Tahiti Infos

Grève : “Les problématiques locales” sur la table


Tahiti le 29 septembre 2026 - Le retour des Polynésiens, la prime d’installation pour les lauréats des concours, ou encore la protection fonctionnelle : tels sont quelques-unes des revendications des fonctionnaires d’État exprimées mardi par les syndicats lors de la grève des agents de la fonction publique d’État.
 
Les syndicats du Fenua ont répondu mardi à l’appel à la mobilisation des syndicats nationaux de la fonction publique d’État. Une mobilisation modeste principalement suivie parmi les personnels de l’Éducation. Selon nos informations à 10 heures, 28,84 % des enseignants étaient en grève soit 1.202 fonctionnaires dont 837 dans le premier degré et 365 dans le second degré.
 
Les représentants de l’Unsa éducation et de la CSTP-FO ont été reçus par le haut-commissaire, Alexandre Rochatte, mardi matin. Et selon la secrétaire générale SE Unsa Polynésie, Titaua Frogier, le représentant de l’État était “parfaitement au courant des problématiques locales que nous soulevions”.
 
En effet, bien que ce mouvement initié en métropole soit relayé localement par solidarité, les syndicats ont préféré se pencher sur les problématiques du Fenua. “On a saisi l’occasion pour parler de nos préoccupations locales. Tous les points de revendication de l'appel national auquel nous avons répondu, ça se règle dans l'Hexagone à Paris. Là, on avait un interlocuteur qui exerce son pouvoir en Polynésie, donc on a parlé de ce qui se passe en Polynésie.”

“Nous souhaitons peser dans les débats”

Plusieurs points ont été évoqués avec Alexandre Rochatte, notamment celui de l’équité de traitement des personnels ultramarins. “Nous demandons que la prime spécifique d’installation pour les lauréats des concours soit étendue à toutes les collectivités d'outre-mer qui sont exclues du dispositif”, insiste Titaua Frogier.
 
Le choix du jour de grève n’a pas été décidé au hasard puisque dans quelques jours le projet de loi de finances pour 2027 va être présenté aux élus du palais Bourbon, à Paris. “Et nous souhaitons peser dans les débats, peser dans les discussions, et qu'on n'oublie pas que l'école publique est un service qui est rendu à tous les enfants de la Nation. Et il faut que ce service public, on lui donne les moyens de pouvoir porter nos enfants vers la réussite, et vers les emplois qui leur plaisent. Et non pas d'être forcé, parce qu'il n'y a pas cette formation dans ton patelin, dans ton île, et donc tu es forcé d'être ceci, alors que tu préférais être autre chose”, ajoute la secrétaire générale SE Unsa Polynésie.

Elle rappelle également que la campagne pour l’élection présidentielle a déjà démarré. Et c’est l’occasion pour les syndicats de sensibiliser également les candidats. “On voit des candidats se déclarer toutes les semaines, et qui portent des programmes, avec notamment l'éducation qui fait partie évidemment des thématiques.”
 
Titaua Frogier annonce même qu’une autre grève pourrait avoir lieu après l’examen du texte à l’Assemblée nationale. “Quand les médias reviennent continuellement sur la dette publique, sur le déficit de la France, cela tend à dire que toutes revendications de revalorisation salariale ne peuvent être entendues ; mais quand, en même temps, on refuse que les ultra-riches participent un peu plus, c'est-à-dire à hauteur de leur patrimoine, il y a des choses qu'on ne peut pas comprendre.”

Le CEAPF pour “protéger l'emploi local”

De son côté, le premier secrétaire général adjoint de la CSTP-FO, Edgar Sommers, est revenu sur la suppression de l’Indemnité temporaire de retraite (ITR) et la solution pour la remplacer. “Nous sommes toujours dans l'attente d'un système alternatif”, déplore-t-il.
 
Le numéro 2 de la CSTP-FO rappelle que la suppression de l’ITR ne concerne que les “nouveaux arrivants parce que les personnes qui étaient visées par la suppression de l'ITR, c'était les fonctionnaires qui n'avaient jamais servi outre-mer”. Selon le syndicaliste pour ces mêmes fonctionnaires “l'ITR a été maintenue, plafonnée certes à 18 000 euros, mais maintenue quand même”.
 
Edgar Sommers ajoute que moins de 30 % des fonctionnaires d’État se sont inscrits au dispositif de Cotisation volontaire de retraite (CVR) : “C'est que quelque part ça ne répond pas aux besoins des fonctionnaires.”
 
