Tahiti, le 20 juillet 2026 – Le Tavini a désormais un plan pour l'après-Brotherson. Samedi, Oscar Temaru plaidait encore pour un nouveau gouvernement chargé d'accélérer la marche vers l'indépendance. Deux jours plus tard, le parti met de l'eau dans son vin : Antony Géros sera son candidat pour diriger un “gouvernement d'union” soutenu par une “majorité plurielle” jusqu'à la fin de la mandature. Reste à convaincre les autonomistes eux-mêmes partagés sur un retour aux urnes. Tavini, Tapura et Ahip ont en tout cas un dénominateur commun : éjecter Moetai Brotherson…mais pas à n’importe quel prix.
Pour ceux qui espéraient encore une réconciliation entre le Tavini et Moetai Brotherson, c’est raté. Réuni samedi en conseil fédéral, le parti indépendantiste a acté son engagement dans “un processus de mise en place d'un nouveau gouvernement d'union” et désigné Antony Géros comme candidat à la présidence du Pays. Autrement dit, il ne s'agit plus de recoller les morceaux, mais bien de remplacer celui qui dirige aujourd'hui le gouvernement.
Car il n'est plus seulement question de renverser le gouvernement actuel par une motion de défiance. Le Tavini ambitionne désormais de construire autour d'Antony Géros une “majorité plurielle fiable et stable” capable, selon le communiqué publié lundi par le parti, d'aller “jusqu'à la fin de la mandature”.
Un changement de perspective qui place les autres groupes de Tarahoi au centre du jeu. Avec ses 21 représentants, le Tavini est très loin des 35 voix nécessaires pour adopter une motion de défiance. Même avec les deux élus de Ahip et les deux non-inscrits, le compte n'y serait toujours pas. D'autant que Teave Boudouani-Chaumette a fait savoir ce lundi que pour elle "c'est non". Pour faire tomber Moetai Brotherson, Antony Géros devra donc nécessairement trouver des voix parmi les 16 élus du Tapura.
L'indépendance laissée au vestiaire ?
Et c'est là que commence le grand écart. Samedi encore, Oscar Temaru réaffirmait sa volonté d'accélérer la marche vers la souveraineté. Deux jours plus tard, le Tavini propose aux autres composantes de l'assemblée de se retrouver autour de la vie chère, du logement et de l'emploi, des problématiques présentées comme “ancrées dans le réel” et, surtout, “hors des considérations idéologiques”.
L'indépendance ne figure donc pas parmi les thèmes à négocier pour la future coalition. Une précaution sans doute indispensable pour espérer convaincre des autonomistes de porter Antony Géros à la présidence du Pays. “Ce n'est pas que le groupe Tavini qui pourra installer quelqu'un à la tête du gouvernement actuel”, reconnaissait d'ailleurs Antony Géros samedi. Le parti appelle désormais à discuter avec “tous les élus de l'assemblée” prêts à contribuer à des mesures “rapides, efficaces et concrètes”.
Reste à savoir jusqu'où chacun est prêt à aller. Le 10 juillet, lors de la séance qui avait tourné au règlement de comptes et conduit au second rejet du collectif budgétaire, Nuihau Laurey appelait Moetai Brotherson à recourir à l'article 157-1 du statut pour demander au président de la République le renouvellement de l'assemblée, faute de quoi, prévenait-il, “on va continuer à bidouiller pendant deux ans”. Édouard Fritch lui avait emboîté le pas en appelant lui aussi à rendre la parole au “peuple souverain”.
Le Tapura au centre du jeu
Dix jours plus tard, l'équation apparaît moins simple. Car rien ne garantit au président du Tapura de pouvoir compter sur les voix de ses 16 représentants si une motion de défiance devait conduire aussitôt à une dissolution. Certains pourraient hésiter à remettre leur siège en jeu avant le terme de la mandature.
Un paradoxe qui pourrait finalement servir Antony Géros : il pourrait être plus facile de réunir 35 voix pour changer de gouvernement que de trouver 35 élus prêts à retourner devant les électeurs. La perspective d'un “gouvernement d'union” jusqu'à la fin de la mandature pourrait ainsi trouver des oreilles attentives jusque dans les rangs autonomistes.
Pouvoir d'achat, santé, préparation des Jeux du Pacifique : sur ces sujets, un terrain d'entente pourrait être recherché. À condition de mettre de côté, au moins provisoirement, la question de l'accession à la souveraineté. Une coalition dont le premier ciment serait finalement moins un projet politique partagé qu'un seul et même adversaire : Moetai Brotherson.
Le Tavini joue contre la montre
Mais derrière les négociations se joue une autre bataille, plus arithmétique. Depuis l'éclatement de la majorité, les rapports de force évoluent à Tarahoi selon un véritable jeu de vases communicants, jusqu'ici toujours au détriment du Tavini.
