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L'ancien directeur régional de la CMA CGM jugé pour abus de biens sociaux


Tahiti, le 21 avril 2026 - L'ancien directeur régional de la CMA CGM ainsi que l'ex-directeur des opérations de l'entreprise, accusés d'avoir acheté des conteneurs à des prix minorés, ont été jugés mardi par le tribunal correctionnel qui rendra sa décision le 26 mai.
 
Après avoir été renvoyé, le procès pour abus de biens sociaux de l'ancien directeur régional de la CMA CGM, Stéphane Mercadal, et de l'ex-directeur des opérations de la structure poursuivi pour complicité de cette infraction –, s'est tenu mardi devant le tribunal correctionnel. Les deux hommes avaient été convoqués devant la justice par le biais d'une citation directe, émise par la CMA CGM, une procédure qui permet à une personne s'estimant victime d'une infraction de convoquer elle-même la personne physique ou morale qu'elle accuse.
 
Il était reproché à Stéphane Mercadal, qui a travaillé 16 ans au sein de l'entreprise avant d'en être licencié, d'avoir acheté des conteneurs via une société dont il était gérant de fait en minorant leur prix. Il était par ailleurs reproché au directeur des opérations d'avoir acheté et revendu une cinquantaine de conteneurs. Cité comme témoin par la CMA CGM, le directeur des enquêtes internes de l'entreprise est venu déposer à la barre en assurant que les prévenus avaient pratiqué l'achat desdits conteneurs à un tarif préférentiel de 160 000 francs “en moyenne” contre 225 000 francs pour des clients lambda pour un préjudice évalué à 14 millions de francs.
 
Une histoire de “trahison”
 
Entendu à son tour, Stéphane Mercadal a concédé qu'il aurait dû déclarer un conflit d'intérêt tout en assurant qu'il avait la “pression” de la maison mère pour revendre des conteneurs en mauvais état. L'homme a également assuré que cette affaire relevait d'un conflit personnel avec la famille Saadé, propriétaire de la CMA CGM – l'une des plus grandes entreprises mondiales de transport maritime – qui aurait voulu l'“écraser” après s'être sentie victime d'une “trahison” relative à l'absence de déclaration du conflit d'intérêt.
 
Interrogé lors de la suspension d'audience, l'avocat bordelais de Stéphane Mercadal, Me Julien Plouton, a tenu à revenir sur la pression exercée sur son client : “Un certain nombre de messages lui ont été adressés par le responsable régional Asie-Pacifique à de multiples reprises, notamment dès l'année 2022, qui demandent à ce qu'il y ait un maximum de ventes qui soient réalisées pour réduire la flotte de conteneurs usagés de plus de 50 % afin de procéder à l'acquisition de nouveaux conteneurs, et qui indiquent très clairement que, quelque part, peu importe le prix, il est possible d'accorder à des clients finaux, aux fins de vente sur Papeete, des remises conséquentes. Par ailleurs, la grille tarifaire qui a été fixée par le groupe lui-même a toujours été respectée, c'est-à-dire qu'on est en train de nous expliquer qu'il y a eu des cessions à des prix minorés qui auraient causé un préjudice commercial à CMA CGM, alors même que ces prix de vente ont été fixés par cette dernière et que ces prix de vente-là ont été respectés.”
 
Interrogées à leur tour lors de cette suspension, les avocates de la CMA CGM, Me Linda Kintzler et Me Olinka Malaterre du barreau de Marseille n'ont pas souhaité s'exprimer. Alors que la procureure de la République a conclu qu'il s'agissait d'abus de confiance et qu'elle s'en est rapportée au tribunal sur les peines, ce dernier a mis sa décision en délibéré au 26 mai.

 

 

Rédigé par Garance Colbert le Mardi 21 Avril 2026 à 18:58 | Lu 382 fois