Tahiti, le 9 avril 2026 - Adoptée au forceps il y a quelques mois, la réforme du régime des non-salariés (RNS) revient aujourd’hui comme un boomerang politique. Alors que l’assemblée ouvre sa session administrative dans une configuration inédite, divisée entre Tavini “historique” et dissidents d’A Fano Tia, les critiques d’hier sont désormais reprises… par ceux-là mêmes qui défendaient le texte. Symbole d’une fin de mandature qui ne pourrait désormais se limiter qu’à la gestion courante, repoussant aux calendes grecques toute réforme en profondeur.
Jeudi matin à Tarahoi, l’image est saisissante : une majorité toujours affichée, mais politiquement disloquée. D’un côté, 22 élus du Tavini “canal historique”, de l’autre 15 dissidents désormais structurés autour d’A Fano Tia, le mouvement présidé par Tematai Le Gayic mais porté par le président du Pays, Moetai Brotherson. Entre les deux, un espace devenu incertain, où chaque texte devra désormais se négocier.
Dans ce nouveau paysage, la réforme du RNS s’impose comme un cas d’école. Non seulement parce qu’elle continue de susciter crispations et recours, mais surtout parce qu’elle raconte, à elle seule, l’histoire d’une majorité qui n’existe plus que sur le papier. Adoptée après plusieurs jours de débats sous tension, la réforme avait déjà fait l’objet de critiques nourries de l’opposition et du monde économique. À l’époque pourtant, le Tavini avait tenu bon. Quitte à voter un texte dont tous les contours n’étaient pas encore visibles. Quitte aussi, pour certains, à soigneusement s’en tenir à distance.
Car un détail, à l’époque, n’avait échappé à personne : l’absence du président de l’assemblée, Antony Géros, en déplacement à Fidji pendant l’examen du texte. Officiellement retenu par la 5e conférence du Groupe des Parlements des îles du Pacifique, il n’avait pas pris part aux débats, se contentant de donner procuration à son groupe. Une absence qui, avec le recul, en dit long. Comme si le président de l’assemblée avait choisi de ne pas s’exposer sur un texte déjà explosif, restant volontairement en retrait au moment le plus critique des débats.
Un réveil tardif qui en dit long
Quelques mois plus tard, le retour de terrain est brutal. Ce ne sont plus les principes du texte qui sont en cause, mais ses conséquences très concrètes. Et c’est là que le discours bascule. Car entre-temps, les élus ont enfin eu accès à ce qui manquait cruellement au moment du vote : les arrêtés d’application, autrement dit la traduction opérationnelle de la réforme. Et, à en croire le président de l’assemblée, Antony Géros, c’est cette lecture tardive qui change tout : “On ne pouvait pas être d’accord tant qu’on n’avait pas les imprimés de la CPS”, explique-t-il aujourd’hui, avant de décrire un dispositif où “la bonite que tu vas vendre au bord de la route, le cochon rôti… tout devient déclaratif”, une mécanique jugée désormais “invraisemblable”.
Une prise de conscience qui interroge. Car ce que révèlent ces imprimés n’a, en réalité, rien de nouveau. C’est précisément ce que dénonçaient, dès l’origine, l’opposition et les acteurs économiques : un système trop large, trop déclaratif, déconnecté des réalités du terrain. “C’est exactement ce qu’on disait”, rappelle Nuihau Laurey, pointant un texte “mal construit” et adopté “au forceps”.
Derrière la ligne de défense d’Antony Géros – l’absence d’éléments techniques au moment du vote – affleure donc une autre lecture, plus politique : celle d’une majorité qui a validé une réforme sans en mesurer pleinement les effets, et qui en découvre aujourd’hui les limites… une fois confrontée à sa mise en œuvre.
Un constat qui en dit long sur la suite. Car dans la configuration actuelle de l’assemblée, fragmentée et sans majorité absolue, un texte de cette nature aurait peu de chances de franchir la rampe. Le RNS, voté hier dans une majorité contrainte mais disciplinée, ne passerait tout simplement plus aujourd’hui.
Une assemblée sans filet
Ce télescopage des discours illustre à lui seul la situation actuelle : une majorité qui conteste aujourd’hui ce qu’elle validait hier. Et qui, ce faisant, met en lumière ses propres fragilités. Car au moment du vote, le Tavini disposait encore de ses 38 élus. Une force de frappe qui a permis de faire passer le texte malgré les réserves. Mais cette unité était déjà, en partie, illusoire. La scission actée depuis change radicalement la donne. Désormais, aucun texte sensible ne pourra être adopté sans arbitrage. Et le RNS en est la première démonstration.
Antony Géros ne s’en cache d’ailleurs pas. S’il maintient que son groupe continuera à soutenir les textes allant dans le sens de “l’intérêt général”, il fixe une ligne claire : ce soutien ne sera plus automatique. Et surtout, il prévient que les grandes réformes risquent de se heurter à un mur. “Pour les grandes réformes, ça ne va pas avancer”, admet-il, allant jusqu’à envisager deux années consacrées à des textes “qui ne changeront rien”.