Le dernier ralliement de Tevahiarii Teraiarue a porté A Fano Ti'a à 16 représentants et ramené le Tavini à 21. Une chute du gouvernement provoquerait un nouveau mouvement mécanique : Moetai Brotherson et Minarii Galenon retrouveraient leur siège à l'assemblée, entraînant le départ de leurs suivants de liste, Ruben Teremate et Cliff Loussan, aujourd'hui membres du groupe Tavini.
À effectifs constants, le rapport de force passerait alors à 19 représentants pour le Tavini contre 18 pour A Fano Ti'a. En quelques mois, l'ancien groupe majoritaire se retrouverait ainsi presque rattrapé par celui né de sa propre fracture. Le temps presse donc pour le Tavini. Plus la situation s'éternise, plus A Fano Ti'a peut espérer attirer de nouveaux élus et s'installer durablement dans le paysage politique. Mais l'autre option, celle des urnes, comporte un risque tout aussi sérieux.
Le pari risqué des urnes
De nouvelles élections pourraient coûter des sièges au Tavini et permettre aux autonomistes de profiter de la fracture du camp indépendantiste. Mais elles représenteraient surtout un danger existentiel pour A Fano Ti'a. Le mouvement de Moetai Brotherson pèse aujourd'hui 16 élus à Tarahoi. Mais sur combien d'électeurs pourrait-il compter demain dans les urnes ? Contrairement au Tavini, au Tapura ou à Ahip, il ne dispose pas encore de structure ni de maillage. Une dissolution l'obligerait ainsi à transformer en quelques mois un groupe né d'une scission en véritable force électorale, avec une première difficulté : accéder au second tour.
Côté autonomiste, les calculs ne sont pas moins complexes. Avec ses deux élus, Ahip a sans doute le moins à perdre d'un retour anticipé aux urnes. Le Tapura, lui, pourrait sur le papier être le grand bénéficiaire d'un nouveau scrutin, voire espérer décrocher la fameuse prime majoritaire. Mais ce qui serait une victoire pour le parti ne le serait pas nécessairement pour chacun de ses élus : certains ne sont pas assurés de retrouver leur siège à l'assemblée. D'autant que l'union autonomiste incarnée par Amui Tatou lors des dernières législatives a depuis volé en éclats.
Le choix est donc cornélien. Poursuivre la mandature permettrait au Tavini de reprendre le pouvoir mais laisserait à A Fano Ti'a le temps de s'enraciner. Retourner rapidement aux urnes pourrait lui coûter des élus, mais lui offrirait aussi l'occasion d'effacer son encombrant rejeton de l’équation avant qu'il ne devienne un véritable parti.
Le Tavini doit se réunir à nouveau ce lundi et les discussions devraient se multiplier cette semaine avec les autonomistes. Car pour tourner la page Brotherson, chacun devra probablement accepter d'y laisser quelques plumes. Mais à quel prix ?
Pour ceux qui espéraient encore une réconciliation entre le Tavini et Moetai Brotherson, c’est raté. Réuni samedi en conseil fédéral, le parti indépendantiste a acté son engagement dans “un processus de mise en place d'un nouveau gouvernement d'union” et désigné Antony Géros comme candidat à la présidence du Pays. Autrement dit, il ne s'agit plus de recoller les morceaux, mais bien de remplacer celui qui dirige aujourd'hui le gouvernement.
Car il n'est plus seulement question de renverser le gouvernement actuel par une motion de défiance. Le Tavini ambitionne désormais de construire autour d'Antony Géros une “majorité plurielle fiable et stable” capable, selon le communiqué publié lundi par le parti, d'aller “jusqu'à la fin de la mandature”.
Un changement de perspective qui place les autres groupes de Tarahoi au centre du jeu. Avec ses 21 représentants, le Tavini est très loin des 35 voix nécessaires pour adopter une motion de défiance. Même avec les deux élus de Ahip et les deux non-inscrits, le compte n'y serait toujours pas. D'autant que Teave Boudouani-Chaumette a fait savoir ce lundi que pour elle "c'est non". Pour faire tomber Moetai Brotherson, Antony Géros devra donc nécessairement trouver des voix parmi les 16 élus du Tapura.
L'indépendance laissée au vestiaire ?
Et c'est là que commence le grand écart. Samedi encore, Oscar Temaru réaffirmait sa volonté d'accélérer la marche vers la souveraineté. Deux jours plus tard, le Tavini propose aux autres composantes de l'assemblée de se retrouver autour de la vie chère, du logement et de l'emploi, des problématiques présentées comme “ancrées dans le réel” et, surtout, “hors des considérations idéologiques”.
L'indépendance ne figure donc pas parmi les thèmes à négocier pour la future coalition. Une précaution sans doute indispensable pour espérer convaincre des autonomistes de porter Antony Géros à la présidence du Pays. “Ce n'est pas que le groupe Tavini qui pourra installer quelqu'un à la tête du gouvernement actuel”, reconnaissait d'ailleurs Antony Géros samedi. Le parti appelle désormais à discuter avec “tous les élus de l'assemblée” prêts à contribuer à des mesures “rapides, efficaces et concrètes”.
