait intervenir entre fin octobre et début novembre en vue de l’installation des fermes, pour une mise en service progressive entre 2028 et 2031 selon les défis propres à chaque filière.
 

Trois ans après la pose symbolique de la première pierre et dix ans après l’ébauche du projet, les travaux à la charge du Pays s’achèvent du côté de la zone biomarine Aruhotu de Faratea pour un montant de 3,4 milliards de francs. Les 33 hectares ont été terrassés et sont désormais traversés par un réseau routier. Les différentes canalisations nécessaires au pompage et au rejet d’eau de mer sont en place ; l’une des deux stations de pompage qui permettront d’alimenter le lotissement a d’ailleurs été testée ce jeudi matin.
 
“C’est un projet innovant : ce sera la première zone aquacole multi-trophique au monde, c’est-à-dire avec plusieurs espèces”, rappelle le ministre des Ressources marines, Taivini Teai, au sujet de cette “étape majeure dans le développement de l’aquaculture polynésienne”, qui repose sur “la mutualisation d’infrastructures techniques essentielles”. Quatre investisseurs privés sont toujours dans la course pour développer la production de crevettes (Aquapac), de bénitiers (Tahiti Marine Aquaculture), d’holothuries (Tahiti Marine Products) et d’huîtres de roche (Ostrea) à des fins alimentaires, de cosmétologie ou encore d’aquariophilie pour un total de huit lots. “Certains ont revu leur copie et réduit leur surface d’exploitation, mais on sait, quand on a fait le premier appel à candidatures, qu’on a d’autres porteurs de projets pour des algues, des crevettes et d’autres espèces”, indique le ministre, tout en précisant qu’un lot fera l’objet d’un nouvel appel à projets.
 


“Soutenir ces entreprises”


Si certaines filières sont associées à des perspectives de développement dans les îles avec des débouchés à l’export comme le rori ou le pāhua, le lotissement aquacole de Faratea table aussi sur “une montée en puissance de la production de crevettes” pour le marché local. Le défi étant de surmonter l’impact du virus Taura depuis 2023 : sans incidence sur la santé humaine, il fragilise les larves et plus globalement la production. “On a reçu avec le président, il y a moins de deux semaines, le syndicat des crevetticulteurs. (...) Toutes les mesures sont prises par la DRM et à l’écloserie. On ne parle pas d’éradication. Dans d’autres régions du monde, ce virus est présent dans les exploitations crevetticoles. On sait que les crevettes peuvent développer une immunisation contre ce virus, et c’est surtout au stade juvénile que l’attention est portée pour faire en sorte (...) de retrouver les rendements que les sociétés avaient auparavant”, précise Taivini Teai au sujet de cette filière historique.
 
La signature des baux devrait intervenir entre fin octobre et début novembre. Chaque entreprise est tenue de présenter un avant-projet et de réaliser une étude d’impact sur l’environnement. La seconde phase des travaux dédiée à l’installation des fermes est annoncée pour début 2027. Elle sera suivie par une ingénieure aquacole de la Direction des ressources marines (DRM). “On est toujours à l’écoute de nos porteurs de projets. C’était l’objet de la réunion, en particulier par rapport à leur bail : certains ont des demandes qui ne sont pas les mêmes que d’autres, selon les volumes de production et les espèces. (...) Il est important de soutenir ces entreprises qui souhaitent toutes monter en production”, conclut le ministre.
 
Le coup d’envoi des premières productions est envisagé fin 2028. Une mise en route progressive qui devrait conduire à une exploitation complète de la zone biomarine d’ici cinq ans, en 2031, associée à la création de 80 à 100 emplois directs.
 


Interviews : à chaque filière, ses défis

Kahaia Bu-Luc, responsable des opérations stratégiques de Tahiti Marine Group (holothuries) : “Il y a plusieurs enjeux”
“Nous sommes spécialisés dans la reproduction des rori tītī blancs et noirs. On est très fier de nous investir dans la zone biomarine, qui est la vitrine aquacole du Pacifique. Il y a des changements de foncier qui sont encore en discussion et des investissements qui sont conséquents, mais on est conscient de cette opportunité qui nous est donnée par le Pays. Aujourd’hui, on est à l’Ifremer, on maîtrise notre cycle de reproduction larvaire et on est prêt à augmenter nos capacités de production. Il y a plusieurs enjeux, comme le fait qu’on est soumis à la CITES : toute la commercialisation de nos espèces est réglementée, ce qui freine le commerce international. Mais on sait que des choses sont mises en place pour d’autres espèces, comme le bénitier, donc on avance avec ces exemples en tête.”
 
Teva Siu, gérant d’Aquapac et Sopomer (crevettes) : “Produire 200 tonnes supplémentaires”
“Nos deux fermes ont été créées en 1980 et 1986. J’aurai un lot de 7,8 hectares pour environ 3,5 hectares de bassins. Après plusieurs années, le lotissement est pratiquement terminé : on a quelques réserves techniques, mais on peut toujours trouver des solutions. On fait aussi face au virus Taura détecté récemment, ce qui explique notre chute de résultats de moitié depuis trois ans. On est confiant, la filière va se remettre sur les rails, mais ça va nous demander du temps. Vu nos dernières réunions, ce gouvernement semble vraiment prêt à aider la filière. L’objectif, c’est d’atteindre à nouveau 145 tonnes comme en 2021 et de produire autour de 200 tonnes supplémentaires à Faratea, car la demande locale est grande. Et on envisage des productions secondaires pour compenser d’autres éventuels impacts sur les crevettes.”


Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Jeudi 13 Août 2026 à 18:12 | Lu 256 fois