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“Quand c’est du steak frites c'est une vraie razzia”


Tahiti, le 10 septembre 2026 – Manger local c’est aussi l’objectif de l’opération “Cantines à l’unisson” pour laquelle plusieurs établissements scolaires de Tahiti ont servi, jeudi, le même repas à leurs élèves. “Quand c’est local, les collégiens ont plus de mal à manger que les lycéens et sont un peu moins réceptifs.”  
 
Au menu à midi dans les lycées et collèges de Tahiti, jeudi : ragoût poulet taro. Un menu qui entre dans le cadre de l’opération Cantines à l’unisson. La ministre de l’Éducation, Samantha Bonet-Tirao, le ministre de l’Agriculture, Taivini Teai, le président de la chambre de l’agriculture, de la pêche lagonaire (CAPL), Thomas Moutame, et le tāvana de Pape’ete, Rémy Brillant, ont enfilé sans attendre les habits d’hygiène pour pouvoir servir les collégiens et lycéens, après avoir été accueillis par la direction du lycée Paul Gauguin.
 
C'est l'occasion surtout de comprendre les difficultés qu’ils peuvent rencontrer au quotidien pour pouvoir préparer les repas de nos élèves. Il y a également une difficulté d'approvisionnement puisque parfois les agriculteurs ont du mal à répondre à la demande de ces établissements”, explique la ministre de l’Éducation. Un des objectifs de l’opération a été atteint : “Fournir toutes les cantines qui ont souhaité et qui ont répondu favorablement (…) à ce projet”, se réjouit Samantha Bonet-Tirao. Si l’initiative vise à “développer l'agriculture”, il s’agit aussi “de faire en sorte que nos enfants soient en excellente santé”.

“Quand c’est du steak frites c'est une vraie razzia. Quand c’est local, les collégiens ont plus de mal”

Interrogée, la proviseure du Lycée Paul Gauguin, Isabelle Dinand, explique que ce dispositif “prouve qu'on peut manger bon et local”. Elle a constaté que “quand c’est du steak frites c'est une vraie razzia. Quand c’est local, les collégiens ont plus de mal à manger que les lycéens et sont un petit peu moins réceptifs”.
 
Comme elle aime à le rappeler, une des missions de l’école c’est aussi “d'éduquer à l'alimentation et d'éduquer au manger local (…). L'idée, c'est qu'ils goûtent car on ne peut pas dire ‘J'aime pas’ si on n'a pas goûté”, rappelle la cheffe d’établissement.
 
A contrario, elle a observé que les internes du lycée Paul Gauguin sont “ravis quand on mange local. C'est même eux qui en demandent car ils arrivent des îles et ça leur rappelle un peu la maison. C’est un petit moins le cas des lycéens qui sont originaires de Tahiti”. Elle précise aussi qu’elle a “la chance d'avoir un cuisinier qui est très bon et qui fait des bonnes choses”.

“Travailler seul, c'est être isolé pour répondre à des marchés de grande ampleur”

Après le succès, en juin dernier, d’une opération qui avait permis de servi 7.000 portions de ragoût de poulet au taro dans tous les établissements scolaires de Raromata’i, Thomas Moutame a voulu faire de même à Tahiti. “Nous voulons voir si nous sommes capables de fournir assez de taro dans les écoles, et de bananes pour remplacer le pain”. Jeudi, il se félicitait de la “réussite” de cette opération dans les établissements du secondaire à Tahiti. Une prochaine opération est dorénavant envisagée aux Australes.
 
Le président de la CAPL est bien conscient que la production agricole doit augmenter si l’opération devait être organisée régulièrement et cela pose déjà des questions d’ordre logistique. “Il nous faut des conteneurs réfrigérés, des photovoltaïques, pour diminuer les coûts car si ça revient trop cher.” Pour lui, il faut qu’entre les agriculteurs et les gestionnaires cela soit “gagnant-gagnant (…) pour pouvoir nourrir nos enfants de demain”.
 