Autrement dit, une mandature qui bascule d’une logique de transformation à une logique de gestion. Dans ce contexte, l’opposition entend bien jouer sa partition. Non pas en force de blocage, mais en force d’influence. “Il va falloir trouver des consensus”, explique Tepuaraurii Teriitahi, convaincue que l’absence de majorité absolue obligera enfin le gouvernement à écouter la minorité et surtout à prendre en compte les amendements qu’elle proposera.
Une lecture partagée, au moins en partie, par Nuihau Laurey, qui y voit l’opportunité de “sortir de la logique de majorité pour enfin travailler sur le fond”. Mais encore faut-il que cette ouverture se traduise dans les faits. Car derrière l’espoir d’un débat plus équilibré se profile aussi le risque d’un enlisement politique. Pour Nuihau Laurey, le calendrier est déjà joué : “Le temps de l’action gouvernementale est terminé.”
Entre recomposition politique, création de nouveaux partis et préparation des échéances électorales, les deux années restantes pourraient bien être absorbées par d’autres priorités. Dans ce paysage incertain, le RNS apparaît finalement comme un test grandeur nature. Un test de sincérité pour une majorité qui reconnaît aujourd’hui ses propres erreurs. Un test de méthode pour un gouvernement désormais contraint de composer. Et un test politique, surtout, pour une assemblée où plus rien ne pourra se décider comme avant.
À Tarahoi, le message est limpide : ce n’est plus seulement une réforme qui vacille. C’est toute une manière de gouverner.
Jeudi matin à Tarahoi, l’image est saisissante : une majorité toujours affichée, mais politiquement disloquée. D’un côté, 22 élus du Tavini “canal historique”, de l’autre 15 dissidents désormais structurés autour d’A Fano Tia, le mouvement présidé par Tematai Le Gayic mais porté par le président du Pays, Moetai Brotherson. Entre les deux, un espace devenu incertain, où chaque texte devra désormais se négocier.
Dans ce nouveau paysage, la réforme du RNS s’impose comme un cas d’école. Non seulement parce qu’elle continue de susciter crispations et recours, mais surtout parce qu’elle raconte, à elle seule, l’histoire d’une majorité qui n’existe plus que sur le papier. Adoptée après plusieurs jours de débats sous tension, la réforme avait déjà fait l’objet de critiques nourries de l’opposition et du monde économique. À l’époque pourtant, le Tavini avait tenu bon. Quitte à voter un texte dont tous les contours n’étaient pas encore visibles. Quitte aussi, pour certains, à soigneusement s’en tenir à distance.
Car un détail, à l’époque, n’avait échappé à personne : l’absence du président de l’assemblée, Antony Géros, en déplacement à Fidji pendant l’examen du texte. Officiellement retenu par la 5e conférence du Groupe des Parlements des îles du Pacifique, il n’avait pas pris part aux débats, se contentant de donner procuration à son groupe. Une absence qui, avec le recul, en dit long. Comme si le président de l’assemblée avait choisi de ne pas s’exposer sur un texte déjà explosif, restant volontairement en retrait au moment le plus critique des débats.
Un réveil tardif qui en dit long
Quelques mois plus tard, le retour de terrain est brutal. Ce ne sont plus les principes du texte qui sont en cause, mais ses conséquences très concrètes. Et c’est là que le discours bascule. Car entre-temps, les élus ont enfin eu accès à ce qui manquait cruellement au moment du vote : les arrêtés d’application, autrement dit la traduction opérationnelle de la réforme. Et, à en croire le président de l’assemblée, Antony Géros, c’est cette lecture tardive qui change tout : “On ne pouvait pas être d’accord tant qu’on n’avait pas les imprimés de la CPS”, explique-t-il aujourd’hui, avant de décrire un dispositif où “la bonite que tu vas vendre au bord de la route, le cochon rôti… tout devient déclaratif”, une mécanique jugée désormais “invraisemblable”.
Une prise de conscience qui interroge. Car ce que révèlent ces imprimés n’a, en réalité, rien de nouveau. C’est précisément ce que dénonçaient, dès l’origine, l’opposition et les acteurs économiques : un système trop large, trop déclaratif, déconnecté des réalités du terrain. “C’est exactement ce qu’on disait”, rappelle Nuihau Laurey, pointant un texte “mal construit” et adopté “au forceps”.
Derrière la ligne de défense d’Antony Géros – l’absence d’éléments techniques au moment du vote – affleure donc une autre lecture, plus politique : celle d’une majorité qui a validé une réforme sans en mesurer pleinement les effets, et qui en découvre aujourd’hui les limites… une fois confrontée à sa mise en œuvre.
Un constat qui en dit long sur la suite. Car dans la configuration actuelle de l’assemblée, fragmentée et sans majorité absolue, un texte de cette nature aurait peu de chances de franchir la rampe. Le RNS, voté hier dans une majorité contrainte mais disciplinée, ne passerait tout simplement plus aujourd’hui.
