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Trois ans avec sursis pour avoir frappé sa fille


Tahiti, le 25 août 2026 - Un père de famille a été condamné ce mardi par le tribunal correctionnel de Papeete à trois ans de prison avec sursis pour avoir, pendant près d’un an, infligé des coups à sa fille de 14 ans.

Une dent cassée, un coup de couteau sur le lobe de l'oreille... Ce ne sont que deux des plus de trente coups qu’une jeune fille s'est vu infliger par son père entre 2024 et septembre 2025. Ce dernier comparaissait ce mardi devant le tribunal correctionnel de Papeete. Aujourd'hui âgée de 15 ans et demi, la jeune victime n'était pas présente à l'audience. Elle est injoignable, selon l'Association polyvalente d’action judiciaires (Apaj) qui vient en aide aux victimes.

Les violences commencent alors que la jeune fille a 14 ans. Pendant près d'un an, son père, âgé de 36 ans, la frappe à plusieurs reprises. Bien qu’il se serve le plus souvent de ses mains, parfois c’est avec un bout de bois pris sur la terrasse qu’il lui inflige des horreurs. “C’est une enfant battue, traumatisée”, a résumé, désolé, le président du tribunal, ce mardi.

“Pourquoi elle a autant d'abrasions, de fractures et de bleus ?”, a-t-il demandé au prévenu, un homme d'1,80 m à la carrure de rugbyman. Celui-ci a répondu que sa fille “raconte n'importe quoi” et “raconte nos vies à tout le monde”. Des propos qu'il a répétés plusieurs fois à la barre.

Le dossier fait état de nombreuses lésions cutanées, “ça se voit sur son corps”, a insisté le président du tribunal. Une dent cassée, une blessure au lobe de l'oreille provoquée par un coup de couteau, mais aussi de nombreux bleus et abrasions qui ont valu à la jeune fille une ITT de 11 jours.

Signalement effectué

Pendant la période où dure le calvaire, l'adolescente sèche l'école pour vendre des firi firi sur le parking d'un supermarché. C'est sur ce parking qu'elle demande de l'aide à plusieurs reprises à la responsable de son établissement scolaire.

Le 29 septembre 2025, cette dernière, de plus en plus inquiète, effectue finalement un signalement. Plusieurs personnes “s'inquiétaient beaucoup pour elle”, a expliqué mardi le président du tribunal. Un oncle avait lui aussi dénoncé les violences et alerté sur le danger que courait la jeune fille.

À la barre, le prévenu a reconnu certains gestes mais minimisé la répétition des violences. Le président lui a rappelé qu'il est question d'une trentaine de coups, alors que l'homme avait commencé l'audience en en évoquant qu’un seul.

“Je regrette sincèrement à chaque fois”, a-t-il assuré. Mais lorsque les bleus sont trop présents, il tente de les faire disparaître avec des “mixtures chinoises” et ne veut pas se rendre au CHPF.

Face aux accusations, le père a rejeté la faute sur sa fille, qu'il a décrite comme “manipulatrice” et “menteuse”. Il a également expliqué avoir lui-même été battu lorsqu'il était enfant : “Je ne connais que cette façon-là de lui faire comprendre.” Un comportement que l'expert psychologue a décrit comme celui d'un homme “égoïste” et “toxicomane” au vue de sa consommation d’ice révélée au tribunal. Le prévenu, lui, a affirmé avoir arrêté l'ice depuis juin 2025, après avoir “signé à la Croix Bleue”.

“Un masque souriant”

Les violences ont laissé des traces sur le corps de l'adolescente, mais aussi sur son état psychologique. Alors qu’elle est décrite dans le dossier comme ayant “un petit corps chétif”, l'expert a même estimé qu'elle “a un corps de 12 ans”.

Aujourd'hui, la jeune fille présente une hypervigilance et un important retentissement psychologique. L'expert parle d'un “masque souriant”, derrière lequel se cache une véritable stratégie de survie. Elle vit désormais chez sa grand-mère mais elle continue de voir son père qui habite dans la même rue et de s'absenter de l'école. Pour l'expert, cette relation avec le père est particulièrement préoccupante. Il évoque un “syndrome de Stockholm”.

L'avocate de la victime a estimé, de son côté, que le prévenu “ne semble pas avoir conscience de la gravité de ses actes”.

De son côté, la défense a tenté de mettre en avant les difficultés de communication entre le père et sa fille. “Monsieur ne sait pas gérer ses crises et les problèmes de sa fille”, a estimé son avocate, évoquant “un manque de communication”.

Au moment des réquisitions, le procureur a peiné à trouver ses mots pour qualifier le comportement du père envers sa fille. “Je ne crois pas que l'incarcération soit la solution”, a malgré tout estimé le procureur, qui a requis trois ans d'emprisonnement assortis d'un sursis probatoire complet pendant trois ans, avec une obligation de soins.

Sur la question de l'autorité parentale, le magistrat a estimé que la question d’'un retrait pourrait se poser, mais n’a finalement pas formulé cette demande. “C'est compliqué de trancher et je ne formule pas cette demande aujourd'hui”, a-t-il dit.

Le tribunal a finalement suivi les réquisitions. Le père a été condamné à trois ans d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans, assortis d’une obligation de soins, de trouver un travail et de suivre un stage de responsabilité parentale.

Il devra également indemniser sa fille à hauteur de 500 000 francs au titre du préjudice subi.

Rédigé par Violaine Broquet le Mardi 25 Août 2026 à 19:28 | Lu 170 fois