Le ministre de l’Agriculture, Taivini Teai, rappelle que le programme Transition agroécologique vivrière et agro-transformation (Tavita), l’initiative Cantine à l’unisson et la gratuité des repas scolaires partagent le même objectif : que les filières agricoles et hauturières prennent de l’importance afin “que ces secteurs d'activité trouvent au sein de notre restauration collective des filières de commercialisation”. Le plus important pour les agriculteurs, estime-t-il, c’est de “vendre leurs produits” afin de “monter en production, augmenter leur rendement” afin de permettre “une baisse des prix”.
 
Pour réussir il faut également mettre en place des coopératives, estime-t-il : “Travailler seul, c'est être isolé, c'est ne pas pouvoir répondre à des marchés de grande ampleur.” La mise en place de ces coopératives permettra, selon lui, de développer la filière de l’agro-transformation. “Toute cette chaîne de valeurs permet pour la coopérative d'avoir une rentabilité plus importante”.

Isabelle Dinand proviseure du Lycée Paul Gauguin “Parfois, au dernier moment, on n’est pas livrés”

“Manger local, effectivement, ça nécessite de s'approvisionner localement. Les petits producteurs ne sont pas toujours capables de nous fournir les quantités nécessaires. Donc, on est obligés de jongler avec plusieurs producteurs. Et parfois même, au dernier moment, on n’est pas livrés. Donc, le travail du cuisinier, c'est toujours d'avoir un plan B pour pouvoir pallier d'éventuelles carences et proposer un certain nombre de repas locaux. Puis après, on complète avec quelque chose d’importé. On est obligés, pour l'instant, de passer par de l'importé pour produire des grosses quantités. On fait appel à plusieurs fournisseurs de façon à avoir les grosses quantités dont nous avons besoin. Ce qu'il faut dire aussi, c'est que manger local, ça a un coût. Et que ce coût, pour être supporté par les collectivités, oblige de jongler avec l'équilibre des budgets. Donc, forcément, si on fait manger local une fois, on va essayer de rattraper avec des produits un petit peu moins chers, mais de bonne qualité, qui ne sont pas forcément des produits locaux.”

Tehei Marama Chérie,Terminal S2TMD (Sciences et Techniques du théâtre, de la musique et de la danse) “Cinq mois loin de notre île, c'est dur aussi de ne plus manger du poisson, du fafaru et du mitihue”

“On mange à peu près trois ou quatre fois par mois du local, c'est-à-dire du poisson cru, du poulet fafa, du po’e ou du taro. J’aimerais qu’on en mange plus (…) car c'est très rare en tout cas et je ne sais pas pourquoi. Mais c'est plutôt bon, le mā'a ici, au lycée Paul Gauguin. Mais je préfère qu'on promeuve notre mā'a en primaire, au collège, au lycée, voire l'université (…).
C’est bon pour la santé, cela fait du bien, et en plus en tant que Polynésien, et surtout en tant qu’enfant des îles, ça fait du bien de manger local. Parce que, cinq mois loin de notre île, c'est dur aussi de ne plus manger du poisson, du fafaru et du mitihue. Mais là, à savoir que manger local est inscrit dans le menu scolaire, c’est parfait, et très bien pour les élèves qui viendront à l'avenir au lycée Paul Gauguin.”

Tuariki, John Teai “A ‘amu i ta tatou mā’a hotu et mā’a tupu, c’est très bon pour la santé”

“Je suis très contente car ça fait un peu plus d'un an que je rêve qu’on nous serve le mā’a d’ici plantés par nos agriculteurs. Aujourd'hui, je vois que mes camarades de 11 ans mangent notre mā’a comme notre taro, notre ‘i’ita, notre maniota, notre mai’a et même les Français d’ailleurs, c'est un pur bonheur. Là, je suis en train de les regarder et ils m’ont l’air contents de manger leur ragoût poulet taro, en plus il y a beaucoup d’assiettes vides. C'est incroyable je ne pensais pas que cela serait un vrai succès. Au moins on est sûr qu’on ne va pas prendre de poids et surtout on n’aura pas non plus le diabète. A ‘amu i ta tatou mā’a hotu et mā’a tupu, c’est très bon pour la santé.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Jeudi 10 Septembre 2026 à 18:33 | Lu 477 fois