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​La Pride aux couleurs du Pacifique


Une halte symbolique a été marquée devant le bien-nommé terminal de croisière (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Une halte symbolique a été marquée devant le bien-nommé terminal de croisière (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 17 octobre 2026 – Au terme de la Tahiti Pride Week et à l’aube de la Pacific Human Rights Conference, la marche des Fiertés a réuni 70 participants, ce samedi, à Papeete, dont de nombreux “cousins cousines” océaniens. Face à des situations de harcèlement et de rejet pouvant avoir des issues dramatiques, ils ont adressé des messages de paix et de bienveillance.
 

Après la pluie, le soleil et un défilé arc-en-ciel. Ce samedi, 70 personnes ont participé à la marche des Fiertés organisée par l’association Cousins Cousines au terme de la Tahiti Pride Week. Rendez-vous était donné devant la vice-présidence en milieu de matinée. C’est dans une ambiance festive au son des titres populaires de Madonna, Kylie Minogue, Lady Gaga et Cher que les marcheurs se sont élancés en direction de la place Vaiete, croisant quelques passants enthousiastes et un flot de touristes débarqués du Anthem of the Seas. Une halte symbolique a d’ailleurs été marquée devant le bien-nommé terminal de croisière : Te Ānuanua.
 

Des Fidji à la Nouvelle-Calédonie


À l’aube de la quatrième Conférence du Pacifique sur les droits humains qui s’ouvrira ce lundi à la présidence, des délégations océaniennes se sont jointes au cortège. C’était notamment le cas de Diro, Lina et Vivienne, originaires des Fidji, confrontées à un double défi en tant que personnes sourdes et membres de la communauté LGBT. “Nous avons été invitées à participer et nous le faisons avec joie : nous sommes fières de qui nous sommes et nous soutenons la cause. C’est difficile à vivre chez nous : parfois les familles et la société les rejettent. Ici, ils ont la chance de pouvoir se marier, ce qui n’est pas autorisé chez nous. Ça nous donne de l’espoir !”, confie leur interprète, Kelera.
 
La Nouvelle-Calédonie était également représentée par plusieurs participants, dont Sébastien, alias Lidzy Komandement, qui s’est produit le soir-même dans le cadre d’un spectacle de drag queens : “Je pense qu’on a plus de droits qu’à Tahiti, comme la prise en charge des traitements pour les personnes trans, mais moins de visibilité. Il n’y a pas de marche comme celle-ci, par exemple. On est venu apporter notre soutien à l’association et dire que c’est OK : la différence, c’est aussi la tolérance”.
 


​Amour et religion


Au-delà de la bonne humeur générale, les pancartes et les témoignages des uns et autres ont une nouvelle fois véhiculé des messages forts. Tee-shirt multicolore et large sourire, Marc est allé droit au but pour sa première participation. “Il y a encore beaucoup d’idées reçues. Au collège et au lycée, j’ai des amis qui ont dû cacher leur identité. Il y a des mots qui ne devraient plus être utilisés : quand on voit les commentaires insultants sur les réseaux sociaux, c’est affreux... Soyons ouverts d’esprit et respectueux ! On est libre d’aimer qui on veut”, souligne ce résident de Pirae, qui estime que la religion ne devrait pas être un frein à l’acceptation.
 
C’est même tout le contraire pour Nelia, membre de la Communauté du Christ, qui accueillera une célébration dans le cadre du Hepetoma ‘Ānuanua, ce dimanche. “Je suis là parce que je suis pour l’inclusion, tout simplement ! En 2025, nous avons pris la résolution d’accepter les mariages de personnes du même sexe dans notre Église en Polynésie, ainsi que l’accès à la prêtrise. On ne regarde pas les orientations, on regarde la foi et l’amour de son prochain. Je me base sur Jean, chapitre 3, verset 16 : ‘Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque – c’est-à-dire tout le monde – croit en lui ne périsse point’”.
 

​“Tout le monde a le droit au respect”


La participation du maire de Papeete, Rémy Brillant, et de la vice-présidente de la Polynésie française, également ministre des Solidarités en charge de la communauté LGBTQIA+, Minarii Galenon, était accompagnée d’un discours de soutien. Pour le tāvana, “le vivre ensemble se construit dans les gestes de tous les jours. (...) Personne ne devrait avoir peur de marcher dans sa ville, de tenir la main de la personne qu’il aime, ou de dire qui il est. Personne ne devrait subir des insultes, des violences ou un rejet en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre”.
 
“Ces messages de bienveillance nous font chaud au cœur. On est content de cette mobilisation : je crois qu’on est le double de l’année dernière grâce à la délégation d’Océanie. On espère que l’année prochaine, il y aura encore plus de Polynésiens !”, nous a confié le porte-drapeau, Karel Luciani, président de l’association Cousins Cousines de Tahiti, prêt à aborder la suite. “Nous avons trois jours de conférence qui nous attendent pour parler des droits humains et rappeler qu’il faut continuer à travailler sur ce sujet. On n’oublie pas nos amis des îles Salomon ou Tonga, où l’homosexualité est toujours un crime. En Polynésie, il faut continuer à lutter contre le harcèlement en milieu scolaire. Au-delà du travail des associations, c’est une question d’éducation. Tout le monde a le droit au respect : on ne doit pas s’en prendre à un enfant parce qu’il est différent. Certaines familles ont honte de leur enfant LGBT, parfois avec des conséquences dramatiques jusqu’au suicide. Tous les ans, on compte trois à quatre décès. L’année dernière, c’étaient des ados de 13, 14 et 17 ans. J’aimerais qu’un jour, il n’y ait plus aucun enfant du Fenua qui pense au suicide parce qu’il est différent ou rejeté”.
 
Dans ce but, des stands de prévention étaient réunis sous forme de village à la place Vaiete, afin de répondre aux interrogations de chacun.
 





Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Samedi 17 Octobre 2026 à 17:03 | Lu 229 fois