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"Le souci des Polynésiens c’est d’avoir un emploi, un logement et une terre" (Bouissou)



PAPEETE, 27 octobre 2017 - L'année prochaine, le gouvernement prévoit d'orienter près de 14 milliards Fcfp de moyens financiers, avec le soutien de l'Etat, pour doper l'offre de logements et stimuler le secteur du bâtiment en Polynésie française. A l'heure du débat d'orientations budgétaires, entretien avec Jean-Christophe Bouissou à propos des enjeux et des défis de la mission Logement, plus que jamais à la croisée des chemins entre relais de croissance et facteur de cohésion sociale.

"Quand le bâtiment va, tout va". Comment la mission Logement contribuera-t-elle à cette promesse en 2018 ?

Jean-Christophe Bouissou : Nous allons produire 250 logements en habitats groupés, au niveau de l’OPH. C’est plus de 5 milliards de francs de budgets dilués dans l’économie polynésienne, par le biais du secteur du BTP. Nous avons, en plus, la réalisation de 400 à 450 fare en habitat dispersé. C’est important parce que ça fait vivre de petites entreprises qui travaillent, pour nous, dans les communes de Tahiti ou dans les archipels. Là également, l’Etat et le Pays consacrent un peu plus de 3 milliards de francs par an, sur ces programmes annuels ou pluriannuels. Nous sommes en train de terminer le programme 2015-2016 alors que celui de 2017 est en cours. On va arriver avant la fin de l’année à avoir produit plus de 400 fare OPH (Office polynésien du logement, NDLR). J’ajouterai pour 2018 – et c’est une mesure nouvelle – ce que nous appelons le Plan VEFA (Vente à l’état futur d’achèvement), puisque nous avons lancé des appels à projet auprès des entreprises polynésiennes pour augmenter de 200 logements supplémentaires, chaque année, le nombre d'unités confiés à l’OPH afin de permettre une accélération de l’offre aux familles. Là aussi, il faut compter 4 à 5 milliards de francs d’introduits dans l’économie polynésienne. C’est peut-être d'ailleurs ce dispositif des opérations en VEFA qui va réellement booster le secteur du bâtiment.
Dans la panoplie des mesures mises en place, je dois aussi évoquer les Opérateurs de logement social (OLS) et le coup de pouce donné par le Pays aux familles, par le biais de
l’Aide à l’investissement des ménages (AIM) que nous venons de réformer pour porter l’aide jusqu’à 4 millions Fcfp… Bref, tout cela concoure à augmenter substantiellement la production de logements. Nous sommes bien dans le domaine du bâtiment, et c’est cette contribution que le ministère du Logement apportera dans le cadre du budget 2018.

L’institut de la statistique a estimé à 300 le besoin annuel en logements supplémentaires pendant les 30 prochaines années. Cette cadence est-elle réellement tenable pour la collectivité ?

Jean-Christophe Bouissou : Sur les 30 prochaines années, c’est pour répondre, au fur et à mesure, aux demandes des familles polynésiennes. Mais n’oublions pas que nous avons déjà à rattraper un retard. Ce retard est aujourd’hui de 2700 à 3000 logements en habitat social. Pour cela nous avons besoin d’augmenter la cadence de livraisons. Et c’est tout l’esprit de l’appel que nous avons fait aux opérateurs privés. Je le disais tout à l’heure : 250 logements collectifs sociaux, 200 ou plus de la part du privé, en fonction des moyens financiers mis en place par le Pays… Mais je voudrais ajouter quelque chose qui sera très important à compter de l’année prochaine. C’est l’intégration de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) sur les financements de nos programmes de logements sociaux, avec des remboursements sur des périodes de 40 ans et des taux d’intérêt proches de 0 %. C’est important parce que cela nous permettra d’utiliser les subventions publiques pour le remboursement du capital avec un effet de levier. Avec 5 milliards de francs consacrés au logement social nous pourrions par ce biais emprunter entre 30 et 35 milliards de francs sur les 10 prochaines années, pour réaliser nos programmes.

En 2018, sur les 12 mois, quel est votre objectif en termes de livraison de logements ?

Jean-Christophe Bouissou : Si l’on considère tous les programmes, on sera en mesure de livrer 650 à 700 logements sur l’année.

Comment conciliez-vous cet objectif avec le Plan 3000 logements en 3 ans ?

Jean-Christophe Bouissou : Evidement, on va monter crescendo. 2018 est l’année du démarrage des opérations en VEFA. Il faudra attendre entre 14 et 18 mois pour voir les premières livraisons arriver. Ce qui veut dire qu'en 2019 nous serons, en plus des logements de l’OPH, en mesure de livrer 200 logements supplémentaires construits par le privé. Si nous tenons ces objectifs chaque année, nous aurons dès lors environ 500 logements collectifs à vocation sociale, 150 logements dans la catégorie intermédiaire, en plus des 400 logements OPH en habitat dispersé que nous programmons en moyenne annuelle entre 2018 à 2020. Et c’est beaucoup d’argent : si l’on considère un budget de 4 milliards de francs pour l’habitat dispersé, financés à parité Etat-Pays, les 250 logements pour plus de 5 milliards également financés à parité, et les 200 logements supplémentaires financés par le Pays avec le dispositif VEFA, on s’aperçoit qu’on frôle les 14 milliards de francs de budget annuel et, finalement, de crédits injectés dans l’économie à partir de 2019.

