Faute d’accord, l’entrée en grève serait effective à partir du lundi 13 avril (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 8 avril 2026 - “Nous nous avançons vers un risque majeur pour la santé des patients, mais aussi des soignants”, dénonce le préavis de grève déposé mardi après-midi par la CSIP et O oe to oe rima à l’hôpital de Taravao. Entre sous-effectifs aux urgences et manque d’attractivité chronique, la reconsidération du projet du Smur du sud et la mise en place d’un scanner sont sollicitées parmi d’autres mesures “urgentes”. Une infirmière et un médecin témoignent.
Avec seulement trois médecins sur six aux urgences depuis mi-mars sans perspective d’amélioration avant le mois d’août, l’hôpital de Taravao est sous tension. Après des remplacements assurés in extremis lors du week-end de Pâques, notamment lundi soir par le directeur de la Santé, Francis Spaak, les praticiens attendent des solutions pérennes tandis que les heures supplémentaires s’accumulent – jusqu’à plus de 60 heures par semaine – pour assurer la permanence des soins 24 heures sur 24 et sept jours sur sept à la Presqu’île.
Un préavis de grève a donc été déposé mardi après-midi par la Confédération des syndicats indépendants de Polynésie (CSIP) et O oe to oe rima. Adressé à la direction de l’hôpital, ainsi qu’à la direction et au ministère de la Santé, il fait état d’une “situation critique en constante dégradation” au nom du personnel médical, paramédical et technique. “Nous nous avançons vers un risque majeur pour la santé des patients, mais aussi des soignants”, est-il souligné, tout en détaillant une série de revendications organisées autour de trois grands axes (lire encadré ci-dessous). Ce préavis fait suite à celui déposé début mars par la Confédération des syndicats des travailleurs de Polynésie-Force ouvrière (CSTP-FO) pour l’ensemble des établissements de Tahiti et des îles relevant de la Santé publique, dont l’hôpital de Taravao.
Avec seulement trois médecins sur six aux urgences depuis mi-mars sans perspective d’amélioration avant le mois d’août, l’hôpital de Taravao est sous tension. Après des remplacements assurés in extremis lors du week-end de Pâques, notamment lundi soir par le directeur de la Santé, Francis Spaak, les praticiens attendent des solutions pérennes tandis que les heures supplémentaires s’accumulent – jusqu’à plus de 60 heures par semaine – pour assurer la permanence des soins 24 heures sur 24 et sept jours sur sept à la Presqu’île.
Un préavis de grève a donc été déposé mardi après-midi par la Confédération des syndicats indépendants de Polynésie (CSIP) et O oe to oe rima. Adressé à la direction de l’hôpital, ainsi qu’à la direction et au ministère de la Santé, il fait état d’une “situation critique en constante dégradation” au nom du personnel médical, paramédical et technique. “Nous nous avançons vers un risque majeur pour la santé des patients, mais aussi des soignants”, est-il souligné, tout en détaillant une série de revendications organisées autour de trois grands axes (lire encadré ci-dessous). Ce préavis fait suite à celui déposé début mars par la Confédération des syndicats des travailleurs de Polynésie-Force ouvrière (CSTP-FO) pour l’ensemble des établissements de Tahiti et des îles relevant de la Santé publique, dont l’hôpital de Taravao.
“À bout de souffle”
Ce mercredi matin, au sortir d’une nuit de garde mouvementée avec notamment un accouchement inopiné, Liana Toheira, infirmière aux urgences de l’hôpital de Taravao depuis 18 ans, ne cachait pas son inquiétude. “Nous sommes en sous-effectif, c’est notre plus grand problème. La Direction de la santé met en avant la pénurie de médecins et les difficultés de recrutement, mais c’est à eux de trouver des solutions. C’est vital d’avoir du personnel supplémentaire : on s’essouffle pendant que les pathologies s’accroissent et se complexifient. On n’arrive plus à répondre correctement aux besoins de la population de la Presqu’île”, confie-t-elle, syndiquée à la CSIP.
Pour le Dr Benjamin Le Goff, médecin chef du service des urgences de Taravao, le constat est clair : “On paie les conséquences d’une inaction vis-à-vis d’un projet proposé l’année dernière à la Direction de la santé pour réévaluer à la hausse nos effectifs médicaux et paramédicaux”. Présenté en 2025, le projet de Structure mobile d’urgence et de réanimation (Smur) du sud associé à un budget de fonctionnement prévisionnel de 80 millions de francs “a été voté défavorablement par le Pays”, est-il précisé dans le préavis. Il prévoyait notamment de passer “enfin” à deux médecins de jour comme de nuit et de garantir des effectifs paramédicaux et ambulanciers constants pour faire face aux interventions extrahospitalières. La mise à disposition d’un scanner fait également partie des priorités pour limiter les déplacements vers le centre hospitalier (CHPF) de Pirae, qui occasionnent “une perte de chance significative” en cas d’accident vasculaire cérébral (AVC) ou de traumatisme.
