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Moetai Brotherson : "J'invite Tony Geros à relire le programme qu'il ne semble pas avoir lu"


Tahiti le 9 avril 2026. En réponse aux propos d'Antony Géros, le président Moetai Brotherson a légitimé le groupe A Fano Tia. Surtout, il renvoie le président de l'assemblée à la lecture du programme des territoriales 2023. La cassure est définitivement actée. 


Des banderoles ont été ouvertes pendant votre discours sur lesquelles était marqué « Moetai, get out ». Qu'est-ce que vous en pensez ?
"Je n'ai pas vu, ça ne m'intéresse pas. Je crois que les personnes qui portaient ces banderoles devraient se regarder dans un miroir avant de venir faire les zigotos à l'Assemblée."
 
Vous avez été beaucoup hué par les militants du Tavini à l'extérieur durant votre discours. Est-ce que ça aussi vous vous y attendiez ?
"Oui, je m'y attendais un peu. Ça a commencé par des chants, puis ça a un peu dérivé. Mais je peux comprendre la frustration de certains des militants. Je dis certains des militants parce que j'ai aussi beaucoup de militants historiques du Tavini qui ne comprennent pas la dérive du parti et qui m'appellent pour me dire qu'ils soutiennent l'action qui est la nôtre."
 
Qu'est-ce que vous répondez à Antony Géros qui regrette que cette fracture intervienne aujourd'hui ? On a presque l'impression qu'il aurait préféré que ça se passe avant.
"Je lui réponds que c'est très paradoxal comme discours puisque justement c'est au nom de cette unité qu'il a lui-même réclamé que depuis deux ans et demi, nous essayons d'avertir le Tavini, ses dirigeants, sur les fractures qui commençaient à s'opérer. Rien n'a été fait, aucune réponse n'a été donnée pendant ces deux ans et demi. Donc il ne faut pas s'étonner de ce qui se produit aujourd'hui."
 
Vous avez prononcé un discours fondateur qui posait les bases d'une vision. C'est la vision qui doit être développée dans un mouvement politique qui va découler du groupe A Fano Tia. Quelle va être votre place dans ce mouvement ?
"Tout ça, il faudra en discuter dans les jours qui viennent. Mais je crois que nombre de personnes qui sont aujourd'hui dans ce groupe voudraient que je dirige ce mouvement. On en discutera."
 
Vous avez conclu votre discours par A Fano, A Fano Tia. Ça sous-entend que vous faites déjà partie de ce groupe.
"Je trouve leur démarche logique. Je trouve qu'ils sont cohérents. On a tous fait campagne sur le même programme en 2023. Ceux qui ont changé d'avis, ce ne sont pas les 15 personnes qui ont rejoint A Fano Tia."
 
Selon Anthony Geros, vous n'avez pas signé les mêmes programmes…
"Le seul programme qui a été déposé devant les autorités, qui a été imprimé et distribué dans tous les meetings, c'est celui-là. Il n'y en a pas d'autres. Je ne sais pas de quel programme il parle."
 
Quand Antony Geros a aussi appelé le gouvernement à traduire dans les actes les colloques qui se sont tenus dernièrement, selon lui, cela ne se passe pas.
"Il faudrait rappeler que, à la préparation et à l'organisation et à la tenue de ces colloques, le gouvernement n'était pas invité. Cela fait un peu bizarre. Les ministres ont demandé à venir et au début, il n'était pas prévu. C'est un peu bizarre ensuite de réclamer plus de coopération. Ensuite, j'invite M. Antony Geros à relire le programme qu'il ne semble décidément pas avoir lu. Dans le programme, il est écrit qu'on voudrait qu'il y ait plus de textes qui émanent de l'Assemblée elle-même. Ils ont toute latitude, sur la base des colloques qu'ils ont organisés, de préparer ces textes et ensuite de les travailler avec nous. On n'a rien vu venir."
 
On s'interroge aujourd'hui avec deux groupes à l'Assemblée. Comment est-ce que le gouvernement va opérer pour pouvoir faire adopter ces textes, en sachant qu'on peut estimer que le gouvernement aujourd'hui est soutenu par 15 élus ?
"Je pense que les deux groupes sont indépendantistes. Il ne faut pas l'oublier. Les deux groupes ont fait la même campagne en 2023, à part peut-être ceux qui n'ont pas lu le programme. On a commun cet objectif d'accession à la pleine souveraineté et à l'indépendance. Si certains veulent faire de l'anti-jeu et saboter l'action du gouvernement, je ne peux pas les empêcher de le faire."
 
Vous avez quand même conscience que les deux années qui restent, ça va être très compliqué de mener des grandes réformes.
"Oui. J'ai envie de vous dire que depuis trois ans, c'était aussi très compliqué."
 
Propos recueuillis par Stéphanie Delorme

Rédigé par Stéphanie Delorme le Jeudi 9 Avril 2026 à 10:49 | Lu 2366 fois