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“Garder le sourire malgré tout”


Tahiti, le 13 avril 2026 – Pas facile d’être agent d’Air Tahiti dans les îles éloignées après une grève surtout quand tout le monde veut absolument rentrer à Tahiti au plus tôt. Reste que toutes les décisions se prennent à Tahiti et que ces agents ne peuvent rien sauf à “garder le sourire malgré tout” face à une clientèle mécontente et parfois même énervée. De leur côté, les pensions de famille doivent aussi gérer leurs clients en plus de subir une perte de leur chiffre d’affaires qu’elles ne pourront “pas rattraper”.
 
Bien que le protocole d’accord ait été signé entre le syndicat majoritaire des pilotes (SPNTPF) et la direction d’Air Tahiti, la compagnie aérienne inter-îles doit encore ramener à Tahiti tous ses passagers bloqués dans les îles éloignées comme ceux de Tikehau.
 
Pas toujours facile pour le personnel des escales qui doit appliquer un protocole instauré par leur hiérarchie. “On a une organisation faite par la direction commerciale qui priorise les passagers visiteurs, c'est-à-dire qui ne sont pas résidents de l'île, ni en vacances. Du coup, ceux qui ont des connexions internationales sont privilégiés”, précise Julia Temauri, la responsable d’escale à Tikehau. Le tarif visiteur et résident est “différent”, explique-t-elle, avec pour ces derniers la nécessité de tenir compte des horaires des vols internationaux. “Du coup, il faut qu'on organise aussi ce côté-là. C'est juste par rapport à ça qu'on privilégie les visiteurs.”
 
À l’inverse, souligne-t-elle aussi, les frais engendrés par la prolongation de ces séjours sont entièrement pris en charge par la compagnie. Ce qui pourrait s’apparenter à une aubaine pour les pensions de famille ; mais il n’en est rien comme l’explique Mateata Gatien de Tikehau Paradise : “Une grève impacte toujours sur le chiffre d'affaires.” Elle explique que quand les clients achètent lors du salon du tourisme, “les pertes sont rattrapées parce qu'on a des conditions de vente : s'ils ne se présentent pas, on garde les arrhes. Le reste de l'année, si le client ne se présente pas c'est une perte pour nous et on ne peut pas rattraper.” Et derrière cet aspect financier il y a aussi “l’humain”“On essaye d'être au plus proche de nos clients pour les orienter, pour dire ce qu'ils doivent faire. On doit aussi gérer tout ce qui est psychologique.”
 
Elle ajoute qu’heureusement que leurs clients sont compréhensifs. “Ils savent que ce n'est pas la faute des pensions de famille, des tours opérateurs et des agences de voyages (…). Je crois que c'est pour ça qu’Air Tahiti fait de son mieux pour faire partir d'abord les touristes internationaux (…). Mais ce n'est pas facile aussi pour les locaux qui doivent reprendre le travail.”
 
Lundi, la responsable d’escale à Tikehau, constatait la présence de 15 passagers “encore en souffrance” et espérait la programmation d’un vol supplémentaire.

“On profite encore des vacances”

Croisée à l’escale, cette Polynésienne venue sur l’atoll pour le week-end en famille, n’est pas dérangée par le fait de rester quelques jours de plus. Elle a même pris ses dispositions par rapport à son travail. “Il n'y a rien de grave, c’est un peu la mentalité polynésienne. Il y a toujours une solution, s'il n'y a pas de vol aujourd'hui, il y en aura demain. Ce n'est pas la fin du monde. Moi je suis très bien ici à Tikehau : c’est beau, ça fait le bonheur de mon fils et ça fait mon bonheur à moi aussi.” Mais elle comprend que certains passagers soient gênés par la situation : “Dimanche il y avait un couple âgé de presque 70 ans qui était vraiment en souffrance. Ils devaient aller à Moorea récupérer leurs affaires et devaient rentrer définitivement en France après avoir vécu ici 18 ans. Et s’ils rataient leur vol avec French bee, ils perdaient tout. Et le monsieur était malade...”
 
Toarei, élève de 5e à Tahiti, est lui aussi venu passer les vacances à Tikehau. Il n’a pas pu prendre de vol retour pour sa rentrée scolaire, ce lundi. “C'est bien pour nous, comme ça on ne va pas à l'école. On profite encore des vacances, on va à la mer.” Le lycéen est bien conscient qu’il devra rattraper les cours mais qu’importe “les copains vont m'envoyer des photos des leçons pour rattraper le retard”. Mais ses parents, restés à Tahiti pour le travail, ne sont pas très contents avoue-t-il : “maman a dit que la prochaine fois on ne retourne plus quand il y a la grève. Mais on ne savait pas qu'il y aurait la grève et ce n'est pas notre faute en plus”.

Julia Temauri, responsable de l’escale à Tikehau “On est psychologue, assistante sociale, enfin tout quoi”

“On est psychologue, assistance sociale enfin tout quoi : on doit tout gérer dans la journée. Ce n'est pas facile non plus pour nous parce qu'on n'a pas été formés à ce niveau-là (…). Il faut garder le sourire malgré tout, on n'a pas vraiment le choix (…) car c'est Papeete qui maîtrise tout, qui gère les listes et nous les envoie. En revanche, c'est nous qui gérons le vol sur place c'est-à-dire qui acceptons les personnes par rapport à une liste de priorités (…). Et puis il nous faut aussi gérer les tensions, les disputes. On essaie aussi de gérer notre stress et la situation sur place. Pour l'instant, ça va, les gens sont très compréhensifs.”

Mateata Gatien, Tikehau Paradise “C'est une qu’on ne pourra pas rattraper”

“Derrière cette grève il y a des humains, ceux qui doivent venir ici ou ceux qui doivent rentrer, psychologiquement il y a des impacts et ils sont stressés. Et on doit palier tout ça, même les employés car il y a des chambres à refaire, il y a des menus à ajouter. Ce n'est pas évident dans la gestion d'une pension de famille, c'est assez compliqué (…). Par exemple, ce lundi j'ai six bungalows qui devaient être loués donc douze personnes devaient arriver. Et ça, c'est une perte pour nous qu’on ne pourra pas rattraper. On a perdu les clients. Janvier ça a été très dur. En février on n'avait pas de clients. Mars a été un mois très difficile. Là on sort enfin la tête de l'eau et déjà on commence mal la haute saison (…). Pour nous, les grèves, ce n'est pas bon au niveau de la gestion du personnel, du chiffre d'affaires et du tourisme car on ne peut pas rattraper cette perte.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Lundi 13 Avril 2026 à 17:52 | Lu 879 fois