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“On ne va pas tuer un Polynésien pour prendre son poste”


Tahiti, le 9 août 2026 – Le commissaire paritaire et syndicaliste de l’Unsa a ouvert son cœur sur le départ imminent, pour la métropole, de certains stagiaires reçus aux concours de l’Éducation nationale. Depuis plusieurs années le syndicat accompagne les jeunes stagiaires dans leur parcours professionnel. Leur crédo : “être l’allié au quotidien”.
 
“Notre crédo c’est d’être l’allié au quotidien”, assure le syndicaliste de l’Unsa et commissaire de l’Éducation nationale Martial Chang. Depuis plus dix ans, le syndicat aide les jeunes enseignants à franchir les différents “jalons importants” de leur parcours professionnel, notamment en termes de positionnement pour le mouvement du personnel, au niveau national, et sur les mises à disposition en Polynésie. Et pour les affectations des Polynésiens au Fenua, certaines matières sont très demandées.

“On va se retrouver entre nous et c'est normal”

Les mathématiques, l’anglais, l’espagnol, l’électrotechnique ou encore l’éco-gestion sont des disciplines “en tension”, localement, lorsqu’elles ne sont pas déjà “saturées”, constate-t-il. En cause : des filières très demandées pour lesquelles le niveau de réussite des élèves enseignants est important. Et “cela amène une diminution drastique des postes à pourvoir”, avec une évolution très prévisible, à terme : “On va se retrouver entre nous et c'est normal.”
 
Martial Chang rappelle que de plus en plus de Polynésiens doivent partir en France hexagonale pour l’année de stage bouclant leur cycle de formation, et “de plus en plus se retrouvent affectés en France car il n'y a plus de postes ici”. Il constate aussi que, dans ces conditions, certains jeunes renoncent même à finaliser leur cursus. “Depuis 4 ou 5 ans on a des refus de concours, et des abandons (…). Un lauréat a refusé le concours car il n’y avait aucun poste en Polynésie”, note le syndicaliste Martial Chang en évoquant d’autres lauréats qui, après avoir été affecté en métropole, se mettent en disponibilité pour rester au Fenua.
 
Mais, observe-t-il aussi, la saturation locale des filières n’est pas toujours la cause du problème. En électronique, par exemple, “on n'a que des expats alors qu’il y a quatre postes (…). Alors il faut arrêter de dire, qu’il y a trop de popaa. Non il faut faire un choix éclairé et passer ces concours-là !” Il suggère même que l’Institut national supérieur du professorat et de l’Éducation (l'INSPÉ), dont l’antenne locale est basée à Punaauia, fasse connaître les disciplines qui “n’attirent pas” les Polynésiens pour diminuer la venue de Métropolitains.
 
Il regrette que “notre population confonde le fait qu'on réussisse le concours et qu'on ait un poste, sauf qu'on ne va pas tuer un Polynésien pour prendre son poste donc ceux qui arrivent doivent attendre qu'une place se libère”.
 
Quant à la fermeture des formations dont les postes sont saturés le syndicaliste dit être “partagé” et explique que c’est un concours national et qu’il peut être passé dans n’importe quelle académie. “L'État met les moyens pour que ces formations se maintiennent. Il faut juste que nos jeunes aient conscience qu'on passe un concours national. S'il y a de la place en Polynésie, tant mieux. S'il n'y en a pas, il faut prendre son mal en patience.”
 
Cela étant, Martial Tchang relève aussi que “l’institution n'est pas toujours bienveillante. Elle est même aveugle parfois car elle suit des directives de gestion qui doivent être impartiales”. Ainsi, lorsque l’institution “abandonne un enseignant, ce dernier va se retrouver seul, va se désengager, se retrouver démuni par rapport à l'administration”.

C’est alors que le syndicat prend le relai en les conseillant. Il regrette aussi que “l’apparence soit importante alors que pour nous ce n'est pas l'essentiel. Si on est en accord avec ce qui nous est demandé par l'institution pour la partie pédagogique, on fait bien son boulot, on n'a rien à se reprocher”.

Pour lui, la pédagogie par projet a “ses bons et ses mauvais côtés”. Pour certains professeurs cela leur permet de “raviver un peu l’envie d'enseigner”.

Un contractuel mieux payé qu’un titulaire

Martial Chang évoque en outre la réforme qui permet aux élèves de niveau Bac+3 de passer le concours externe du Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (Capes) normalement réservé au Bac+5 : “Nous avons beaucoup de réussite au concours du Capes Bac+3”.

Mais cette “orientation” du ministère de l'Éducation nationale visant à doper les recrutements, “car au national, le métier d'enseignant n'attire pas”, a une conséquence : “un enseignant entrant dans le métier, gagne moins qu'un contractuel”. Au Fenua le salaire est indexé, bien que ce principe demeure, mais en métropole cela se traduit par un revenu mensuel de 238 500 francs pour un contractuel alors qu’un titulaire en première année émarge, lui, à 222 500 francs.
 
Pour lui, cela pose la question de la vision à terme du secteur de l’Éducation : investir dans “une formation de qualité des jeunes stagiaires” sur lesquels “on peut compter pendant 43 ans” ou miser “sur des contractuels qui seront jetables au bout de 5 ans, pour éviter de les cédéiser” ?

Contrairement à la métropole la Polynésie a, en effet, “la possibilité d'avoir un vivier important de Polynésiens qui veulent passer ces concours. On a les compétences, on a l'envie, malheureusement il faut que les places se libèrent. Et pour que les places se libèrent, soit on en crée, ce qui n'est pas possible dans tous les secteurs, soit on a des collègues qui partent à la retraite”.

“Tous les ans, il y a plus d'une centaine de demande de CIMM”

“Tous les ans, il y a plus d'une centaine de demande de CIMM [Centre des intérêts matériels et moraux, NDLR]. Nos stagiaires feront leur demande d'ici deux mois. Ils sont Polynésiens, ils ont le droit de rester en Polynésie (…). Certains vont même jusqu'au tribunal administratif parce qu'on ne les reconnaît pas. Nous avons des cas flagrants où les CIMM sont bien précis. Et d'autres où il y a absence de biens matériaux et moraux et qui ont quand même le CIMM. Nous avons alerté l’État et le Pays sur cet état de fait : certains obtiennent le CIMM sans avoir aucune attache au pays, juste par la scolarisation de leurs enfants (…). Et on est dans l'optique où le Pays ne veut pas se retrouver avec une injonction de donner un poste à un CIMM qui n'est pas Polynésien et qui n'a aucune attache avec la Polynésie. Quand on a nos Polynésiens qui présentent leurs dossiers de reconnaissance CIMM et qui ne sont pas validés du premier coup, on se pose des questions. Là aussi nous accompagnons les stagiaires à bien faire leurs dossiers (…) et donner tous les principaux éléments, scolarité, généalogie et s'ils ont des terres ou s'ils sont propriétaires (…). La convention État-Pays, qui doit être remaniée suite à la charte de l'Éducation va en tenir compte, puisque derrière on ne veut pas se retrouver avec des CIMM qui ne sont pas Polynésiens, et qui occupent des postes de Polynésiens (…). Cela dit, aucun syndicat n'intervient dans l'attribution des CIMM, dans quelque commission que ce soit.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Dimanche 9 Août 2026 à 12:03 | Lu 185 fois