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“Le gouvernement doit s’adapter à l’assemblée”


Tahiti, le 31 août 2026 - De retour lundi à Tarahoi après plusieurs semaines d’absence pour raisons personnelles, Tematai Le Gayic appelle le gouvernement à tirer les conséquences de la perte de sa majorité. Le président d’A Fano Ti’a, groupe qui reste le plus proche de Moetai Brotherson, défend sa stabilité jusqu’en 2028 mais estime que le président du Pays doit davantage composer avec l’opposition majoritaire à l’assemblée : “Si l’assemblée veut que le président soit présent, alors il doit faire l’effort d’être présent”. Tematai Le Gayic revient aussi sur le départ de Steve Chailloux et livre sa position sur le prêt à ATN et les sénatoriales. Interview.
 

Steve Chailloux a annoncé vendredi son départ d’A Fano Ti’a pour rejoindre le Tavini. Comment analysez-vous cette défection ?

“J’ai rencontré Steve à plusieurs reprises ces dernières semaines. Il m’a expliqué en détail les raisons qui motivent son retour au Tavini. Ce sont aussi des raisons plus personnelles, relationnelles, entre lui et certains membres d’A Fano Ti’a, mais aussi une proximité qu’il a davantage avec certains élus du Tavini, avec lesquels il partage certaines réflexions.
Le procès qui est fait à A Fano Ti’a, qui consisterait à dire que ce n’est pas un parti indépendantiste, relève de la caricature. Moi, je me dis indépendantiste. Nous sommes indépendantistes. C’est juste que nous ne le clamons pas haut et fort comme le veut Oscar Temaru. J’ai même l’impression qu’aujourd’hui, le groupe mené par Antony Géros va finir par ‘s’afanotiaiser’, puisqu’il refuse de poursuivre le combat initial d’Oscar Temaru et d’aller le plus rapidement possible à l’indépendance. Il parle de réalité du terrain, des difficultés du quotidien des Polynésiens à prendre en considération. C’est justement le mouvement qu’a entraîné A Fano Ti’a dans cette pragmatisation du combat indépendantiste : répondre d’abord au quotidien avant de parler d’évolution institutionnelle.”
 
Steve Chailloux a aussi regretté l’absence de Moetai Brotherson pour ce débat budgétaire, en sachant que ses prédécesseurs absents de l’hémicycle disposaient, eux, d’une majorité. Comprenez-vous cette critique ?

“Honnêtement, c’est une séance extraordinaire qui a été convoquée par le gouvernement. Le président de la Polynésie a pris la responsabilité de la convoquer un vendredi, alors qu’il savait qu’il ne serait pas présent. Je n’aurais pas fait un cas d’espèce de son absence. Je pense que l’assemblée peut souverainement débattre et discuter et que le gouvernement peut défendre seul ce collectif. Le ministre des Finances peut défendre le prêt à ATN et les autres ministres peuvent défendre leurs portefeuilles, y compris ceux qui relèvent du président. Et dans un sommet comme le Forum des îles du Pacifique, c’est toujours bien que le chef du Pays nous représente. Maintenant, dans la situation politique dans laquelle nous sommes, peut-être que le président aurait dû contacter les chefs de groupe pour leur demander : ‘Est-ce que la date vous convient ? Est-ce que ma non-présence vous convient ?’ Et si les groupes disent non, alors il faut repousser de manière à pouvoir avoir les débats. Dans le contexte actuel, il aurait pu proposer un calendrier aux chefs de groupe et essayer de trouver avec eux un créneau.”
 
Vous restez donc favorable au maintien de ce gouvernement jusqu’en 2028 ?

“Oui. J’entends les responsables politiques, de part et d’autre. Beaucoup invectivent le gouvernement, demandent que le président démissionne ou que le gouvernement soit renversé. Mais finalement, il y a beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
Pour l’économie polynésienne, et pour avoir encore eu la chance de discuter avec certains acteurs économiques, je pense que le mieux est que le gouvernement reste en place jusqu’en 2028. De toute façon, aucune élection anticipée ne pourra être convoquée pendant la période de l’élection présidentielle. Maintenant, nous sommes le plus petit groupe de l’assemblée. Nous n’avons pas la possibilité d’avoir une majorité et de défendre bec et ongles les textes du gouvernement.”
 
On trouve pourtant A Fano Ti’a assez silencieux ces derniers temps sur les textes présentés. Quelle doit être désormais votre relation avec le gouvernement ?

