Tahiti, le 3 septembre 2026 – Après des années de rencontres informelles, les parlements du Pacifique passent à la vitesse supérieure. Du 7 au 11 septembre, Tarahoi accueillera la première assemblée générale de l’Assemblée interparlementaire du Pacifique (AIP/PIPA), présidée par Antony Géros. Budget, règlement intérieur et gouvernance doivent donner corps à cette nouvelle organisation et à sa “diplomatie parlementaire”. “Il ne faut pas opposer l’Assemblée interparlementaire au Forum”, insiste toutefois le président de l’assemblée, alors que Moetai Brotherson rentrera tout juste de Palau.
Pendant que les dirigeants du Pacifique se retrouvent cette semaine à Palau, les présidents de leurs parlements se préparent à prendre le relais à Tahiti. La “grand-messe”, comme la présente Antony Géros, débutera véritablement mardi matin avec l’accueil des délégations et une conférence inaugurale au titre qui résume l’ambition : “Une voix du Pacifique dans un monde divisé : diplomatie parlementaire, unité régionale et paix mondiale”. Une référence directe aux tensions géopolitiques qui traversent la région et appellent à la “vigilance”. De l’Australie à Rapa Nui, en passant par Fidji, Samoa, Palau, la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou Wallis-et-Futuna, des délégations de toute la région sont attendues à Tarahoi.
Derrière le cérémonial, l’enjeu est surtout de pérenniser une coopération longtemps restée informelle. L’histoire commence en 2013, sous Jacquie Drollet, avec la création du Groupe des parlementaires polynésiens (GPP), élargi ensuite aux Mélanésiens et Micronésiens pour devenir le Groupe des parlementaires des îles du Pacifique (GPIP). Depuis son retour au perchoir en 2023, Antony Géros pousse pour franchir une nouvelle étape et donner un cadre juridique à ce réseau. Tonga, Palau, Tahiti puis Fidji : en août 2025 à Natadola, onze parlements du Pacifique ont finalement adopté les statuts de l’AIP.
“Les parlements se réveillent”
Un an plus tard, cette première assemblée générale doit désormais en fixer les règles du jeu : budget et contributions des membres, règlement intérieur, demandes d’adhésion, commissions et gouvernance. L’AIP doit également passer des simples préconisations formulées jusque-là à des résolutions communes, avec l’ambition de pouvoir les porter jusque dans les instances internationales.
Mais derrière cette architecture institutionnelle se dessine surtout une revendication politique. “Souvent, les exécutifs prennent la décision et viennent demander aux parlements de s’adapter ensuite aux décisions prises”, a résumé jeudi Antony Géros. Sur l’environnement, le climat, la sécurité ou encore les grands choix régionaux, il estime que les élus doivent pouvoir débattre avant que leur pays ne soit engagé. “Les parlements se réveillent”, assure-t-il : ils ne veulent plus, dit-il, “se laisser instrumentaliser par qui que ce soit”.
Une revendication qui résonne particulièrement en Polynésie après la perte de la majorité du gouvernement à Tarahoi. Géros cite lui-même le classement de la zone économique exclusive en aire marine protégée parmi les sujets sur lesquels les élus n’auraient pas suffisamment été associés. “À l’époque, l’assemblée, c’était littéralement une chambre d’enregistrement. Depuis que je suis arrivé en 2023, cette ère est passée. […] Aujourd’hui plus que jamais, cette discipline de groupe a volé en éclats. On en a fait la démonstration au collectif”, a-t-il lancé jeudi.
Pas un “contre-Forum”
Difficile, dès lors, de ne pas faire le parallèle avec le Forum des îles du Pacifique, où Moetai Brotherson se trouve justement cette semaine à Palau. Mais Antony Géros se défend de vouloir faire de l’AIP un pendant parlementaire du Forum. “Il ne faut pas opposer l’Assemblée interparlementaire au Forum”, insiste-t-il. “Nous ne venons pas supplanter l’exécutif.” Les mêmes grands sujets pourront être abordés, mais avec, selon lui, une approche parlementaire davantage centrée sur leurs conséquences concrètes pour les populations.
