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Tauhiti Tehei René Kaimuko, héros des intempéries du 22 janvier



Tauhiti Tehei, sa compagne et leur enfant lors de la cérémonie.
Tauhiti Tehei, sa compagne et leur enfant lors de la cérémonie.
PAPEETE, le 2 novembre 2017 - Ces deux habitants de Pirae ont porté secours à leurs proches quand de fortes pluies terrassaient leurs maisons et leurs quartiers. Ils ont partie des cinq personnes à qui le haut-commissaire René Bidal a remis des médailles pour acte de courage et de dévouement. Rencontres.

"J'ai sauvé la plupart de ma famille." Le garçon est timide et parle d'une voix presque inaudible. A ses côtés, sa compagne tient dans ses bras leur petite fille de un an. Elle pose sur sa moitié un regard admiratif. Tauhiti Tehei, 24 ans, est devenu un héros il y a peu.

Dans la nuit du 22 janvier dernier, le jeune homme n'a écouté que son courage. Il était sur les hauteurs de Arue, à Erima, quand la pluie a commencé à s'abattre sur l'île de Tahiti. Il se souvient : "J'étais chez ma copine et ma mère m'a appelé. Elle m'a demandé de l'aide pour mettre les affaires en hauteur car l'eau commençait à monter." Sans hésiter, le garçon prend sa voiture et file vers Pirae, dans le quartier Maere.

Il est un peu plus de 2 heures du matin. La pluie tire les enfants de leurs rêveries et fait trembler les anciens. L'eau, froide et boueuse, monte dans le quartier. Elle commence à grignoter les pas de portes, les meubles et bientôt… Tauhiti s'active dans la demeure de sa mère puis celle de sa tante et de sa grand-mère. Le gaillard monte les objets importants les uns après les autres avec l'aide de ses cousins.

Bientôt, toute la famille est plongée dans le noir. Un sentiment de peur traverse l'assemblée. "Et puis nous avons entendu un grand bruit. Un mur de la maison de ma grand-mère était tombé. Heureusement, elle n'était plus dedans. L'eau continuait à venir. On s'est dit qu'il fallait faire quelque chose, aller en hauteur…"

"JE ME SUIS DIT QUE C'ÉTAIT FINI POUR NOUS"

Dans le quartier, la plupart des maisons sont en rez-de-chaussée. Seule l'épicerie a un étage. Pour la première fois, l'homme sent la peur l'envahir. Il s'oriente vers le magasin et casse le cadenas qui retient la porte. Le temps presse. Les garçons de la famille commencent l'évacuation. Les enfants sont mis à l'abri à l'étage, les personnes âgées suivent. "Pendant que nous les amenions à l'étage, je faisais ma prière. C'est la première fois que j'avais aussi peur. Je me suis dit que c'était fini pour nous", lâche-t-il, en posant la main sur son bébé.

Après la panique, le calme. Les famille du quartier Maere est saine et sauve à l'étage du magasin. Les secours arrivent quelques heures plus tard. Des larmes coulent encore et les jambes tremblent toujours mais le soulagement est immense. Aucune victime n'est à déplorer. Sans l'action de Tauhiti, plusieurs enfants auraient péri noyés. "Seul mon père s'est blessé au pied. Mais au final, ce n'était pas très grave", raconte le jeune homme au sourire angélique.

Quelques semaines plus tard, le médiateur de Pirae reçoit une lettre estampillée du haut-commissariat. Jeudi dernier, René Bidal a médaillé le jeune papa pour acte de courage et de dévouement. Lors de la cérémonie, l'émotion était toujours palpable chez Tauhiti et ses proches. Le sentiment se mêlait à la fierté. "C'est la première fois que je reçois une telle distinction, je ne pensais pas que c'était possible. Ce que j'ai fait, c'est normal", déclare-t-il.

C'était aussi une première pour René Kaimuko, Moise Tamarii Nadia Toomaru et Frédéric Poroi récipiendaires de la même médaille. Tous, cette nuit du 22 janvier, ont fait preuve de courage, de sang-froid et de solidarité. A Mahina ou Pirae, ils ont volé au secours de leurs proches. René Kaimuko est toujours hanté par le souvenir de cette nuit-là.

"IL FALLAIT LE SAUVER"

René Kaimuko (à droite) était très fier de recevoir cette médaille.
René Kaimuko (à droite) était très fier de recevoir cette médaille.
"Ce soir-là, j'étais en ville avec un copain. La pluie tombait très fort. Mais je croyais que cela allait s'arrêter, ça n'a pas été le cas. Finalement, je suis me dit qu'il fallait que je rentre car j'hébergeais un copain qui était dialysé…", raconte René Kaimuko, qui habite la vallée de Tenaho à Pirae.

Une fois chez lui, l'eau a déjà commencé son ascension depuis un certain temps. Les deux hommes entendent un bruit sourd. A l'extérieur, la clôture a cédé. La rivière s'engouffre dans la maison. "Mon copain était allongé, il commençait déjà à avoir de l'eau sur lui. Il ne peut pas se déplacer à cause de son handicap, alors je l'ai pris et je l'ai poussé hors de sa chambre."

Non sans mal, les deux amis arrivent à se hisser en dehors de l'habitation se retrouvent de l'autre côté de la berge, là où les flots ne les atteignent pas. Il est un peu moins de 3 heures du matin. La maison familiale de René, où il habite depuis près de 40 ans, disparaît dans une vague. Les pompiers viendront les chercher vers 6 heures du matin.

"Je ne pouvais pas laisser mon copain d'enfance comme ça. Il fallait le sauver. S'il devait mourir, je me disais que ce serait avec moi. Nous avons grandi ensemble, nous serions morts ensemble", lance le quinquagénaire, les yeux humides. Ce père de trois enfants réajuste sa chemise bleue, sortie pour la cérémonie. Ses enfants et sa petite-fille l'accompagnent.

Eux aussi se souviennent de cette nuit et de l'inquiétude quand ils ont appris pour leur père. Ce jeudi, toute la famille est réunie pour assister à cette remise de médaille. Une fierté. Six mois après les faits, René Kaimuko et son ami d'enfants on été relogés en attendant de pouvoir retrouver son terrain. "Ce n'est pas la première fois que j'aidais des gens à être évacués mais cette fois-là était particulière. Je me souviendrai pendant longtemps de cette nuit."

Pour tous les médaillés, le souvenir de cette nuit du 22 janvier restera longtemps en mémoire tout comme le visage des personnes à qui ils sont venus en aide.

Les autres "héros" de ces intempéries

• Frédéric Poroi : le 22 janvier, à 3h30, il s'est illustré en portant secours à une victime qui suite à un glissement de terrain avait une jambe ensevelie et souffrait d'une fracture ouverte. L'habitant de Mahina à creuser pour la dégager. Il a ensuite aider les secours à conditionner la victime et est resté aux côtés des pompiers pour dégager l'éboulement;

• Moise Tamarii : ce dernier s'est présenté aux sapeurs-pompiers de Pirae pour contribuer aux opérations de secours. Il a aidé au sauvetage de nombreux habitants de la vallée de Tenaho;

• Nadia Toomaru : elle est venue en aide à de nombreuses familles du quartier Benett à Hamuta.

Rédigé par Amelie David le Jeudi 2 Novembre 2017 à 16:41 | Lu 1760 fois





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