Tahiti Infos

Panne d’internet : la direction de l’OPT recadrée


© marinemarchande.net
© marinemarchande.net
Tahiti, le 17 août 2026 – Après des dysfonctionnements impactant internet dimanche et lundi, le président du Pays “déplore comme l’ensemble des Polynésiens le défaut de communication” de l’Office des postes et télécommunications (OPT) et a “trouvé très désagréable d’apprendre par le Facebook de Vodafone qu’il y avait un problème sur Honotua”. Pour Vodafone “le mot d'ordre c'est de toujours informer”.

Depuis dimanche 21 heures, le réseau internet au Fenua subi des perturbations, et les abonnés de Onati, Vodafone et Ora étaient privés d’internet. Ce n’est qu'après des heures de silence, que lundi en fin de matinée que les abonnés de Vini reçoivent enfin un SMS indiquant que la société rencontre des problèmes. Vers 10 h 30 les médias reçoivent un communiqué indiquant, cette fois-ci, que “une amélioration a été constatée”.
 
Les abonnés de Vodafone, de leur côté, avaient reçu dès 4 heures du matin un SMS leur expliquant que ces problèmes d’internet étaient dus “à l’ouragan à Hawaii qui affecte Honotua. Nous vous tenons informés de l’évolution” et aussi par Facebook dans la nuit de dimanche à lundi.
 
Ce n’est pas la première fois que l’opérateur historique, le groupe Office des postes et télécommunication (OPT), est critiqué pour son manque de communication. Le 6 août dernier, le Pacific News Service avait révélé l’existence d’une “défaillance technique” sur le câble sous-marin Manatua.
 
Toujours selon le Pacific News, le directeur général de la Samoa Submarine Cable Company, Pepe Christian Fruean, a indiqué que le Consortium Manatua créé en 2017 composé de quatre opérateurs du Pacifique était tombé d’accord pour mobiliser le navire spécialisé” et mettre en place “le soutien technique nécessaire” pour que ce câble de secours soit remis en service dans les plus brefs délais.
 
“Cette défaillance technique” est passée sous silence du côté de l’OPT. Elle est cependant confirmée dans le projet de collectif budgétaire numéro 3 du gouvernement. Une enveloppe de 250 millions de francs y est en effet prévue pour “réparer” le câble Manatua.

“Si ce n’est pas voté (…) on va revenir aux signaux de fumée”

Contacté le président du Pays Moetai Brotherson affirme ne pas pouvoir “se substituer ni à la direction générale ni à la com de l’OPT, ce n’est pas mon rôle. Je déplore comme l’ensemble des Polynésiens ce défaut de communication qui a eu lieu autour de cela. J’ai trouvé très désagréable d’apprendre par le Facebook de Vodafone qu’il y avait un problème sur Honotua, ce n’est pas normal”. Le président du Pays appelle l’opérateur historique à “remédier” à cela.
 
Il explique que pour le câble Manatua “le problème a été identifié il y a quelques semaines et a été inscrit à l’ordre du jour du conseil d’administration de l’OPT puis dans le collectif”. Il ajoute que ce câble nécessite “une intervention (…) c’est l’objet des 250 millions ajoutés au collectif 3”.
 
Moetai Brotherson précise aussi que si cela n’est pas voté au collectif “il n’y aura pas de réparation de Manatua et dès lors qu’on aura un problème avec Honotua on sera exposé aux mêmes problèmes que ceux qu'on a vécu ce matin. Et si Honotua demain est coupé et Manatua pas réparé entre-temps, on va revenir aux signaux de fumée”.
 
Concernant le câble Honotua, “la bonne nouvelle” assure le président du Pays c’est que “dans la partie sous-marine, le câble n'est pas du tout endommagé, en revanche, ce sont les équipements terrestres qui ont subi des défaillances, notamment des défaillances en termes de fourniture d'énergie suite aux grosses intempéries qu'il y a eu il y a 4 mois, et là encore, avec l'ouragan Lala, il y a eu des grosses pannes d'électricité qui ont affecté les équipements terrestres utilisés par Honotua”.
 
