Tahiti, le 6 novembre 2026 - Il aura fallu onze mois et un amendement pour que la résolution d'Oscar Temaru sur la souveraineté du peuple polynésien sur ses ressources naturelles, y compris celles des fonds marins, fasse finalement l'unanimité à Tarahoi. Adopté ce jeudi, le texte avait été retiré de l'ordre du jour en décembre dernier, sur fond de divergences autour de l'exploitation minière sous-marine. Cette fois, les élus se sont retrouvés autour des garde-fous proposés par Hinamoeura Morgant-Cross, prévoyant notamment une consultation populaire avant toute décision d'exploration ou d'exploitation.
Derrière l'unanimité, deux visions de la souveraineté qui peinent toujours à se rejoindre. Le texte présenté jeudi à l’assemblée par le rapporteur Tevaipaea Hoiore (Tavini) proclame la souveraineté “permanente, inaliénable et imprescriptible” du peuple polynésien sur ses ressources naturelles, des terres aux fonds marins de sa zone économique exclusive (ZEE). Une revendication qui s'appuie sur le principe de souveraineté permanente des peuples sur leurs ressources naturelles, réaffirmé par les Nations unies, mais qui ravive le bras de fer entre Oscar Temaru et Moetai Brotherson.
Le premier voit dans les minerais sous-marins une manne susceptible de financer l'indépendance. Le second y est farouchement opposé. En décembre dernier, Moetai Brotherson avait qualifié cette résolution de texte “symbolique”, sans effet juridique. Jeudi, son fauteuil vide dans l'hémicycle n'était pas dénué de symbole non plus, alors que les élus débattaient d'un texte qui cristallise ses divergences avec Oscar Temaru. D'autant que le Pays a réaffirmé son opposition à l'exploitation minière, notamment à travers la protection de Tainui Atea, l'aire marine protégée couvrant la ZEE polynésienne, où l'exploitation des ressources minérales est interdite. Une ligne qui tranche avec les ambitions affichées par le patron du Tavini.
Une souveraineté qui ne vaut pas permis d'exploiter
C'est précisément cette ambiguïté qu'ont soulevée plusieurs élus. Lana Tetuanui (Tapura) a d'abord rappelé les limites de l'exercice : une résolution ne transfère aucune compétence nouvelle et ne change rien au statut d'autonomie. “Nous ne devons pas confondre une proclamation politique avec une avancée juridique”, a-t-elle averti. Et surtout, la souveraineté ne saurait se résumer à la perspective d'exploiter les richesses du sous-sol marin. “Elle implique également la responsabilité de les préserver.”
Nicole Sanquer (Ahip) est allée plus loin, en mettant directement en cause les intentions d'Oscar Temaru. La représentante a rappelé que le leader indépendantiste avait, à plusieurs reprises, présenté l'exploitation minière comme un moyen de financer l'indépendance. “Vous l'avez vu plusieurs fois à la télé avec son caillou”, a-t-elle lancé, regrettant d'ailleurs son absence au moment des débats. Et de résumer sa principale inquiétude : “Vous nous demandez de voter aujourd'hui et de débattre plus tard de l'exploitation.” Pas question, pour elle, que la proclamation de souveraineté puisse être interprétée comme un feu vert à la prospection minière.
Le droit de dire non
Du côté d'A Fano Ti'a, Allen Salmon a défendu une autre lecture du texte. “La souveraineté, ce n'est pas seulement le droit d'exploiter, c'est d'abord le droit de protéger et le droit de dire non.” Il a également replacé cette résolution dans le prolongement de celle adoptée le 24 septembre dernier par l'assemblée, autour du dialogue avec les Nations unies sur la décolonisation. Ueva Hamblin (Tavini) a, pour sa part, insisté sur la place de la population dans les décisions à venir : “Toute décision sur nos ressources doit être prise avec le peuple de ce pays et jamais à sa place.” Non sans réclamer au gouvernement Brotherson “une information complète, claire et accessible à tous”. Cette exigence de transparence tranche avec la discrétion du gouvernement dans l'hémicycle. Moetai Brotherson absent, c'est sa vice-présidente, Minarii Galenon, qui s'est chargée de soutenir la résolution au nom du Pays. Elle s'est contentée de quelques phrases, rappelant essentiellement “le droit de protéger”.
Il aura fallu une interpellation de Nicole Sanquer pour que le ministre de l'Environnement, Taivini Teai, précise que soutenir le texte ne signifiait pas vouloir exploiter les fonds marins, mais “au contraire pouvoir décider de ne pas le faire”.