Le retour des Polynésiens au Fenua a également été évoqué avec le haut-commissaire, notamment à travers le Corps d'État pour l'administration de la Polynésie française (CEAPF) mis en place de 1966. “C'est la première façon de pouvoir protéger l'emploi local, c'est justement d'enrichir ce corps CEAPF par du recrutement dans ce même corps, et donc une évolution également dans ce corps”, explique le numéro 2 de la CSTP-FO.
 
Il rappelle qu’aujourd’hui certaines administrations ont réussi à obtenir des catégories A dans le CEAPF. Édgar Sommers demande que cette évolution soit généralisée à l’ensemble des corps. “À l'époque ce corps a été créé avec de la catégorie D, C et B. Certaines administrations ont réussi à obtenir de la catégorie A dans le CEAPF comme les professeurs des écoles, infirmiers ou les policiers”. Le syndicaliste demande la généralisation de cette évolution à tous les corps CEAPF“pour permettre aux agents d’avoir un déroulé de carrière identique à celui de leurs homologues métropolitains”.

Édgar Sommers, Premier secrétaire général adjoint de la CSTP-FO

“Je ne pense pas que ce soient des demandes qui sont démesurées. Elles correspondent aux réalités de la vie en Polynésie. Les syndicalistes ne sont pas là pour faire la grève, simplement pour avoir un effet de masse. C'est pour répondre à une réalité, car aujourd'hui tout le monde rencontre des difficultés, que ce soit dans le public, la fonction publique territoriale, hospitalière, communale, de l'État. Il y a de réelles difficultés, il ne faut pas se voiler la face, il faut pouvoir répondre aux besoins de ces travailleurs. Tout le monde doit pouvoir concourir à faire en sorte que l'on puisse vivre décemment dans ce pays, pas que les syndicalistes, je pense que c'est l'affaire de tous. C'est l'affaire de tous, il ne faut pas dissocier le privé du public. Non, on a tous les mêmes besoins, on a tous les mêmes envies, c'est-à-dire pouvoir subvenir aux besoins de nos enfants, subvenir aux besoins de nos familles. C'est simplement ce que l'on demande aujourd'hui. On ne demande pas plus, mais pas moins non plus (…). Nous avons pour objectif de rencontrer Mme la ministre de l'Outre-mer, lorsqu'elle viendra ici de manière à pouvoir également échanger avec elle sur ces différents sujets.”

Titaua Frogier, Secrétaire générale SE UNSA Polynésie

“Lorsqu'on est agressé ou qu'on est harcelé, voire qu'on fait l'objet d'une plainte de la part, souvent de parents, on est en droit d'attendre de son employeur, parce que c'est prévu dans le code général de la fonction publique, une protection fonctionnelle. Autrement dit, l'employeur va se substituer quelque part à l'agent pour le défendre. Là, il va sentir tout l'appareillage de l'administration derrière lui et déjà, la difficulté à laquelle il fait face, elle sera moindre parce qu'il se sentira porté, reconnu, considéré.
 
Or le problème, c'est qu'avec la répartition des compétences État-Pays, les deux se renvoient à la balle lorsqu’un agent les interpelle. Ce n'est pas tolérable. Donc nous poussons pour que la Convention État-Pays, qui est en train de se réécrire pour la prochaine décennie, comporte des dispositions qui permettent de déterminer qui a la charge de cette protection fonctionnelle. Pareillement, pour l'instance dans laquelle on devrait pouvoir porter toutes nos revendications sur les conditions d'hygiène, de sécurité, conditions de travail, il faut que ça soit prévu dans cette convention.” 

Martial Chang, Syndicaliste de l’Unsa et commissaire de l’Éducation nationale

“En tant que commissaire paritaire, siégeant au comité de l'Éducation et dans les instances auprès de la DG2E, nous avons fait la énième remontée de demande de la création d'une instance de dialogue social pour tous les agents d'État de l'Éducation.
 
Nous sommes lésés sur ce point depuis 2019. Donc l'idée est d'inclure dans la prochaine Convention décennale cette instance. Le point bloquant ne vient pas du haut-commissaire, ne vient pas du vice-rectorat, mais vient de notre Pays.
 
Le pays doit changer quelques textes pour que nous puissions, nous fonctionnaires d'État, décider de comment est-ce que nous devons travailler dans nos établissements et traiter nos conditions d'hygiène et nos conditions de travail. Pour l'instant, ce ne sont pas nous qui avons la main dessus. Nous sommes dépendants d'une instance du Pays.
 
Donc ce n'est pas normal. Nous sommes plus de 10 000 fonctionnaires d'État. Et il y a 10% qui décident pour nous. Et ce ne sont pas des fonctionnaires d'État. Donc cette instance va être inscrite dans la prochaine Convention décennale et nous espérons fortement qu'elle sera effective avant la fin de l'année.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mardi 29 Septembre 2026 à 18:25 | Lu 619 fois