“On va attendre que le câble Bulikula, qui est le câble qui va nous relier à Fidji, soit opérationnel. À ce moment-là, on n'aura plus de problème de backup”, indique Moetai Brotherson.
 
Moetai Brotherson a saisi le ministre de tutelle, Warren Dexter, ainsi que la direction de l’OPT pour qu’ils se rapprochent du prestataire à Hawaii “pour s’assurer que les équipements terrestres soient mieux sécurisés. Et la deuxième chose c’est qu’ils améliorent aussi leur communication”.
 
Il précise également que le texte relatif aux opérateurs satellitaire comme Starlink va bientôt soumis à Tarahoi et que le gouvernement a tenu compte “des critiques et remarques qui avaient été formulées par l'assemblée. Et on va les représenter. On espère que cette fois-ci, ces textes trouveront un public plus réceptif. En l'absence de ces deux textes, on ne peut autoriser, de manière encadrée, aucune opération satellitaire”.

“ Manatua pas suffisant pour supporter l'ensemble du trafic”

Contacté Vodafone indique ne pas avoir été prévenu par Onati de ces “perturbations (…). On l'a découvert comme l'ensemble des usagers. On a un service qui fonctionne 24 heures sur 24 et qui a vu qu'il y avait un problème Internet. On a contacté Onati (…). Mais c'est vrai qu'on n'est pratiquement jamais prévenu en cas de panne”, regrette le directeur technique de Vodafone, Philippe Wrzecionek.
 
Ce n’est pas faute, pourtant, d’avoir fait remonter cette information à plusieurs reprises et “depuis longtemps”, ajoute-t-il. “Quand on se rend compte qu'il y a un problème, on fait deux choses en même temps. Un : on prévient nos abonnés, par SMS, du problème, même si c'est en cours d'investigation. Et deux : on cherche à savoir avec Onati quelle est la source du problème”.
 
Concernant la panne de Manatua, Philippe Wrzecionek assure avoir découvert cela : “On tombe des nues, surtout qu’il est en panne depuis deux semaines pratiquement, c'est choquant que les Polynésiens aient un système internet qui est censé reposer sur deux câbles. Et qu'en fait un câble soit en panne et qu'on ne le sache pas.” Il compte se rapprocher de Onati pour “comprendre le pourquoi de la panne et surtout pourquoi on n'a pas été mis au courant (…) et comment ça peut être amélioré”.
 
Il pointe du doigt le fait que l’OPT bénéficie “des centaines de millions voire des milliards de francs” de fonds publics pour Honotua et Natitua et “on paie cher en back-up un câble qui n'est pas fonctionnel. En plus, on le découvre par nous-mêmes ou par nos clients et jamais par Onati (…). Ils ne sont pas capables de mettre un câble de secours qui fonctionne et qui est dimensionné pour l'ensemble de la population polynésienne et des besoins actuels et futurs”.

“Le mot d'ordre : informer, informer, informer”

De son côté, le Directeur général de PMT-Vodafone, Patrick Moux, considère ce manque de communication de l’OPT comme “inadmissible” : “Ça ne permet pas d'entretenir une relation client-fournisseur parce que je reste le client d'Onati. Et après on dit que c'est moi le méchant alors qu'on les paye très cher.”
 
Il raconte qu’à 22 heures dimanche, lorsqu’il a été informé du problème, il a ordonné à ses équipes d’informer les abonnés Vodafone “même si ça ne marche pas, vous utilisez le SMS. Comme quand on a des perturbations, il faut informer les clients. Le mot d'ordre c'est toujours d'informer, d'informer, d'informer. On n'aime pas être dans le noir ; ils veulent comprendre. Donc je ne comprends pas cette mentalité qu'on peut avoir à Onati (…). Ça ça me révolte et cela ne peut pas rester, entre guillemets, impuni car c'est à répétition qu'on a ces problèmes-là avec le câble”.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Lundi 17 Août 2026 à 19:48 | Lu 1258 fois