Restait à traduire cette prudence dans le texte. Hinamoeura Morgant-Cross a donc remis sur la table son amendement de décembre 2025, qui conditionne toute décision d'exploration ou d'exploitation minière à une étude d'impact environnemental indépendante et publique, un débat à l'assemblée et une consultation directe de la population par référendum.
L'élue non inscrite a expliqué vouloir répondre aux inquiétudes suscitées par “certains discours politiques du parti Tavini Huiraatira”, rappelant la décision prise en 1964 par l'assemblée de céder les atolls de Hao, Mururoa et Fangataufa à l'État pour les besoins du Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP). “Une petite phrase, un petit paragraphe, tout innocent”, a-t-elle lancé. Une façon de souligner qu'une décision en apparence anodine peut engager tout un peuple pour des décennies.
Le revirement de Géros
En décembre dernier, Antony Géros avait pourtant jugé cet amendement “hors sujet”, avant de rétorquer à Moetai Brotherson, qui qualifiait la résolution de “symbolique”, que “rien n'est symbolique”. Onze mois plus tard, le président de l’assemblée est nettement plus accommodant. “S'il faut nous rassurer en mettant en place un amendement comme celui que propose Hinamoeura, pourquoi pas, ça ne gêne pas”, a-t-il lancé, après être descendu de son perchoir pour prendre la parole dans l'hémicycle.
Pour justifier ce revirement, il a précisément invoqué le caractère symbolique du texte qu'il contestait onze mois plus tôt : “Encore une fois, qu'on ne se méprenne pas, ce n'est qu'une résolution.” Une résolution qui ne modifie ni la loi organique ni les compétences de l'État sur les matières premières stratégiques. De quoi accepter les garde-fous réclamés par Hinamoeura Morgant-Cross sans pour autant leur donner force de loi.
Résultat, l'amendement a été adopté à l'unanimité, tout comme la résolution ainsi complétée. Un consensus salué dès jeudi par le Tavini dans un communiqué, qui y voit un message adressé à l'État français pour qu'il tire les conséquences de la souveraineté reconnue par les Nations unies. Mais ce vote ne règle ni le partage des compétences avec Paris ni les divergences sur une éventuelle exploitation des grands fonds.
Oscar Temaru, lui, n'a rejoint l'hémicycle qu'en fin de séance, après le vote. Le président du Tavini a livré un long plaidoyer pour l'indépendance, appelant notamment à signer sa pétition en faveur de la souveraineté. Une unanimité obtenue en son absence, chacun ayant finalement trouvé dans cette résolution de quoi défendre sa propre vision de la souveraineté.
Derrière l'unanimité, deux visions de la souveraineté qui peinent toujours à se rejoindre. Le texte présenté jeudi à l’assemblée par le rapporteur Tevaipaea Hoiore (Tavini) proclame la souveraineté “permanente, inaliénable et imprescriptible” du peuple polynésien sur ses ressources naturelles, des terres aux fonds marins de sa zone économique exclusive (ZEE). Une revendication qui s'appuie sur le principe de souveraineté permanente des peuples sur leurs ressources naturelles, réaffirmé par les Nations unies, mais qui ravive le bras de fer entre Oscar Temaru et Moetai Brotherson.
Le premier voit dans les minerais sous-marins une manne susceptible de financer l'indépendance. Le second y est farouchement opposé. En décembre dernier, Moetai Brotherson avait qualifié cette résolution de texte “symbolique”, sans effet juridique. Jeudi, son fauteuil vide dans l'hémicycle n'était pas dénué de symbole non plus, alors que les élus débattaient d'un texte qui cristallise ses divergences avec Oscar Temaru. D'autant que le Pays a réaffirmé son opposition à l'exploitation minière, notamment à travers la protection de Tainui Atea, l'aire marine protégée couvrant la ZEE polynésienne, où l'exploitation des ressources minérales est interdite. Une ligne qui tranche avec les ambitions affichées par le patron du Tavini.
Une souveraineté qui ne vaut pas permis d'exploiter
C'est précisément cette ambiguïté qu'ont soulevée plusieurs élus. Lana Tetuanui (Tapura) a d'abord rappelé les limites de l'exercice : une résolution ne transfère aucune compétence nouvelle et ne change rien au statut d'autonomie. “Nous ne devons pas confondre une proclamation politique avec une avancée juridique”, a-t-elle averti. Et surtout, la souveraineté ne saurait se résumer à la perspective d'exploiter les richesses du sous-sol marin. “Elle implique également la responsabilité de les préserver.”