Tous ces projets ne risquent-ils pas d’être bornés par des considérations d’emprises foncières ?

Jean-Christophe Bouissou : Le ministère des Affaires foncières s’occupe de répertorier les disponibilités du domaine public du Pays. Il existe un sommier des biens de la Polynésie française à l’intérieur duquel figurent des terrains affectés à la construction de logements sociaux. Nous avons accès à cela. Une liste de disponibilités foncières est confiée à l’OPH. Des acquisitions foncières sont également prévues, soit sur financement OPH, soit à partir du budget du Pays.
Ce que je peux dire aussi, c’est que contrairement à ce que l’on peut entendre, il y a aujourd’hui suffisant de foncier domanial pour accueillir les opérations de logement pour les 10 prochaines années.
J’ajoute que notre souhait, désormais, est d’éviter de réaliser de trop grands lotissements. Il est très difficile d’accompagner les grands ensembles immobiliers construits dans le passé, surtout lorsque les gens accèdent à la propriété de leur logement. On constate des difficultés à constituer les associations syndicales et à partager les charges communes. Notre souhait est de favoriser la construction de petits ensembles collectifs de 20 à 50 logements, surtout dans la zone urbaine. On vise des opérations diffuses, surtout dans le milieu urbain. C’est comme cela que l’on favorisera la mixité sociale.
En somme, dès l’instant où on favorise les petits collectifs, il est bien évident que nous aurons moins besoin de grandes surfaces. Des emprises de 2000 à 3000 mètres carrés feront l’affaire
.

Avec cette mission logement, vous sentez-vous aussi investi d'une vocation à l’égard des laissés pour compte de l’économie et des sans-abri ?

Jean-Christophe Bouissou : Bien sûr, parce que nos opérations concernent aussi des opérations de résorption de l’habitat insalubre. Nous venons de poser la première pierre d’un programme à Faa’a qui s’intègre dans une opération globale de requalification des quartiers de Hotuarea jusqu’à l’aéroport. C’est un long travail qui nécessite l’accompagnement social des populations en question, leur relogement pendant la phase de construction.
J’ajoute que le Pays a mis en place, dans un autre domaine
l’Agence immobilière social (AISPF) qui bénéficie d’un budget de 300 millions en 2017 pour contribuer au relogement des familles qui se retrouvent à la rue. Près de 170 sont prises en charge aujourd’hui et bénéficient d’un accompagnement pour leur permettre de reconstruire un projet de vie. La dotation de 300 millions Fcfp à l’AISPF sera reconduite en 2018.
Enfin, j’ai demandé à la Direction de l’habitat et de la ville (DHV) de mener une étude pour nous donner une connaissance précise de tous les locaux vacants aujourd’hui, dans l’agglomération de Papeete. Nous travaillons par ailleurs sur des mesures incitatives pour permettre à ces propriétaires de remettre ces logements sur le marché du locatif et, ce faisant, d’avoir une disponibilité accrue en faveur de ces familles qui sont SDF. J’ai bon espoir que sur les 2 ans à venir, un nombre important de ces personnes retrouvent un toit
.

A quel moment l’action publique dans le domaine du logement verse-t-elle dans l’assistanat ?

Jean-Christophe Bouissou : La meilleure réponse que l’on puisse apporter à la misère est de rebâtir une économie saine. C’est de relancer les investissements dans le pays, de faire ce que nous faisons en accompagnant l’ouverture de la ferme aquacole, de faire ce que fait Teva Rohfritsch avec l’ouverture du Tahitian Village et les options concertées pour la construction de ces hôtels. La meilleure réponse à la misère c’est une meilleure santé économique. Comment voulez-vous que nous donnions des emplois demain si on ne redresse pas aujourd’hui l’économie du Pays ? On ne va pas distribuer l’argent que l’on n’a pas ! Il faut arrêter cette idée de l’assistanat comme ça a été le cas du Tahoera’a Huiraatira. Je crois que les électeurs ont bien compris que le système du passé nous a mené là où nous sommes aujourd’hui. Ne refaisons pas les erreurs du passé. Et ce n’est pas en pleurnichant aujourd’hui, à regarder les uns et les autres qui sont en situation difficile, que nous allons améliorer leur avenir. Ce qu’il nous faut, c’est construire ! Nous sommes des bâtisseurs ! Je crois beaucoup dans le prochain mandat, sous l’égide d’Edouard Fritch, parce que c’est le seul qui mènera ce type de politique sur les 5 prochaines années. Le souci des Polynésiens c’est d’avoir un emploi, un logement et une terre.
Je comprends l’émoi que provoque dans la société l’existence de SDF à Tahiti, des couples et parfois des familles. Nous sommes très sensibles à leur situation. Je veux dire qu’il ne s’agit pas simplement de leur donner un toit. Nous voulons qu’ils aient un projet de vie. Nous allons les accompagner, leur donner des formations, les remettre en selle dans le cadre d’un processus de reconstruction. Il faut que la population comprenne bien que tout cela est en route aujourd’hui et que ça ne se fera pas en un claquement de doigts
.

Rédigé par Propos recueillis par Jean-Pierre Viatge le Dimanche 29 Octobre 2017 à 13:00 | Lu 4690 fois





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