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“OPA”, “kidnapping” : Brotherson dénonce une prise de contrôle du Tavini


Tahiti, le 25 avril 2026 - Une cinquantaine de personnes ont assisté ce samedi après-midi à la réunion publique organisée sous le chapiteau de la présidence, où plus de 200 chaises avaient été installées. Interrogé sur la pertinence de maintenir ce rendez-vous alors que la réforme RNS pourrait être abrogée, Moetai Brotherson a défendu son cap. Relancé par Tahiti Infos sur la volonté affichée d’Antony Géros de l’écarter du Tavini, il évoque pour la première fois “une OPA”, voire un “kidnapping du parti”, autour d’Oscar Temaru par “les cadres dirigeants”. Interview. 
 
 
M. le président, le président de l'assemblée, avec le groupe Tavini, tenait une conférence de presse ce matin (samedi, NDLR). Il a qualifié la convocation de cet après-midi de chant du cygne de votre part pour tenter de convaincre la population sur un texte qui sera abrogé de toute façon le 21 mai si l’on se tient au calendrier qu'il a fixé. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
 
“Je lui réponds d’abord qu’il faut qu’il réapprenne à lire les textes, notamment ceux qui régissent l’assemblée. Ce texte sera peut-être à l’ordre du jour d’une séance le 21 mai, mais cela ne veut pas dire que la LP RNS sera abrogée ce même jour. D’ici là, il peut encore se passer des choses. Ensuite, même si ce texte était voté, cela ne voudrait pas dire qu’il s’appliquerait immédiatement. Un certain nombre de recours seraient déposés : de nombreux RNS nous ont déjà contactés pour dire que, si cette abrogation intervenait, ils déposeraient un recours, estimant cette réforme bénéfique. Les effets d’une éventuelle abrogation ne se feraient donc pas sentir avant le mois d’octobre. D’ici là, la LP RNS s’appliquera à partir du 31 mai, telle qu’elle a été adoptée. Et si, au terme des recours, une abrogation devait intervenir, je rappelle que tous ceux qui bénéficieraient de cette loi cesseraient d’en profiter. Les RSPF devenus RNS perdraient les indemnités journalières et les congés maternité. Pour tous les RNS, le plancher de 120 000 francs disparaîtrait : ceux qui cotisent aujourd’hui 6 500 francs passeraient à plus de 8 000 francs, sans plancher. Pour les RGS en double cotisation, ce serait également une cotisation au premier franc, sur les loyers, les dividendes ou leur activité.”
 
C’est pour cela que cette réunion publique était importante pour vous ? Ce n’est pas un coup d’épée dans l’eau ?
 
“À ce stade, je ne cherche pas à convaincre l’opposition. Elle joue son rôle. Je ne cherche pas non plus à convaincre les élus du Tavini Huiraatira : on le voit bien, c’est l’affrontement du vieux monde et du nouveau monde. Ils s’accrochent à je ne sais pas quoi, ils ne veulent pas comprendre. Quand bien même on leur expliquerait en bande dessinée, en dessin animé ou en manga, ils refuseraient de comprendre. Ils sont dans une posture dogmatique d’opposition.
On l’a vu sur tous les textes depuis l’ouverture de la séance. Sur le texte A noho, je remercie notre députée Nicole Sanquer et A here ia Porinetia, qui ont ouvert la voie de la négociation. Le Tavini y était opposé au départ. Ce n’est que lorsqu’il a compris que le Tapura et A here ia Porinetia voteraient le texte qu’il a changé de position. Ils se sont dit : on ne va pas passer pour les mauvais élèves de la classe, ce qu’ils sont déjà aux yeux de la population.”
 
 
Ce matin, Antony Géros évoquait la possibilité de vous écarter du Tavini Huiraatira. Après avoir radié les quinze élus dissidents, aujourd’hui regroupés au sein de A Fano Ti’a en soutien à votre action, pourquoi ne pas appliquer la même logique à votre égard ? Il a d’ailleurs répondu : “On va le faire, mais pas tout de suite”. Que lui répondez-vous ?
 
“Moi, je ne me cale pas sur le calendrier du Tavini Huiraatira. Mais je note une chose, et cela me dérange : depuis le début de cette affaire, il y a une personne qu’on ne voit pas, c’est le président fondateur du Tavini. J’ai l’impression qu’il y a une OPA qui est en train d’être menée sur le parti par un certain nombre de cadres dirigeants, qui font cela malgré les avis de sagesse que pourrait porter Oscar Temaru. Je trouve cela très dommage, très triste pour nos adhérents et pour ceux qui croient au Tavini. Aujourd’hui, ce qui est en train de se passer, c’est un kidnapping du Tavini Huiraatira par un certain nombre d’apparatchiks qui gravitent autour d’Oscar Temaru. Mais ce n’est pas l’esprit d’Oscar Temaru.”
 
 
Vous pensez qu’Oscar Temaru n’est pas dans cette ligne portée par Antony Géros ?
 
“Je pense que si on l'interrogeait, on s'apercevrait qu'il y a quand même un petit décalage. Peut-être juste rappeler également à ceux que j'ai entendu dire, finalement c'est un gouvernement sans majorité : aujourd'hui, quel que soit le gouvernement qui serait à la tête du Pays, il serait sans majorité. Y compris un gouvernement Tony Géros, ce dont je pense, personne n'a envie en Polynésie.”

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 27 Avril 2026 à 09:28 | Lu 1473 fois