Reste à savoir jusqu'où chacun est prêt à aller. Le 10 juillet, lors de la séance qui avait tourné au règlement de comptes et conduit au second rejet du collectif budgétaire, Nuihau Laurey appelait Moetai Brotherson à recourir à l'article 157-1 du statut pour demander au président de la République le renouvellement de l'assemblée, faute de quoi, prévenait-il, “on va continuer à bidouiller pendant deux ans”. Édouard Fritch lui avait emboîté le pas en appelant lui aussi à rendre la parole au “peuple souverain”.
Le Tapura au centre du jeu
Dix jours plus tard, l'équation apparaît moins simple. Car rien ne garantit au président du Tapura de pouvoir compter sur les voix de ses 16 représentants si une motion de défiance devait conduire aussitôt à une dissolution. Certains pourraient hésiter à remettre leur siège en jeu avant le terme de la mandature.
Un paradoxe qui pourrait finalement servir Antony Géros : il pourrait être plus facile de réunir 35 voix pour changer de gouvernement que de trouver 35 élus prêts à retourner devant les électeurs. La perspective d'un “gouvernement d'union” jusqu'à la fin de la mandature pourrait ainsi trouver des oreilles attentives jusque dans les rangs autonomistes.
Pouvoir d'achat, santé, préparation des Jeux du Pacifique : sur ces sujets, un terrain d'entente pourrait être recherché. À condition de mettre de côté, au moins provisoirement, la question de l'accession à la souveraineté. Une coalition dont le premier ciment serait finalement moins un projet politique partagé qu'un seul et même adversaire : Moetai Brotherson.
Le Tavini joue contre la montre
Mais derrière les négociations se joue une autre bataille, plus arithmétique. Depuis l'éclatement de la majorité, les rapports de force évoluent à Tarahoi selon un véritable jeu de vases communicants, jusqu'ici toujours au détriment du Tavini.
Le dernier ralliement de Tevahiarii Teraiarue a porté A Fano Ti'a à 16 représentants et ramené le Tavini à 21. Une chute du gouvernement provoquerait un nouveau mouvement mécanique : Moetai Brotherson et Minarii Galenon retrouveraient leur siège à l'assemblée, entraînant le départ de leurs suivants de liste, Ruben Teremate et Cliff Loussan, aujourd'hui membres du groupe Tavini.
À effectifs constants, le rapport de force passerait alors à 19 représentants pour le Tavini contre 18 pour A Fano Ti'a. En quelques mois, l'ancien groupe majoritaire se retrouverait ainsi presque rattrapé par celui né de sa propre fracture. Le temps presse donc pour le Tavini. Plus la situation s'éternise, plus A Fano Ti'a peut espérer attirer de nouveaux élus et s'installer durablement dans le paysage politique. Mais l'autre option, celle des urnes, comporte un risque tout aussi sérieux.
Le pari risqué des urnes
De nouvelles élections pourraient coûter des sièges au Tavini et permettre aux autonomistes de profiter de la fracture du camp indépendantiste. Mais elles représenteraient surtout un danger existentiel pour A Fano Ti'a. Le mouvement de Moetai Brotherson pèse aujourd'hui 16 élus à Tarahoi. Mais sur combien d'électeurs pourrait-il compter demain dans les urnes ? Contrairement au Tavini, au Tapura ou à Ahip, il ne dispose pas encore de structure ni de maillage. Une dissolution l'obligerait ainsi à transformer en quelques mois un groupe né d'une scission en véritable force électorale, avec une première difficulté : accéder au second tour.
Côté autonomiste, les calculs ne sont pas moins complexes. Avec ses deux élus, Ahip a sans doute le moins à perdre d'un retour anticipé aux urnes. Le Tapura, lui, pourrait sur le papier être le grand bénéficiaire d'un nouveau scrutin, voire espérer décrocher la fameuse prime majoritaire. Mais ce qui serait une victoire pour le parti ne le serait pas nécessairement pour chacun de ses élus : certains ne sont pas assurés de retrouver leur siège à l'assemblée. D'autant que l'union autonomiste incarnée par Amui Tatou lors des dernières législatives a depuis volé en éclats.
Le choix est donc cornélien. Poursuivre la mandature permettrait au Tavini de reprendre le pouvoir mais laisserait à A Fano Ti'a le temps de s'enraciner. Retourner rapidement aux urnes pourrait lui coûter des élus, mais lui offrirait aussi l'occasion d'effacer son encombrant rejeton de l’équation avant qu'il ne devienne un véritable parti.
Le Tavini doit se réunir à nouveau ce lundi et les discussions devraient se multiplier cette semaine avec les autonomistes. Car pour tourner la page Brotherson, chacun devra probablement accepter d'y laisser quelques plumes. Mais à quel prix ?
