“Je pense que le gouvernement doit accepter le fait qu’il n’y ait pas de majorité. Il doit accepter le fait que le Tavini n’est pas un groupe qui veut former une coalition majoritaire, mais un groupe d’opposition aujourd’hui, et que la majorité de l’assemblée est donc dans l’opposition. S’il ne veut pas composer un gouvernement d’union, il doit accepter de travailler avec les groupes parlementaires et d’ouvrir le dialogue. Si les groupes préfèrent que les discussions se fassent à l’assemblée, alors le gouvernement doit accepter de venir à l’assemblée. Si l’assemblée veut que le président soit présent, alors le président doit faire l’effort d’être présent. Nous sommes dans un régime parlementaire où le gouvernement doit s’adapter à l’assemblée. S’il ne veut pas passer en force ou voir ses textes systématiquement attaqués, le mieux est de jouer le jeu des institutions et d’accepter au maximum ce que veulent les groupes parlementaires, surtout lorsqu’il s’agit de questions très techniques : convocation ou lieu d’une réunion, calendrier… Sur des sujets de fond liés à des oppositions de programme, en revanche, le gouvernement peut évidemment s’opposer lorsque cela ne correspond pas au programme pour lequel il a été élu.”
 
L’opposition a préparé plusieurs dizaines d’amendements au collectif 3. A Fano Ti’a en déposera-t-il également ?

“Pour l’instant, nous n’avons pas préparé d’amendements parce que ce collectif numéro 3 a été travaillé avec le gouvernement. Nous sommes le groupe le plus proche du gouvernement actuel et cela fait un mois et demi que nous travaillons avec lui sur ce collectif. Les ajustements que nous avons demandés ont été pris en compte. Nous avons accepté la réunion officielle demandée par le gouvernement, contrairement à d’autres groupes. Nous n’avons donc pas fait le choix de déposer des amendements pour faire connaître nos demandes, mais de les faire intégrer directement dans le collectif porté par le gouvernement. Maintenant, si les amendements déposés par les autres groupes vont dans le bon sens, nous serons favorables à les défendre. Et nous irons voir le gouvernement pour faire en sorte de trouver les recettes permettant de financer ces nouvelles dépenses.”
 
Sur le prêt de 8,5 milliards de francs à Air Tahiti Nui, pourriez-vous soutenir une solution intermédiaire, avec une partie prêtée par le Pays et une autre financée par un emprunt bancaire garanti ?

“Avec Élise Vanaa et Nuihau Laurey, nous sommes tous les trois membres du conseil d’administration d’ATN. J’ai donc participé aux différentes discussions liées à ce prêt. J’ai analysé le plan économique de la direction d’ATN et il me semble cohérent. Il prévoit un retour à l’équilibre d’ici 2029-2030. C’est ambitieux, mais cette trajectoire pour sortir du déficit me paraît intéressante. Et encore une fois, ce n’est pas une subvention, c’est un prêt. En revanche, le gouvernement et la direction d’ATN ont fait une erreur de présentation : ces plus de 8 milliards ne seront pas mobilisés tout de suite. Il y a environ 300 millions dans ce collectif, puis le reste est étalé sur plusieurs années. ATN aurait peut-être dû demander d’abord un premier prêt pour le renouvellement des cabines, puis revenir progressivement pour les autres travaux, plutôt que de demander d’emblée un ‘chèque en blanc’ sur les dix prochaines années.”
 
Dernier sujet, les sénatoriales. Moetai Brotherson a évoqué depuis Palau le nom de Naumi Mihuraa. A Fano Ti’a présentera-t-il finalement un candidat ? Et pourriez-vous l’être ?

“Je ne suis pas candidat aux élections sénatoriales. Ma position au sein du parti est assez claire : je suis favorable à ce que nous ayons des candidats, à condition qu’ils soient membres d’A Fano Ti’a et qu’ils défendent les valeurs d’A Fano Ti’a.”
 
Ce qui n’est pas le cas de Naumi Mihuraa…

(Sourire.) “Plusieurs personnes se sont portées candidates auprès du président du parti et il est sensible à certaines personnes qui lui ont proposé de les soutenir. Personnellement, j’ai proposé que nous soutenions uniquement des candidats membres d’A Fano Ti’a et qui défendent A Fano Ti’a. Je suis favorable à ce que nous ayons au moins une candidature. Mais l’espace est très réduit et les candidats du Tapura sont extrêmement favoris. Il y a même un risque qu’ils passent dès le premier tour. La question n’est donc pas forcément de se présenter pour gagner, mais de porter la voix d’A Fano Ti’a. Il faut un candidat qui incarne notre projet. Pour l’instant, nous n’avons pas encore décidé. Le président du parti a prévu une conférence de presse à son retour et nous présenterons alors la candidature que nous aurons pour les élections.”

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 31 Août 2026 à 15:46 | Lu 1261 fois