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TVA à 1 % dans les archipels : les commerçants face au casse-tête


Tahiti, le 16 avril 2026 - À moins de trois mois de son entrée en vigueur, la TVA à 1 % dans les archipels éloignés suscite autant d’espoir que d’interrogations. Réservée aux échanges entre professionnels, la mesure impose des règles précises que le gouvernement et la Direction des impôts et des contributions publiques (DICP) s’efforcent encore de clarifier, alors que les inquiétudes montent chez les commerçants face à un dispositif jugé complexe.

 
Adoptée en décembre dernier dans le cadre d’une loi fiscale plus large, la TVA à 1 % doit entrer en vigueur le 1er juillet prochain. Concrètement, ce taux réduit s’appliquera aux opérations réalisées entre professionnels lorsque les marchandises – hors alcools, tabacs et produits soumis à la taxe de consommation pour la prévention (TCP) – ou services sont destinés aux archipels éloignés (Tuamotu, Marquises, Australes, Gambier), à l’exclusion des îles du Vent et des îles Sous-le-Vent.
 
Le mécanisme repose sur un critère central : le lieu d’établissement du client. Pour bénéficier du taux à 1 %, celui-ci doit être une entreprise installée dans un archipel concerné. Dans le cas contraire, autrement dit pour une vente à un particulier, le taux normal continue de s’appliquer, sauf certains cas particuliers.
 
Mais à mesure que l’échéance approche, la mise en œuvre interroge. Gestion de plusieurs taux selon la destination, justificatifs à produire, contraintes comptables… Sur le terrain, certains professionnels évoquent déjà un “casse-tête”. D’autant que, comme le rappelle la DICP, l’application du taux dépend à la fois du lieu d’établissement du fournisseur, de celui du client, mais aussi, dans certains cas, de sa qualité d’assujetti ou non-assujetti à la TVA.
 
Un dispositif encore flou pour les professionnels
 
Une inquiétude entendue par le ministre de l’Économie, Warren Dexter, qui tente de rassurer : “La règle est simple. Quand une marchandise est expédiée vers les îles Sous-le-Vent, elle reste à 16 %. En revanche, vers les archipels éloignés, elle passe à 1 %, à condition que le client soit un professionnel.”
 
Le ministre reconnaît néanmoins que certains cas pratiques, comme la “vente à l’aventure” via les navires de fret, pourraient compliquer l’application du dispositif, notamment en matière de contrôle. “Là, ça peut poser des difficultés”, admet-il, tout en rappelant que la Direction des impôts et des contributions publiques (DICP) sera chargée des vérifications et pourra procéder à des redressements en cas d’erreur.
 
Pour accompagner les professionnels, le gouvernement a ainsi laissé un délai de six mois entre l’adoption du texte et son entrée en vigueur pour que chacun ait le temps de s’adapter. Des échanges ont eu lieu avec les organisations professionnelles, et la DICP a récemment intensifié sa communication, notamment via des supports pédagogiques diffusés en ligne. “On va renforcer la communication”, assure Warren Dexter.

Baisse des prix : un pari encore incertain

Au-delà de la technique, l’enjeu est aussi celui de l’impact réel sur le coût de la vie. En théorie, la baisse de TVA – de 16 % à 1 % – pourrait se traduire par une diminution significative des prix dans les archipels éloignés. Mais le ministre le reconnaît lui-même : “La question, c’est de savoir si les commerçants vont jouer le jeu” ou si certains professionnels seront au contraire tentés d’en profiter pour ajuster leurs tarifs. Pour éviter les dérives, des agents de la Direction générale des affaires économiques (DGAE) sont déjà à pied d’œuvre dans les îles, nous a confié le ministre. Leur mission : relever les prix avant l’entrée en vigueur de la mesure, puis y retourner ensuite pour en mesurer les effets concrets.
 
Reste une autre question soulevée ces dernières semaines : celle de la légalité du dispositif. Comment justifier l’application de taux différents pour un même produit selon le lieu où il est consommé, au sein d’un même territoire ? Aucun recours n’a été déposé, pour l’instant du moins, et le ministre est plutôt serein. “La jurisprudence est constante : on peut différencier les taux dès lors qu’il existe une différence de situation”, explique Warren Dexter, évoquant les écarts économiques importants entre archipels pour justifier cette mesure. “Plus de 1 000 milliards de francs de chiffre d’affaires pour les îles du Vent, contre environ 80 milliards pour les îles Sous-le-Vent et à peine 18 milliards pour l’ensemble des archipels éloignés". Un déséquilibre qui, selon lui, “justifie pleinement une différence de traitement”.
 
C’est précisément pour tenter de corriger ces écarts que le gouvernement mise sur cette TVA à 1 %, l’objectif étant de favoriser le développement économique des archipels éloignés, en y stimulant l’activité et l’investissement. Le ministre évoque déjà des retombées concrètes avec des projets, notamment dans le secteur hôtelier. “Il y a deux manifestations d’intérêt pour des projets à Fakarava, l’un en villas de luxe, l’autre en petit hôtel, portés par des investisseurs sérieux”, indique Warren Dexter, soulignant que cette fiscalité allégée a contribué à susciter ces initiatives.
 
À l’approche du 1er juillet, le compte à rebours est lancé. Entre pédagogie, appropriation par les professionnels et contrôle des pratiques, la réussite de cette TVA à 1 % se jouera désormais sur le terrain.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Jeudi 16 Avril 2026 à 15:58 | Lu 675 fois