Tahiti, le 23 juin 2026 – Le pétrole baisse, mais les prix à la pompe augmentent. Un paradoxe seulement apparent, comme l’explique le ministre des Finances Warren Dexter, qui rappelle que les carburants consommés aujourd'hui en Polynésie ont été achetés lorsque le baril dépassait les 100 dollars. Les 3,5 milliards de francs injectés en mars dans le Fonds de régulation des prix des hydrocarbures (FRPH) étant épuisés depuis la mi-juin, le Pays a commencé à puiser dans les réserves du dispositif, rendant inévitable la hausse de 15 francs par litre décidée lundi.
Le gouvernement assume une décision impopulaire mais qu'il estime nécessaire. Après avoir abondé en urgence le FRPH à hauteur de 3,5 milliards de francs lors du collectif budgétaire de mars dernier, l'exécutif a finalement décidé lundi, lors d'un conseil des ministres extraordinaire, d'augmenter de 15 francs par litre les prix des carburants à la pompe.
Une hausse qui était inscrite dans le scénario envisagé depuis le début de la crise pétrolière provoquée par les tensions au Moyen-Orient, comme l’a rappelé Moetai Brotherson mardi matin en conférence de presse : "Ce n'est pas une surprise (…) On ne fait pas ça par sadisme, mais c’est une réalité économique", L'une des principales critiques adressées au gouvernement depuis lundi concerne le calendrier de cette hausse. Pourquoi augmenter les prix alors que le baril de pétrole est redescendu sous la barre des 80 dollars ?
Comme l’explique Warren Dexter, la réponse tient au décalage naturel entre l'évolution des cours mondiaux et leur répercussion en Polynésie. "C'est vrai que le prix du carburant est redescendu à l'international, mais il reste quand même très au-dessus de l'avant-crise. Donc ça veut dire qu’on a un FRPH qui perd de l’argent", explique le ministre. Les carburants consommés aujourd'hui ont en effet été achetés plusieurs semaines plus tôt, lorsque le baril dépassait les 100 dollars et avait même approché les 120 dollars au plus fort de la crise. "C'est pour ça que ça se répercute assez durement sur le fonds aujourd'hui", poursuit-il. Autrement dit, même si les marchés pétroliers se détendent désormais, le FRPH continue aujourd'hui à absorber le coût de carburants acquis plusieurs semaines auparavant à des niveaux beaucoup plus élevés.
Les 3,5 milliards déjà consommés
Le mécanisme du FRPH permet justement de limiter les variations brutales à la pompe en absorbant une partie des hausses lorsque les cours flambent. Mais le système a ses limites. Selon le ministre des Finances, les 3,5 milliards injectés en mars ont été entièrement consommés à la mi-juin. Le Pays a même commencé à puiser dans les réserves du fonds, qui sont passées de 3 milliards à 2,8 milliards de francs. "On a commencé à taper sur les réserves. C'est pour ça qu'on devait réagir", explique Warren Dexter.
"On a bénéficié d'un état de grâce pendant quatre mois", observe-t-il, estimant que la hausse décidée cette semaine reste « assez raisonnable ». Pour le président du Pays, cette situation illustre désormais les limites du dispositif. "Le FRPH, c'est un amortisseur. Un amortisseur, quand il est dans ses limites de tension, il joue son rôle. Quand on dépasse ces limites, il ne peut plus amortir de la même manière", a expliqué Moetai Brotherson.
Sans cette hausse, deux options restaient possibles : continuer à alimenter le fonds avec de l'argent public ou laisser ses réserves continuer à se dégrader. "L'argent qu'on met dans le fonds, on n'en a plus pour d'autres actions", souligne le ministre, estimant que le Pays avait déjà consenti "un bel effort" avec l'abondement exceptionnel de mars dernier.
Un équilibre à retrouver d'ici la fin de l'année
Le gouvernement mise ainsi sur deux leviers pour stabiliser la situation : l'augmentation de 15 francs décidée ce lundi, et la suspension temporaire de cinq taxes prélevées sur les carburants (TCH, TPH, TSE, TSOL et TSSC), prévue dans le projet de loi fiscale examiné vendredi dernier en commission à l'assemblée.
Un manque à gagner estimé à 3,8 milliards de francs pour les finances du Pays, que le gouvernement assume afin de soulager le FRPH et de limiter l'impact de la crise pétrolière sur les consommateurs. Le dispositif revient ainsi finalement à remplacer un soutien par un autre. Plutôt que d'abonder à nouveau le FRPH, l'exécutif propose de renoncer temporairement à 3,8 milliards de recettes fiscales afin de donner de l'air au fonds et de limiter la hausse des prix à la pompe.
