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Vie chère : le poison lent qui fracture le Tavini


Tahiti, le 30 mars 2026 – Promesse centrale de la campagne victorieuse du Tavini Huiraatira en 2023, la lutte contre la vie chère s’est imposée comme l’un des terrains d’affrontement au sein de la majorité, au-delà des positions “non négociables” de Moetai Brotherson sur le référendum d’autodétermination et l’exploitation des ressources marines. Depuis l’échec des municipales, chacun s’en saisit pour expliquer le revers : le gouvernement pointe un discours jugé trop dogmatique, quand la ligne dure dénonce l’inaction sur le pouvoir d’achat.
 

La vie chère devait être le combat fédérateur. Elle est devenue le point de rupture au Tavini Huiraatira. Au-delà des positions jugées “non négociables” ce samedi par Moetai Brotherson sur le référendum d’autodétermination et l’exploitation des ressources marines, la vie chère s’est imposée comme l’autre ligne de fracture du parti. Un terrain plus concret, plus immédiat, sur lequel les deux courants se renvoient la responsabilité de l’échec aux municipales.
 
Près de trois ans après la victoire des indépendantistes aux territoriales, la promesse de s’attaquer au coût de la vie se retourne ainsi contre ses propres auteurs. D’un côté, le gouvernement défend un bilan social qu’il juge tangible : hausse des bourses étudiantes, élargissement de leur accès, cantines scolaires gratuites. “On ne fait rien pour le pouvoir d’achat ? C’est faux”, a insisté Moetai Brotherson samedi, tout en reconnaissant que “tout n’est pas parfait”. Le président s’est également félicité de la situation de l’emploi, avec “jamais autant de salariés à la CPS qu’aujourd’hui”, signe selon lui d’une amélioration globale du pouvoir d’achat.
 
Mais pour l’aile dite “historique”, incarnée par Antony Géros et Oscar Temaru, le compte n’y est pas. La vie chère reste, pour beaucoup, une réalité inchangée. Et c’est précisément ce manque de résultats qui expliquerait, selon eux, le recul du Tavini lors du dernier scrutin des municipales.
 
Ce clivage révèle deux visions. L’une, pragmatique, qui mise sur des dispositifs sociaux progressifs. L’autre, plus structurelle, qui appelle à “des réformes courageuses” face à des marges jugées “exorbitantes”, comme le soulignait Antony Géros lors de l’ouverture de la session administrative en avril 2025, après le colloque consacré à la vie chère. “Le peuple polynésien attend des résultats concrets, pas seulement des intentions”, insistait-il alors, appelant à traduire rapidement ces travaux en textes.
 
Deux visions, zéro texte
 
Un an plus tard, le constat est toutefois sans appel. Aucune des propositions issues de ce colloque n’a débouché sur une initiative législative d’ampleur, qu’il s’agisse de l’encadrement des marges, de la remise en cause de certaines exclusivités à l’importation ou du soutien structuré à la production locale. Ni projet, ni proposition de loi portée par les élus du Tavini pourtant encouragés par Moetai Brotherson dès le début de la mandature à être force de proposition à Tarahoi. Une inertie qui nourrit désormais les critiques internes.
 
Car les tensions ne datent pas des municipales. Depuis des mois déjà, les désaccords s’exprimaient entre Tarahoi et la présidence sur la méthode et le rythme des réformes. Le scrutin n’a fait que cristalliser ces divergences, offrant à chacun un récit : dérive idéologique pour les uns, inaction politique pour les autres.
 
Le contraste est saisissant. Samedi, à la permanence du parti, les échanges ont tourné au règlement de comptes. Le soir même, sur les plateaux de TNTV pour Oscar Temaru et de Polynésie la 1ère pour Moetai Brotherson, le ton se voulait plus apaisé, chacun tentant de reprendre la main. Mais une fois la pression retombée, le rapport de force s’est rappelé à tous. Car derrière les passes d’armes et les menaces de démission, l’équation politique reste la même. Et elle est implacable.
 
Prochaine étape : le 9 avril. Une session administrative présentée comme un moment de clarification qui doit acter la rupture avec la création d’un second groupe indépendantiste. Reste une inconnue de taille : Même en cas de démission de Moetai Brotherson, encore faudrait-il une majorité absolue pour élire un nouveau président. Avec 57 élus à Tarahoi, la barre est fixée à 29 voix. Entre les 16 élus du Tapura, quatre non-inscrits (à ce stade) et un camp indépendantiste désormais éclaté, aucune majorité ne se dégage. Un rapport de force que chacun a en tête, ce qui explique le ton plus mesuré adopté quelques heures plus tard sur les plateaux télé, après le règlement de comptes de samedi à la permanence du parti.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 30 Mars 2026 à 15:59 | Lu 907 fois