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Le trafic d’ice désormais organisé en Polynésie par des étrangers


Tahiti, le 13 octobre 2026 - Le procès de onze individus de différentes nationalités dont une Espagnole et deux Colombiens, poursuivis pour trafic de stupéfiants et blanchiment d’argent, s’est déroulé mardi devant le tribunal correctionnel. Des peines de huit ans ferme à 18 mois de sursis ont été requises à leur encontre.
 
Le tribunal correctionnel a jugé mardi onze individus, dont cinq femmes, impliqués dans une affaire de trafic d’ice, de cocaïne et de MDMA perpétré dans le cadre de la création, par un Colombien de 45 ans établi à Madrid, d’un groupement d’individus destiné à importer des stupéfiants en Polynésie puis à rapatrier les profits en Europe par divers moyens. Le Sud-Américain était venu passer trois mois à Tahiti en 2025 afin, tel que cela est précisé dans l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, d’“enraciner” son trafic puis de repartir.
 
Preuve, si cela était encore nécessaire, que le trafic s’internationalise : parmi les onze personnes jugées se trouvaient une Espagnole ainsi que deux Colombiens. Et parmi les nombreuses affaires de trafic d’ice qui occupent l’institution judiciaire depuis de nombreuses années, il est notable de relever dans cette affaire que le trafic au Fenua est organisé de l’extérieur.
 
L’enquête concernant ce dossier avait démarré en 2025 lorsque les enquêteurs de la Direction territoriale de la police nationale (DTPN) avaient reçu des renseignements selon lesquels un homme de 35 ans se livrait à un trafic d’ice depuis son appartement situé à Papeete. Les écoutes et investigations avaient permis d’établir que l’individu ne possédait pas de compte bancaire et qu’il utilisait seulement du numéraire. Le 14 avril 2025, les enquêteurs avaient interpellé 12 personnes en possession de méthamphétamines alors qu’elles sortaient du domicile de l’intéressé.
 
Du trafic pour “payer le loyer”
 
Lors de la perquisition opérée dans l’appartement de l’intéressé, les policiers avaient découvert 11 grammes d’ice, 600 000 francs en numéraire conditionnés dans des rouleaux ainsi qu’un fusil à pompe et un fusil airsoft. Il était ressorti de l’enquête que l’homme s’approvisionnait auprès d’un agent immobilier qui se procurait la drogue via un contact avec deux Colombiens vivant en Polynésie. Les investigations avaient également permis de démontrer l’implication, dans ce trafic, de sept autres personnes.
 
Premier à être interrogé lors du long procès qui s’est donc déroulé mardi, le dealer qui vendait de la drogue dans son appartement a reconnu son implication dans les faits. L’homme a indiqué qu’il avait commencé le trafic il y a trois ans pour aider sa femme à “payer le loyer”. Il a expliqué au tribunal que la revente de stupéfiants lui rapportait pas moins de 15 millions de francs par mois. Il a par ailleurs reconnu avoir procédé à trois importations d’ice.
 
“Brouillard cognitif”
 
Entendu à son tour, l’agent immobilier qui achetait et revendait la drogue pour le compte de l’instigateur du trafic a lui aussi reconnu les faits. Le quinquagénaire a ainsi expliqué qu’à l’époque, il venait de subir une liquidation judiciaire et qu’il se trouvait dans une situation financière précaire. Et ce, alors que sa mère résidant en métropole était gravement malade. “J’ai pété un câble, j’étais dans une sorte de brouillard cognitif”, s’est-il ainsi justifié face aux magistrats.
 
Parmi les autres prévenus, le tribunal a également interrogé une jeune Espagnole soupçonnée d’avoir blanchi de l’argent et d’avoir relayé une commande entre le commanditaire et le dealer de 35 ans. Entre 2023 et 2025 et alors qu’elle disposait de peu de revenus, la prévenue était venue à Tahiti à trois reprises. Malgré les éléments probants du dossier, elle a assuré, en pleurs, qu’elle n’avait jamais participé au trafic. Face à cette absence totale d’explications et aux preuves recueillies par les enquêteurs, la procureure de la République lui a alors asséné qu’elle ne pouvait donner aucun argument tout simplement parce qu’elle avait été impliquée dans le trafic et lui a rappelé qu’elle était mise en cause par de nombreuses personnes qui n’avaient aucune raison de le faire.
 
Au terme de ses réquisitions, la procureure par intérim, Stéphanie Pradelle, a demandé des peines comprises entre huit ans de prison ferme et 18 mois avec sursis.

Rédigé par Garance Colbert le Mardi 13 Octobre 2026 à 18:11 | Lu 497 fois