Nicole Sanquer (Ahip) est allée plus loin, en mettant directement en cause les intentions d'Oscar Temaru. La représentante a rappelé que le leader indépendantiste avait, à plusieurs reprises, présenté l'exploitation minière comme un moyen de financer l'indépendance. “Vous l'avez vu plusieurs fois à la télé avec son caillou”, a-t-elle lancé, regrettant d'ailleurs son absence au moment des débats. Et de résumer sa principale inquiétude : “Vous nous demandez de voter aujourd'hui et de débattre plus tard de l'exploitation.” Pas question, pour elle, que la proclamation de souveraineté puisse être interprétée comme un feu vert à la prospection minière.
Le droit de dire non
Du côté d'A Fano Ti'a, Allen Salmon a défendu une autre lecture du texte. “La souveraineté, ce n'est pas seulement le droit d'exploiter, c'est d'abord le droit de protéger et le droit de dire non.” Il a également replacé cette résolution dans le prolongement de celle adoptée le 24 septembre dernier par l'assemblée, autour du dialogue avec les Nations unies sur la décolonisation. Ueva Hamblin (Tavini) a, pour sa part, insisté sur la place de la population dans les décisions à venir : “Toute décision sur nos ressources doit être prise avec le peuple de ce pays et jamais à sa place.” Non sans réclamer au gouvernement Brotherson “une information complète, claire et accessible à tous”. Cette exigence de transparence tranche avec la discrétion du gouvernement dans l'hémicycle. Moetai Brotherson absent, c'est sa vice-présidente, Minarii Galenon, qui s'est chargée de soutenir la résolution au nom du Pays. Elle s'est contentée de quelques phrases, rappelant essentiellement “le droit de protéger”.
Il aura fallu une interpellation de Nicole Sanquer pour que le ministre de l'Environnement, Taivini Teai, précise que soutenir le texte ne signifiait pas vouloir exploiter les fonds marins, mais “au contraire pouvoir décider de ne pas le faire”.
Restait à traduire cette prudence dans le texte. Hinamoeura Morgant-Cross a donc remis sur la table son amendement de décembre 2025, qui conditionne toute décision d'exploration ou d'exploitation minière à une étude d'impact environnemental indépendante et publique, un débat à l'assemblée et une consultation directe de la population par référendum.
L'élue non inscrite a expliqué vouloir répondre aux inquiétudes suscitées par “certains discours politiques du parti Tavini Huiraatira”, rappelant la décision prise en 1964 par l'assemblée de céder les atolls de Hao, Mururoa et Fangataufa à l'État pour les besoins du Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP). “Une petite phrase, un petit paragraphe, tout innocent”, a-t-elle lancé. Une façon de souligner qu'une décision en apparence anodine peut engager tout un peuple pour des décennies.
Le revirement de Géros
En décembre dernier, Antony Géros avait pourtant jugé cet amendement “hors sujet”, avant de rétorquer à Moetai Brotherson, qui qualifiait la résolution de “symbolique”, que “rien n'est symbolique”. Onze mois plus tard, le président de l’assemblée est nettement plus accommodant. “S'il faut nous rassurer en mettant en place un amendement comme celui que propose Hinamoeura, pourquoi pas, ça ne gêne pas”, a-t-il lancé, après être descendu de son perchoir pour prendre la parole dans l'hémicycle.
Pour justifier ce revirement, il a précisément invoqué le caractère symbolique du texte qu'il contestait onze mois plus tôt : “Encore une fois, qu'on ne se méprenne pas, ce n'est qu'une résolution.” Une résolution qui ne modifie ni la loi organique ni les compétences de l'État sur les matières premières stratégiques. De quoi accepter les garde-fous réclamés par Hinamoeura Morgant-Cross sans pour autant leur donner force de loi.
Résultat, l'amendement a été adopté à l'unanimité, tout comme la résolution ainsi complétée. Un consensus salué dès jeudi par le Tavini dans un communiqué, qui y voit un message adressé à l'État français pour qu'il tire les conséquences de la souveraineté reconnue par les Nations unies. Mais ce vote ne règle ni le partage des compétences avec Paris ni les divergences sur une éventuelle exploitation des grands fonds.
Oscar Temaru, lui, n'a rejoint l'hémicycle qu'en fin de séance, après le vote. Le président du Tavini a livré un long plaidoyer pour l'indépendance, appelant notamment à signer sa pétition en faveur de la souveraineté. Une unanimité obtenue en son absence, chacun ayant finalement trouvé dans cette résolution de quoi défendre sa propre vision de la souveraineté.
