Une assemblée sans filet
Ce télescopage des discours illustre à lui seul la situation actuelle : une majorité qui conteste aujourd’hui ce qu’elle validait hier. Et qui, ce faisant, met en lumière ses propres fragilités. Car au moment du vote, le Tavini disposait encore de ses 38 élus. Une force de frappe qui a permis de faire passer le texte malgré les réserves. Mais cette unité était déjà, en partie, illusoire. La scission actée depuis change radicalement la donne. Désormais, aucun texte sensible ne pourra être adopté sans arbitrage. Et le RNS en est la première démonstration.
Antony Géros ne s’en cache d’ailleurs pas. S’il maintient que son groupe continuera à soutenir les textes allant dans le sens de “l’intérêt général”, il fixe une ligne claire : ce soutien ne sera plus automatique. Et surtout, il prévient que les grandes réformes risquent de se heurter à un mur. “Pour les grandes réformes, ça ne va pas avancer”, admet-il, allant jusqu’à envisager deux années consacrées à des textes “qui ne changeront rien”.
Autrement dit, une mandature qui bascule d’une logique de transformation à une logique de gestion. Dans ce contexte, l’opposition entend bien jouer sa partition. Non pas en force de blocage, mais en force d’influence. “Il va falloir trouver des consensus”, explique Tepuaraurii Teriitahi, convaincue que l’absence de majorité absolue obligera enfin le gouvernement à écouter la minorité et surtout à prendre en compte les amendements qu’elle proposera.
Une lecture partagée, au moins en partie, par Nuihau Laurey, qui y voit l’opportunité de “sortir de la logique de majorité pour enfin travailler sur le fond”. Mais encore faut-il que cette ouverture se traduise dans les faits. Car derrière l’espoir d’un débat plus équilibré se profile aussi le risque d’un enlisement politique. Pour Nuihau Laurey, le calendrier est déjà joué : “Le temps de l’action gouvernementale est terminé.”
Entre recomposition politique, création de nouveaux partis et préparation des échéances électorales, les deux années restantes pourraient bien être absorbées par d’autres priorités. Dans ce paysage incertain, le RNS apparaît finalement comme un test grandeur nature. Un test de sincérité pour une majorité qui reconnaît aujourd’hui ses propres erreurs. Un test de méthode pour un gouvernement désormais contraint de composer. Et un test politique, surtout, pour une assemblée où plus rien ne pourra se décider comme avant.
À Tarahoi, le message est limpide : ce n’est plus seulement une réforme qui vacille. C’est toute une manière de gouverner.
Commissions : le Tavini garde la main le Tapura progresse
À l’occasion de l’ouverture de la session administrative, les neuf commissions législatives de l’assemblée de la Polynésie française ont été renouvelées jeudi. Sans surprise, le Tavini conserve la main sur l’essentiel des postes avec sept présidences, malgré l’éclatement récent de sa majorité. Le nouveau groupe A Fano Tia a confirmé son choix de ne briguer aucune commission, refusant d’être “taxé d’opportunisme” dans ce contexte politique tendu.
Dans ce jeu de chaises musicales, c’est donc le Tapura qui tire son épingle du jeu en récupérant deux présidences, contre une seule auparavant. Teura Iriti conserve la commission de l’emploi et de la fonction publique, tandis que Cathy Puchon prend la tête de la commission de la santé et des solidarités.
Les autres commissions restent donc aux mains du Tavini : Heinui Le Caill succède à Tematai Le Gayic et préside la commission clé de l’économie, des finances et du budget, Tevaipaea Hoiore celle de l’éducation, de la jeunesse et des sports, Cliff Loussan le tourisme et la culture. Mitema Tapati prend la présidence de la commission des institutions, des affaires internationales et des relations avec les communes, Jeanne Vaianui celle du logement, des affaires foncières et du développement durable, Vincent Maono celle de l’équipement, de l’aménagement du territoire et des transports, et enfin Tevahiarii Teraiarue est mise à la tête de la commission de l’agriculture et des ressources marines.
Dans ce jeu de chaises musicales, c’est donc le Tapura qui tire son épingle du jeu en récupérant deux présidences, contre une seule auparavant. Teura Iriti conserve la commission de l’emploi et de la fonction publique, tandis que Cathy Puchon prend la tête de la commission de la santé et des solidarités.
Les autres commissions restent donc aux mains du Tavini : Heinui Le Caill succède à Tematai Le Gayic et préside la commission clé de l’économie, des finances et du budget, Tevaipaea Hoiore celle de l’éducation, de la jeunesse et des sports, Cliff Loussan le tourisme et la culture. Mitema Tapati prend la présidence de la commission des institutions, des affaires internationales et des relations avec les communes, Jeanne Vaianui celle du logement, des affaires foncières et du développement durable, Vincent Maono celle de l’équipement, de l’aménagement du territoire et des transports, et enfin Tevahiarii Teraiarue est mise à la tête de la commission de l’agriculture et des ressources marines.






























