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Prêt à ATN : le calendrier met Tarahoi au pied du mur


Tahiti, le 26 août 2026 – Quatre heures d'explications, mais toujours pas de position arrêtée. À deux jours de l'examen du collectif 3, la direction d'Air Tahiti Nui est venue au grand complet mercredi devant les élus pour défendre le prêt de 8,5 milliards de francs destiné à rénover les cabines de la compagnie. Avec une échéance fixée au 31 août, Tarahoi doit désormais trancher dans l'urgence sur un financement qui n'a pas été demandé par ATN, mais proposé par le Pays. Un calendrier qui laisse aux élus le sentiment d'être mis au pied du mur.
 
Cette fois, les élus avaient devant eux toute l'équipe. Direction générale, directeurs et président du conseil d'administration d'Air Tahiti Nui ont passé près de quatre heures mercredi après-midi face aux membres de la commission de l'Économie. Une deuxième explication de texte, une semaine après des premières discussions autour du collectif budgétaire n°3 déjà largement dominées par les 8,5 milliards de francs que le Pays entend prêter à la compagnie pour rénover ses cabines.
 
“Cette réunion a été utile”, reconnaît Tepuaraurii Teriitahi. L'élue Tapura dit avoir obtenu “des éléments supplémentaires” et pu poser aussi bien des questions techniques que stratégiques. Mais pas de quoi, à ce stade, annoncer le vote de son groupe. “Il s'agit quand même de prêter 8,5 milliards, donc 8,5 milliards qui ne pourront pas être utilisés pour autre chose dans les projets du Pays. C'est une décision qui est lourde à prendre.”
 
La direction a notamment défendu le pari économique de son rétrofit, autrement dit la rénovation de ses cabines : huit sièges supplémentaires en classe affaires dans chacun des quatre appareils, soit 32 au total, qui permettraient, selon ses projections, de générer environ 4 milliards de francs de recettes supplémentaires par an et de retrouver l'équilibre à l'horizon 2029. La classe affaires représente déjà 33 % du chiffre d'affaires de la compagnie, contre 52 % pour l'économique et 13 % pour la Premium. “Nous, on ne peut les croire que sur parole, puisqu'on est des néophytes”, tempère toutefois Tepuaraurii Teriitahi. Quant au retour à l'équilibre annoncé pour 2029, elle préfère en sourire en rappelant que l’assemblée sera renouvelée en 2028 : “Nos successeurs pourront juger et comparer les prévisions à l'atterrissage.”
 
Une urgence surtout dictée par le calendrier

Car au-delà des chiffres, c'est surtout le calendrier qui interroge. Rien sur ATN dans la première mouture du collectif 3 transmise fin juin. Puis 8,5 milliards dans la seconde transmise sept semaines plus tard, avec désormais une échéance au 31 août pour engager le processus et conserver une fenêtre dans le calendrier de Boeing.
 
“L'urgence est relative”, souligne toutefois l'élue Tapura. “On peut continuer à voler avec les cabines telles qu'elles sont, sauf qu'effectivement, au niveau concurrence, les passagers vont peut-être aller chercher dans des avions qui sont plus neufs.” L'urgence tient surtout au créneau industriel : plus la décision est repoussée, plus la rénovation, qui ne doit pas commencer avant 2028, sera elle-même retardée.
 
De quoi nourrir chez les élus le sentiment d'être mis au pied du mur. “On a demandé pourquoi on nous presse ainsi”, pointe ainsi Tepuaraurii Teriitahi, qui dit avoir surtout découvert au cours de la réunion que “ce n'est pas Air Tahiti Nui qui est venu solliciter le Pays. C'est le Pays qui a décidé de proposer les 8,5 milliards.”  Une initiative du gouvernement, donc, qui n'avait pas encore été arrêtée lors de la première mouture du collectif, le conseil d'administration d'ATN n'ayant alors pas encore exprimé son besoin.
 
Six scénarios ont ainsi été présentés aux élus, rapporte Maurea Maamaatuaiahutapu. Parmi les options autres que le prêt du Pays, Tepuaraurii Teriitahi cite notamment un financement bancaire, finalement écarté, ou la vente de deux appareils avant leur reprise en leasing. Une solution qui permettrait à ATN de faire rentrer de la trésorerie, mais avec un coût élevé à long terme. Surtout, le financement proposé par le Pays est de loin le plus avantageux : “Avec une banque, un prêt obligataire, le taux pourrait être à 11 %, ce qui est énorme. Alors qu'avec le Pays, c'est 2,5%”, rapporte l'élue Tapura. “Donc évidemment, c'est une solution qui arrange Air Tahiti Nui.”
 
En cas de refus vendredi, la compagnie devrait donc se rabattre sur une option moins favorable. De quoi alourdir encore la responsabilité du vote. “Si on dit non, qu'est-ce qui va se passer ?”, s'interroge Tepuaraurii Teriitahi. “Est-ce que la compagnie va survivre ? Si on dit oui, quelque part, est-ce que ce n'est pas priver les Polynésiens de 8,5 milliards pour d'autres projets ?”
 
Des contreparties réclamées
 
Même sentiment du côté de Maurea Maamaatuaiahutapu : “En tant que représentants du peuple, on a très peu de marge de manœuvre par rapport à ce dossier.” Mais le groupe entend profiter de l'engagement financier demandé à la collectivité pour réclamer des contreparties.
 
Mercredi, les élus Tavini ont aussi posé leurs conditions. “Nous avons évoqué certaines garanties qu'ATN pourrait proposer en contrepartie de ce prêt”, souligne Maurea Maamaatuaiahutapu, citant notamment les facilités de transport, l'accompagnement des Evasan ou encore la prise en compte “des petits revenus qui ne voyagent pas”. Surtout, ils demandent au gouvernement un “contrat d'objectifs” pour Air Tahiti Nui, assorti d'un “pacte social” et de bilans intermédiaires sur le rétrofit, même si ces éléments ne pourront pas être produits avant le vote de vendredi.
 
Sur la décision à prendre, Tavini et Tapura sont finalement sur la même longueur d'onde : les quatre heures d'explications n'ont pas encore fait pencher définitivement la balance. Le groupe Tavini doit se réunir jeudi matin pour arrêter sa position avant de retrouver, en fin de journée, le Tapura et Ahip. L'objectif sera aussi d'harmoniser les amendements des trois groupes sur le collectif 3. “Pour un collectif, il vaut mieux s'entendre”, résume Maurea Maamaatuaiahutapu. Même son de cloche chez Tepuaraurii Teriitahi, qui veut éviter que les groupes ne viennent “bouger la même ligne” avec des montants différents et rappelle qu'“Air Tahiti Nui n'est pas le seul sujet de discussion”. Quant au prêt, elle le répète : “Ce n'est vraiment pas une décision facile à prendre.”

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mercredi 26 Août 2026 à 20:09 | Lu 710 fois