Les travaux s’achèveront jeudi par l’adoption d’une déclaration sur la diplomatie parlementaire dans le Pacifique. Une première occasion de mesurer jusqu’où les parlements entendent désormais porter leur propre voix, sans la confondre avec celle des gouvernements.
Stéphanie Delorme
Pendant que les dirigeants du Pacifique se retrouvent cette semaine à Palau, les présidents de leurs parlements se préparent à prendre le relais à Tahiti. La “grand-messe”, comme la présente Antony Géros, débutera véritablement mardi matin avec l’accueil des délégations et une conférence inaugurale au titre qui résume l’ambition : “Une voix du Pacifique dans un monde divisé : diplomatie parlementaire, unité régionale et paix mondiale”. Une référence directe aux tensions géopolitiques qui traversent la région et appellent à la “vigilance”. De l’Australie à Rapa Nui, en passant par Fidji, Samoa, Palau, la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou Wallis-et-Futuna, des délégations de toute la région sont attendues à Tarahoi.
Derrière le cérémonial, l’enjeu est surtout de pérenniser une coopération longtemps restée informelle. L’histoire commence en 2013, sous Jacquie Drollet, avec la création du Groupe des parlementaires polynésiens (GPP), élargi ensuite aux Mélanésiens et Micronésiens pour devenir le Groupe des parlementaires des îles du Pacifique (GPIP). Depuis son retour au perchoir en 2023, Antony Géros pousse pour franchir une nouvelle étape et donner un cadre juridique à ce réseau. Tonga, Palau, Tahiti puis Fidji : en août 2025 à Natadola, onze parlements du Pacifique ont finalement adopté les statuts de l’AIP.
“Les parlements se réveillent”
Un an plus tard, cette première assemblée générale doit désormais en fixer les règles du jeu : budget et contributions des membres, règlement intérieur, demandes d’adhésion, commissions et gouvernance. L’AIP doit également passer des simples préconisations formulées jusque-là à des résolutions communes, avec l’ambition de pouvoir les porter jusque dans les instances internationales.
Mais derrière cette architecture institutionnelle se dessine surtout une revendication politique. “Souvent, les exécutifs prennent la décision et viennent demander aux parlements de s’adapter ensuite aux décisions prises”, a résumé jeudi Antony Géros. Sur l’environnement, le climat, la sécurité ou encore les grands choix régionaux, il estime que les élus doivent pouvoir débattre avant que leur pays ne soit engagé. “Les parlements se réveillent”, assure-t-il : ils ne veulent plus, dit-il, “se laisser instrumentaliser par qui que ce soit”.
Une revendication qui résonne particulièrement en Polynésie après la perte de la majorité du gouvernement à Tarahoi. Géros cite lui-même le classement de la zone économique exclusive en aire marine protégée parmi les sujets sur lesquels les élus n’auraient pas suffisamment été associés. “À l’époque, l’assemblée, c’était littéralement une chambre d’enregistrement. Depuis que je suis arrivé en 2023, cette ère est passée. […] Aujourd’hui plus que jamais, cette discipline de groupe a volé en éclats. On en a fait la démonstration au collectif”, a-t-il lancé jeudi.
Pas un “contre-Forum”
Difficile, dès lors, de ne pas faire le parallèle avec le Forum des îles du Pacifique, où Moetai Brotherson se trouve justement cette semaine à Palau. Mais Antony Géros se défend de vouloir faire de l’AIP un pendant parlementaire du Forum. “Il ne faut pas opposer l’Assemblée interparlementaire au Forum”, insiste-t-il. “Nous ne venons pas supplanter l’exécutif.” Les mêmes grands sujets pourront être abordés, mais avec, selon lui, une approche parlementaire davantage centrée sur leurs conséquences concrètes pour les populations.
Les travaux s’achèveront jeudi par l’adoption d’une déclaration sur la diplomatie parlementaire dans le Pacifique. Une première occasion de mesurer jusqu’où les parlements entendent désormais porter leur propre voix, sans la confondre avec celle des gouvernements.
Stéphanie Delorme
































