Tahiti Infos

​Économie – Des résultats solides, mais contrastés en 2025


L’année passée est marquée par un nouveau pic historique de 281 277 touristes, mais aussi par un ralentissement de la consommation des ménages (Crédit : archive).
L’année passée est marquée par un nouveau pic historique de 281 277 touristes, mais aussi par un ralentissement de la consommation des ménages (Crédit : archive).
Tahiti, le 22 avril 2026 - En 2025, la conjoncture économique en Polynésie française s’est révélée “globalement favorable”, marquée par des chiffres positifs en matière de production de crédits, voire records dans le secteur touristique. L’IEOM relève toutefois un ralentissement de la consommation des ménages, mais aussi des enjeux ciblés dans les secteurs de la pêche ou de la perliculture. “Des incertitudes” planent désormais sur 2026 avec plusieurs points de vigilance liés aux actualités locales et internationales.

 
C’est l’heure du bilan. Dans sa dernière publication, l’Institut d’émission d’Outre-mer (IEOM) dresse un état des lieux de l’économie de la Polynésie française pour l’année 2025. “Des résultats solides face à un horizon 2026 moins lisible” : le titre résume la situation entre conjoncture “globalement favorable” et paysage économique “résilient”, tout en prenant en compte des signaux “contrastés” en fin d’année et des “incertitudes”, notamment liées au conflit en cours au Moyen-Orient.
 

​Confiance prudente


L’activité des entreprises reste solide et l’inflation maîtrisée tandis que l’investissement repart, porté par la baisse des taux, constate la banque centrale. “Globalement confiants”, les chefs d’entreprise interrogés soulignent une évolution contrastée de leur activité en 2025 avec un troisième trimestre “particulièrement favorable”, mais une fin d’année “moins dynamique”. L’inflation reste sous la barre des 2 % avec un indice des prix à la consommation qui augmente en moyenne de 1,3 %. Le marché du travail est “stable” : selon l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF), le taux d’emploi se stabilise (57,5 %) tandis que le repli du taux de chômage se poursuit (6,7 %). En décembre 2025, l’indice de l’emploi salarié marchand progresse de 2,9 % en glissement annuel. C’est dans les secteurs de la construction (+4,4 %) et de l’industrie (+3,5 %) que cette hausse est la plus marquée.
 
Dans le même temps, la consommation des ménages marque un ralentissement. Plusieurs chiffres illustrent ce “fléchissement” en 2025. L’IEOM relève que les ménages polynésiens se sont moins endettés pour leurs achats quotidiens : la production de crédits à la consommation recule de 12 % (30,4 milliards de francs, contre 34,6 milliards en 2024). Les immatriculations de voitures particulières sont en baisse (4 605 immatriculations en novembre 2025, contre 5 825 en 2024 et 6 247 en 2023). Les commerçants interrogés confirment cette tendance, soulignant “une baisse de leur activité”, plus marquée en fin d’année, bien que les importations de biens de consommation restent “stables” (+2,2 % en volume).
 
En matière d’investissement, les entreprises et les ménages sont au rendez-vous en 2025. Grâce à un contexte économique globalement favorable, les chefs d’entreprise interrogés font part de “leurs intentions d’investir à l’horizon d’un an”, souligne la banque centrale. La production de crédits à l’équipement a progressé de 8,4 % (39 milliards de francs, contre 36 milliards en 2024). Du côté des familles, la baisse des taux d’intérêt stimule la reprise de la production de crédit à l’habitat (+ 20,5 %) après deux exercices en recul (-20 % en 2023 et -19 % en 2024). Une “légère amélioration” du taux de couverture des importations par les exportations est également soulignée grâce à une hausse des recettes à l’export (+15 %, soit 13,8 milliards de francs), tandis que les importations reculent (-2 %, soit 247,2 milliards).
 

La conjoncture économique de la Polynésie française en 2025, en quelques chiffres (Crédit : IEOM).

​Le tourisme s’envole


Les différents secteurs d’activité affichent des dynamiques contrastées avec une fréquentation touristique au beau fixe face à des secteurs “plus fragiles”. Globalement, les entreprises polynésiennes “restent solides” comme en témoigne le nombre de défaillance d’entreprises – majoritairement dans le secteur tertiaire – qui diminue (-18,5 %). Par ailleurs, deux tiers des chefs d’entreprise interrogés ont observé “une hausse de leur chiffre d’affaires” par rapport à 2024, voire “une forte hausse” supérieure à 5 % pour un tiers d’entre eux.
 
