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​Un forum des métiers pénitentiaires


Une large diversité de métiers était présentée au grand public (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Une large diversité de métiers était présentée au grand public (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 9 avril 2026 - Affluence, ce jeudi matin, à la journée nationale des métiers pénitentiaires organisée à l’extérieur du centre de détention de Tatutu. Une quarantaine d’agents se sont relayés pour présenter leurs missions. Au-delà du concours de surveillant qui attire localement 4 000 candidats chaque année, les opportunités de carrière passent par différentes spécialités liées à l’administration, la santé ou encore l’insertion et la probation, majoritairement hors territoire.
 

Dans le cadre de la journée des métiers pénitentiaires, le centre de détention de Tatutu a “ouvert” ses portes au public, ce jeudi, à l’initiative du pôle de formation. Pour cette troisième édition d’envergure nationale, une quarantaine de personnels pénitentiaires, administratifs et techniques de Papeari et de la prison de Nuutania à Faa’a, tous grades confondus, se sont relayés pour répondre aux questions des visiteurs, des missions quotidiennes aux modalités de recrutement, en passant par les salaires.
 

​“Les possibilités de carrière”


“On présente l’ensemble des métiers par rapport à tous les concours organisés tout au long de l’année, localement pour les écrits, et même les oraux pour le concours de surveillant. On a d’autres catégories de personnel qui sont quotidiennement avec nous, comme le personnel de santé et d’enseignement”, explique la directrice de Tatutu, Virginie Tanquerel.
 
Chaque année, le concours de surveillant attire à lui seul 4 000 candidats au Fenua : ils sont une centaine à réussir les épreuves avant de partir exercer dans l’Hexagone. “À l’heure actuelle, il y a environ 800 Polynésiens qui travaillent en métropole en tant que surveillant. Ce qui est intéressant dans nos métiers, ce sont les possibilités de carrière. Personnellement, j’ai commencé en tant que surveillante, puis j’ai passé le concours pour être cheffe et encadrer des équipes, et enfin conseillère d’insertion et responsable de formation. C’est important à souligner, car peu d’administrations permettent cette évolution”, souligne Myriam Robert, passée par Fresnes et Fleury-Mérogis, considérée comme la plus grande prison d’Europe avec 4 000 détenus, contre 400 à Tatutu.
 
Sous les chapiteaux installés en extérieur, les discussions se sont poursuivies jusqu’en début d’après-midi pour présenter la réalité du terrain. “J’ai envie de faire connaître mon métier, dont je suis fier. On travaille en milieu fermé, donc les jeunes sont curieux de connaître notre quotidien. Il y a le côté sécuritaire, mais aussi la réinsertion avec un côté humain par rapport aux détenus : le but, c’est qu’ils ne reviennent pas. Il y a beaucoup de solidarité entre collègues, on est une grande famille”, confie un surveillant pénitentiaire présent depuis l’inauguration de Tatutu en 2017.
 
De l’évacuation d’un détenu inconscient lors d’un incendie à la gestion d’un refus de réintégrer la cellule après une promenade, plusieurs démonstrations ont été assurées avec du matériel adapté à chaque cas de figure ; l’occasion de rappeler que des exercices et des formations sont réalisés régulièrement pour maintenir les agents au niveau requis.
 


“Accompagner les personnes”


“L’objectif, c’est de déconstruire des idées reçues qu’ont les gens vis-à-vis des métiers de l’administration pénitentiaire, mais aussi, en nous faisant connaître, de créer des vocations”, poursuit Myriam Robert. Parmi les autres métiers mis en avant, Herehia était venue parler de sa fonction de psychologue du personnel au centre de détention de Tatutu : “L’ensemble des agents peut faire appel à moi si besoin d’un soutien. Une collègue, qui est psychologue parcours d’exécution des peines, travaille avec les personnes détenues, en plus des professionnels de l’unité sanitaire rattachée au CHPF. C’est un métier qui est riche, selon nos spécialités respectives et la diversité d’établissements où l’on peut travailler”.
 
Les opportunités de carrière au sein du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) étaient également présentées. “Notre objectif principal est d’accompagner les personnes pour lutter contre la récidive”, précise Vaihere, conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation depuis dix ans. “On intervient à la fois en milieu ouvert et fermé. On pense d’emblée aux personnes incarcérées, mais en milieu ouvert, on prend en charge 2 000 personnes sous bracelet électronique, condamnées à un travail d’intérêt général, sous libération conditionnelle, etc. Parmi les questions qui reviennent souvent, c’est de savoir si c’est un métier à risque : oui, puisqu’on travaille avec des personnes qui ont eu un parcours fragile. Il faut aussi se faire à l’idée qu’on ne pourra peut-être pas revenir travailler en Polynésie, car ça dépend de la disponibilité des postes.”
 
Comme en 2025, ce forum des métiers pénitentiaires a permis d’informer environ 200 personnes, entre première prise de contact pour certains et détermination pour d’autres.
 

Des visiteurs aux profils variés

White-Miti Tapi, animatrice au service action et cohésion de Arue : “Insérer nos jeunes”
“On a vu sur les réseaux sociaux une publication qui annonçait cette journée et on a saisi l’occasion pour emmener une trentaine de jeunes de 16 à 34 ans en bus. Ils peuvent découvrir différents métiers, échanger avec des professionnels et s’informer sur les modalités de recrutement. L’objectif, c’est de les aider à s’insérer professionnellement, pour ceux qui sont prêts à partir travailler en métropole. Pourquoi pas ? Ça leur permet de voir autre chose !”
 
Maimiti, résidente de Vairao : “Approfondir mes connaissances”
“J’ai passé le concours de surveillant pénitentiaire. J’ai terminé mes oraux le 2 avril et je suis en attente des résultats pour le 13 mai. Je suis venue approfondir mes connaissances, en sachant que je suis en reconversion professionnelle. Mon objectif, c’est de travailler pendant quatre ou cinq ans dans ce domaine, puis de passer le concours pour intégrer le Spip (Service pénitentiaire d’insertion et de probation, NDLR). Les échanges que j’ai pu avoir me confortent dans mon choix.”
 
Bélinda Matohi, conseillère municipale à Teva i Uta : “Témoigner notre soutien”
“Nous sommes venus voir comment l’établissement fonctionne et encourager la population de Papeari et Mataiea à profiter de ce type d’événement. La commune est un des partenaires du centre de détention : en cas d’incendie, comme nous avons pu le voir lors de la démonstration, nos pompiers peuvent être sollicités. Ça nous permet de rencontrer les agents et de témoigner notre soutien dans leurs activités.”

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Jeudi 9 Avril 2026 à 15:39 | Lu 540 fois