Tahiti Infos

​Un déplacement “sérieux et important”


Tahiti, le 31 août 2026 - Depuis l’ouverture de la séance extraordinaire à l’assemblée de la Polynésie française, Moetai Brotherson, ou plutôt l’absence de Moetai Brotherson, est discutée à Tarahoi de long en large. Même dans les rangs du groupe A Fano Ti’a, on regrette que le président du Pays soit au Forum des îles du Pacifique plutôt qu’à Tahiti pour défendre le collectif budgétaire 3, tant décrié, surtout sur la présence de 8,5 milliards de francs de prêt à ATN. Depuis Palau, Moetai Brotherson détaille cependant son agenda, l’utilité de sa présence, et revient sur les récentes polémiques.

 
Comment se passe le déplacement jusqu'à présent ?
“C'est assez épuisant puisque le rythme des réunions est assez soutenu. Elles sont longues, elles se déroulent toute la journée, mais on n'est pas en vacances. On est là pour bosser.”
 
Quels sont les dossiers sur lesquels vous avez déjà travaillé ?
“Hier [dimanche, NDLR], j'étais en réunion bilatérale, notamment avec le Japon, pour faire le point sur des sujets que j'avais déjà abordés avec eux à Tokyo, à savoir la possibilité d'octroyer des bourses et d'envoyer des étudiants polynésiens au Japon dans trois secteurs bien particuliers. Le premier, c'est celui de l'hôtellerie et de la restauration, puisque la cuisine japonaise est quand même un art qu’il vaut mieux aller étudier au Japon. Le deuxième secteur, c'est celui de l'audiovisuel. On a chez nous des mangakas acharnés et des jeunes passionnés par l'animation. Là aussi, je pense que le Japon, c'est un peu la Mecque dans ce domaine-là. Il y a deux universités, une à Osaka et une à Kyoto, qui sont parmi les plus réputées au monde. Et le troisième domaine, c'est l'aquaculture, notamment à l'université Kindai. C'est la seule au monde qui, encore aujourd'hui, maîtrise le cycle complet du thon, depuis l'écloserie jusqu'à la récolte. Ça ne veut pas dire qu'on veut se lancer dans l'aquaculture de thon, mais à côté de ça, ils pratiquent ce qu'on appelle l'aquaculture multi trophique, où plusieurs espèces peuvent être élevées dans un même environnement, dans des bassins séparés, mais qui se rejoignent, de manière que les déchets des uns puissent être utilisés par les autres.”
 
Les discussions se sont poursuivies sur les Aires marines protégées ?
“Oui, nous parlons de la mise en place de ce qu'on appelle un PFP, un Plan de financement pérenne. Ce sont des plans de financement sur 30 ans, avec beaucoup d'argent à la clé, pour venir justement permettre aux pays partenaires qui s'engagent dans ces PFP de financer les moyens pour le contrôle et la gestion des AMP. Il y avait notamment le directeur du Fonds Bezos, qui était là. Il a réitéré l'intention du Fonds Bezos de faire partie de ce PFP pour la Polynésie.”
 
Des financements qui se dérouleront sur quels biais ?
“Justement, on a eu également une réunion très intéressante avec l'ADB, l'Asian Development Bank, qui est le principal bailleur de fonds en Pacifique. C’est un bailleur de fonds, malheureusement, auquel ni la Calédonie ni la Polynésie n'ont accès aujourd'hui, du fait de nos statuts particuliers. J'ai eu une longue discussion avec le président de l'ADB. Selon lui, il n'y a pas d'obstacle statutaire de notre côté ni réglementaire de leur côté. Il y a un préalable, en revanche, qui est qu'il faut avoir l'autorisation de l'État français. J'ai justement une réunion bilatérale avec la France, avec notamment la ministre de la Francophonie qui est présente au forum, mais également avec Véronique Roger-Lacan qui est ambassadrice de France dans le Pacifique. On va en discuter. Ce sont tout de même des milliards de dollars qui sont finalement mis à disposition des pays du Pacifique par l’ADB et auxquels on n'a pas accès pour l'instant.”
 
Ces rendez-vous, pour vous, font taire les critiques qui ont encore été virulentes ce lundi matin sur votre absence alors qu'on étudie le collectif budgétaire ?
“Je ne suis pas responsable des critiques qui sont émises. Je ne suis pas ici en vacances, je suis ici pour travailler pour les Polynésiens et pour m'assurer que ce que fait le Forum ne vient pas contrarier, finalement, la stratégie qui est la nôtre et les intérêts de la Polynésie. Ce matin, on va rediscuter avec la France du sujet de défense régionale puisque c'est une compétence régalienne. Il faut que je puisse avoir la position de l'État, faute de quoi je ne peux pas, moi, statuer sur ces sujets. Tout ce qui est discuté ici est très sérieux et très important.”
 
En votre absence, une déclaration unilatérale d’indépendance de la Polynésie française par Oscar Temaru a été découverte. Quelle est votre réaction ?
“Ça ne me surprend pas du Tavini et d'Oscar Temaru. C'est précisément une des raisons principales pour lesquelles j'ai pris mes distances et pour lesquelles A Fano Ti’a a été créé. Ce qui me désole aujourd'hui, c'est d'entendre les caciques de Tavini se distancer d'Oscar Temaru en mode ‘Ah, mais non, ce n'est pas nous, c'est lui.’ Non, non, non, non. Ça, c'est des excuses. Moi, j'ai participé à des comités directeurs. Mereana Reid-Arbelot, comme moi, avons participé à un long séminaire au Beachcomber – parce que maintenant, on ne fait plus des séminaires dans des hangars mais au Beachcomber – pendant lequel on nous a expliqué la voie de l'autoproclamation. Le grand orateur, c'était Richard Tuheiava. Donc, venir aujourd'hui dire qu’on est surpris, je trouve ça… Comment dire ça ? Ça manque un peu de sens des responsabilités. J'entends de plus en plus cette musique de l'autoproclamation. Ça ne me convient pas ; ce n'est pas pour ça que je me suis engagé en politique, ce n'est pas pour ça que j'ai adhéré au Tavini.

Surtout qu'entre les deux versions, celle produite jeudi par Tahiti Infos, et celle qui a été présentée aux militants samedi, il y a une petite ligne qui a été rajoutée pour dire ‘On fera ça uniquement après une pétition’.
“Si j'ai bien compris, l'objectif c'est de recueillir au moins la moitié plus un des votants. Donc ça va prendre un certain temps. Donc ça veut dire que contrairement à ce qui est écrit sur le document, ça ne sera pas présenté à la quatrième commission à l’ONU cette année. On voit bien qu'il y a une forme de rétropédalage.”

Rédigé par Bertrand PREVOST le Lundi 31 Août 2026 à 16:24 | Lu 394 fois