“Notre activité a augmenté de 25 % en cinq ans. Chaque transfert vers la ville, soit 30 par semaine en moyenne, désorganise le service. On a un hôpital qui est sous-doté techniquement, logistiquement et humainement par rapport au bassin de 55 000 personnes à la Presqu’île. Conséquences : la pénibilité du travail augmente avec des médecins qui s’en vont avant la fin de leur contrat, les prises en charge ne sont pas optimales et les violences sur le personnel se multiplient sur les six derniers mois. C’est la conséquence d’un système à bout de souffle où on nous demande de faire toujours plus avec moins”, analyse l’urgentiste.
“Assurer le bon fonctionnement”
Quant au manque d’attractivité, il serait plus systémique que géographique ou social. Selon le Dr Benjamin Le Goff, le potentiel attractif de l’hôpital de Taravao, entre la diversité des urgences à traiter et le cadre de vie, est anéanti par le manque de moyens humains et matériels. À cela s’ajoutent des “lourdeurs administratives” en matière de recrutement, ainsi que des “retards de paiement de gardes” de plusieurs mois, y compris pour les remplaçants. Face à ces constats, le personnel s’interroge au-delà des travaux de rénovation engagés : “On déplore que le projet de nouvel hôpital à Taravao ait été mis de côté et que la priorité ait été mise sur la décentralisation administrative”.
Malgré les menaces d’instabilité politique territoriale, le personnel souhaite poursuivre les discussions entamées avec le Pays. “Avant le préavis, nous avons déjà été reçus par le ministre de la Santé, son directeur de cabinet et le directeur de cabinet du président. Il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités sur la durée. On attend des engagements écrits pour assurer le bon fonctionnement de l’hôpital de Taravao et soigner convenablement la population”, conclut Liana Toheira, tout en précisant que les maires du secteur ont été informés et “suivent le dossier de près”.
Si aucun accord n’est trouvé dans les prochains jours, l’entrée en grève sera effective à partir du lundi 13 avril pour une durée illimitée avec un appel lancé à “tous les services”.
Les revendications
1. Remédier au sous-effectif médical, paramédical et technique au service des urgences : création de quatre postes d’urgentistes supplémentaires et de quatre postes de médecins généralistes pour désengorger le service des urgences ; recrutement d’un infirmier (IDE), création de cinq postes d’infirmiers supplémentaires et nécessité d’un poste de cadre de santé ; régularisation de la situation administrative des ambulanciers d’aide technique à aide médico-technique et création de trois postes d’ambulanciers supplémentaires ; création d’un poste de secrétaire administrative.
2. Renforcer l’attractivité de l’hôpital de Taravao dans son ensemble : salaires compétitifs, statut de praticien hospitalier, primes et indemnités pour les postes difficiles, avantages sociaux et prestations de santé, plan de formation et développement professionnel, conditions de travail favorables.
3. Prendre des mesures urgentes : reconsidération du projet du Smur du sud, voire du projet de création d’un nouvel hôpital ; mise en place d’un scanner ; remplacement des postes informatiques et mise à jour des logiciels ; renforcement de l’équipe de sécurité ; révision du budget de l’hôpital ; maintien des postes d’agents non-fonctionnaires (Anfa) après départ à la retraite et reclassement des infirmiers Anfa suite à l’évolution du cadre d’emploi de B à A ; évaluation des besoins humains pour le service des soins de suite et réadaptation (SSR).
2. Renforcer l’attractivité de l’hôpital de Taravao dans son ensemble : salaires compétitifs, statut de praticien hospitalier, primes et indemnités pour les postes difficiles, avantages sociaux et prestations de santé, plan de formation et développement professionnel, conditions de travail favorables.
3. Prendre des mesures urgentes : reconsidération du projet du Smur du sud, voire du projet de création d’un nouvel hôpital ; mise en place d’un scanner ; remplacement des postes informatiques et mise à jour des logiciels ; renforcement de l’équipe de sécurité ; révision du budget de l’hôpital ; maintien des postes d’agents non-fonctionnaires (Anfa) après départ à la retraite et reclassement des infirmiers Anfa suite à l’évolution du cadre d’emploi de B à A ; évaluation des besoins humains pour le service des soins de suite et réadaptation (SSR).





























