Tahiti Infos

​A ti'a i mua - Le putsch fait pschitt au tribunal


Tahiti le 19 août 2026. Coup de théâtre au sein du syndicat A ti’a i mua, après le putsch réalisé le mois dernier par Jean-Marie Yan Tu, ancien secrétaire général, qui s’était mis en retrait le temps de son mandat au Conseil économique, social et environnemental à Paris, mais aussi le temps de purger sa peine après sa condamnation dans l’affaire des emplois fictifs de la présidence. La justice vient de casser cette prise de pouvoir et de confirmer Avaiki Teuiaua comme secrétaire générale de la confédération.

 
Fin juin, un comité directeur du syndicat s’était réuni en urgence pour faire tomber l’intégralité du bureau exécutif d’A ti’a i mua. Le but, remettre Pico Yan Tu à sa tête en faisant comprendre que sa remplaçante, Avaiki Teuiau avait failli dans sa succession, faisant perdre adhérents et crédibilité au syndicat.

Estimant cette convocation du comité directeur irrégulière, et malgré un vote très large en faveur du retour de Jean-Marie Yan Tu à la tête du syndicat, Avaiki Teuiau avait porté l’affaire en justice en se retournant contre les meneur de cette prise de pouvoir forcée, Jonathan Dartin, Ariane Hamblin, Gilles Helme, Jérôme Huri, Léon Maruake, Michel Maruake, Heimata Matuanui, Arikinui Nordhoff, Vairea Nouveau, Hinamoe Palmer, Alexandrine Rataro, Jean-Pierre Tefaafana, Tamu Tufariua, Julien Uhrig, Hitirere Van Cam et Jean-Marie Yan Tu.

Lundi, le tribunal civil de première instance de Papeete lui a donné raison et a cassé toute la procédure, y compris la décharge d’activité de Jean-Marie Yan Tu au titre de ses fonctions syndicales.

« Auto-convocation sans pouvoir »

Fondée en 2018, la confédération syndicale vit là des heures compliquées. Pico Yan Tu, leader historique de A ti’a i mua, est allé trop vite en besogne pour récupérer son siège de secrétaire général de la confédération syndicale. Le 29 juin dernier, à la suite d’une convocation de son bureau exécutif, ce dernier pensait avoir repris son bien, mais Avaiki Teuiau a fait valoir que cette même convocation aurait dû être lancée par elle-seule. Ce que le tribunal civil a confirmé lundi.

Les détails du jugement sont éloquents quant à la guerre interne qui s’est déroulée après le retour de Pico de Paris. "Attaques personnelles" contre Avaiki Teuiau, "présentation à plusieurs reprises de Jean-Marie Yan Tu dans les locaux de la confédération afin d’en prendre possession par la contrainte et manifestant l’intention d’en modifier les serrures et d’interdire tout accès à Avaiki Teuiau."

Sur la convocation même du comité directeur, là encore le tribunal civil confirme que si "le comité directeur peut être réuni à la demande écrite de la moitié de ses membres", "cette faculté ne confère pas pour autant un pouvoir autonome de convocation". En effet, même si les membres étaient en droit de demander la convocation d’un comité directeur, c’était à Avaiki Teuiau d’y procéder, et non aux membres sur simple accord collectif. "Cette auto-convocation, opérée par les membres eux-mêmes, est contraire à la lettre des statuts et du règlement intérieur et constitue une irrégularité substantielle de nature à vicier la tenue de la réunion du 29 juin 2026", explique le tribunal civil dans ses conclusions.

Un procès-verbal sans valeur

De plus, alors que la modification du bureau de la confédération doit se tenir dans un cadre précis (convocation d’un congrès, validation de l’ordre du jour, animation par le doyen d’âge, dépôt des candidatures en bonne et due forme, élection du secrétaire général à huis clos après validation du nouveau comité directeur), le putsch organisé le 29 juin dernier ne respecte aucune de ces mesures.

Enfin, l’acte de révocation de Avaiki Teuiau a été signé de la main de Jean-Marie Yan Tu lui-même alors que ce dernier "n’avait pas encore été élu à cette fonction et ne disposait d’aucun pouvoir pour signer un acte de cette nature." Le tout consigné dans un procès-verbal où ne figurent ni le nom des votants, ni le détail des votes et encore moins le nombre de procurations laissées, ce qui "ne permet pas d’établir la réalité des votes ni garantir la sincérité du scrutin", poursuit la décision de justice.

Aussi, le tribunal ordonne la suspension des effets de la décision de révocation du secrétariat exécutif prise le 29 juin, ordonne la suspension des effets de la décision de nomination d’un nouveau secrétariat exécutif, ordonne la suspension de décharge d’activité donnée à Jean-Marie Yan Tu, suspend tout acte pris par Jean-Marie Yan Tu depuis sa prise de fonction et ordonne à ce dernier "de cesser d’utiliser le titre de Secrétaire général de la confédération syndicale A ti’a i mua."

Pico Yan Tu est aussi interdit de pénétrer dans les locaux.

Retour à la case départ donc pour la confédération syndicale qui devra, si elle maintien sa volonté de remettre Jean-Marie Yan Tu à sa tête, attendre un peu et surtout, faire les choses dans les règles.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Mercredi 19 Août 2026 à 10:23 | Lu 1057 fois