En matière de tourisme, premier secteur économique du pays, le Fenua confirme son attractivité en 2025. “Depuis la reprise post-Covid, la Polynésie française connaît un essor soutenu de son secteur touristique, attirant un nombre croissant de visiteurs internationaux depuis 2022. L’année 2025 est ainsi la troisième année record consécutive en termes de fréquentation avec 281 277 visiteurs, soit une progression de 7 % par rapport à 2024”, mentionne l’IEOM. Au total, plus de 820 000 passagers internationaux ont été accueillis à l’aéroport de Tahiti-Faa’a, une affluence qui “commence à générer quelques tensions en matière de capacité d’accueil” entre la taille des infrastructures et la concentration des vols long-courriers sur les mêmes plages horaires. Les professionnels du secteur évoquent “une activité satisfaisante”, notamment à partir du second trimestre, et “une amélioration de leurs marges” entre hausse des prix et diminution des charges. Le revenu moyen par chambre disponible se maintient à un niveau “historiquement élevé” de 47 636 francs (contre 31 207 en 2019, point le plus haut avant la crise sanitaire). Les trois principaux marchés sont les États-Unis (39 % des visiteurs), la France (30 %) et le reste de l’Europe (13 %).
 

​BTP, perle et pêche challengés


L’année 2025 est plus contrastée dans le BTP. Si le secteur des travaux publics bénéficie de dépenses liquidées “stables” et à “un niveau élevé” (15,425 milliards de francs contre 12,845 milliards en moyenne sur les dix dernières années), le secteur du bâtiment enregistre un recul de la construction de logements sociaux. Principal opérateur, l’Office polynésien de l’habitat (OPH) a livré 309 logements, un chiffre inférieur à la moyenne observée de 500 unités entre 2017 et 2023. La progression soutenue de la production de crédits est toutefois favorable au secteur, de même que “les coûts plus contenus” de certaines matières premières importées (-6,1 % par tonne pour le ciment, -1,4 % pour le bois transformé et -28,4 % pour le bitume).
 
Dans les secteurs de la perliculture et de la pêche, la banque centrale observe “des problématiques opposées”. Si les exportations de perles de Tahiti progressent de 32 % en volume et de 16 % en valeur par rapport à 2024, le secteur perlier demeure marqué par une contrainte d’offre : “La diminution du nombre de nacres disponibles, combinée à la mise en place de quotas de production ces dernières années, a contribué à limiter les volumes produits tout en soutenant le niveau des prix”. À l’inverse, le secteur de la pêche fait face à une contraction de la demande marquée par une baisse des exportations de poisson (-20 % en volume et -31 % en valeur). “Les espèces les plus exportables sont celles dont les captures progressent le moins”, est-il souligné.
 
Dans ce contexte, l’IEOM observe un financement de l’économie qui s’intensifie et des risques bancaires qui restent contenus. Les banques locales retrouvent une activité de crédit dynamique (+15 %), en particulier vis-à-vis des entreprises et de l’immobilier. La progression des dépôts bancaires reste modérée (+2,9 %, soit 862 milliards de francs).
 

La conjoncture économique de la Polynésie française en 2025, en quelques chiffres (Crédit : IEOM).

​Et 2026 ?

À l’aube du deuxième trimestre 2026, l’IEOM évoque quelques perspectives qui se dessinent en lien avec l’actualité. “Les tensions internationales à l’œuvre depuis février, ainsi que la scission du groupe majoritaire à l’assemblée polynésienne renforcent le climat d’incertitude”, remarque la banque centrale. 2026 pourrait être une année “charnière” pour le secteur touristique entre hausse des croisiéristes (+40 % en janvier) et rénovations d’établissements haut de gamme, mais aussi hausse du prix des hydrocarbures – même si “les professionnels du secteur ne signalent pas, à ce stade, d’annulations significatives” liées à une répercussion sur le prix des billets d’avion. Le contexte géopolitique annonce également une année “décisive” pour le secteur de la pêche avec la participation de la Polynésie française à la commission des pêches du Pacifique (WCPFC) concernant la mise en place de quotas de capture au 1er janvier 2027. Quant au secteur de la construction, il devrait bénéficier des chantiers liés à l’organisation des Jeux du Pacifique de Tahiti 2027.
 
Pour l’IEOM, la consommation des ménages constitue un point de vigilance en 2026 avec un possible “repli plus marqué” en cas de confirmation de la hausse des prix du carburant et d’une inflation importée. “La persistance du conflit au Moyen-Orient pourrait conduire à reconsidérer la trajectoire de désendettement du Pays afin de permettre la mise en œuvre de mesures de soutien à l’emploi et aux ménages”, estime la banque centrale, en sachant que la consommation des ménages représente environ 70 % du PIB du territoire et 60 % des recettes de fonctionnement du Pays, via la taxation indirecte.

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Mercredi 22 Avril 2026 à 14:41 | Lu 319 fois