Reste néanmoins à convaincre l'assemblée. Si Warren Dexter assure ne pas voir "comment ils pourraient voter contre une suspension de taxes", l’adoption de cette loi fiscale est encore loin d’être acquise, plusieurs textes du gouvernement ayant été récemment retirés ou retoqués par Tarahoi.
Une accalmie encore fragile
L'objectif est de permettre au FRPH de retrouver progressivement un niveau de réserve suffisant. "Si les barils restent en dessous de 80 dollars, normalement on va avoir un FRPH qui va s'équilibrer d'ici la fin de l'année", avance Warren Dexter. Cet équilibre reste toutefois suspendu à l'évolution d'une situation géopolitique encore très incertaine.
Interrogé sur les perspectives des marchés pétroliers, Moetai Brotherson s'est montré prudent. "Il y a eu un protocole entre les États-Unis et l'Iran. Ce protocole, c'est le départ de discussions. Elles n'ont pas encore été complètement achevées. Ça reste fragile", a-t-il souligné. Le président du Pays rappelle également que la situation autour du détroit d'Ormuz demeure instable, rendant toute prévision particulièrement hasardeuse. "Aujourd'hui, je mets au défi quiconque de pouvoir prédire avec exactitude l'évolution" des cours du pétrole, a-t-il ajouté.
En revanche, si les cours repartent à la hausse ou si le projet fiscal n'est pas adopté par Tarahoi, le gouvernement n'exclut pas de devoir choisir à nouveau entre une augmentation des prix à la pompe et un nouvel abondement du fonds.
Le débat sur l'avenir du FRPH relancé
Cette nouvelle crise ravive également un débat ancien. Pendant la campagne territoriale de 2023, aussi bien le Tavini que A Here Ia Porinetia s'étaient prononcés en faveur d'une suppression progressive du FRPH. Trois ans plus tard, le discours s'est nuancé. "Quand on est aux affaires du pays et qu'on voit la réalité économique, c'est difficile de le supprimer du jour au lendemain", reconnaît aujourd'hui Moetai Brotherson.
Pour Warren Dexter, la disparition du fonds ne pourra être envisagée qu'à condition d'offrir des alternatives crédibles aux ménages les plus dépendants de la voiture. "Si on le supprime, ça veut dire que les prix à la pompe vont augmenter. Il faut pouvoir proposer des alternatives à nos populations, spécialement celles qui ont un faible pouvoir d'achat, c'est-à-dire avoir des transports en commun performants. Tant qu'on n'aura pas ça, c'est compliqué", a-t-il dit, précisant que les pêcheurs et les boulangers continuaient à être soutenus.
En attendant, l'exécutif espère que l'accalmie observée sur les marchés pétroliers se confirmera. Mardi matin, le baril évoluait autour de 74 dollars. Suffisant, selon le ministre, pour espérer éviter de nouvelles hausses et, à terme, envisager une baisse des prix à la pompe si la tendance se poursuit.
Le gouvernement assume une décision impopulaire mais qu'il estime nécessaire. Après avoir abondé en urgence le FRPH à hauteur de 3,5 milliards de francs lors du collectif budgétaire de mars dernier, l'exécutif a finalement décidé lundi, lors d'un conseil des ministres extraordinaire, d'augmenter de 15 francs par litre les prix des carburants à la pompe.
Une hausse qui était inscrite dans le scénario envisagé depuis le début de la crise pétrolière provoquée par les tensions au Moyen-Orient, comme l’a rappelé Moetai Brotherson mardi matin en conférence de presse : "Ce n'est pas une surprise (…) On ne fait pas ça par sadisme, mais c’est une réalité économique", L'une des principales critiques adressées au gouvernement depuis lundi concerne le calendrier de cette hausse. Pourquoi augmenter les prix alors que le baril de pétrole est redescendu sous la barre des 80 dollars ?
Comme l’explique Warren Dexter, la réponse tient au décalage naturel entre l'évolution des cours mondiaux et leur répercussion en Polynésie. "C'est vrai que le prix du carburant est redescendu à l'international, mais il reste quand même très au-dessus de l'avant-crise. Donc ça veut dire qu’on a un FRPH qui perd de l’argent", explique le ministre. Les carburants consommés aujourd'hui ont en effet été achetés plusieurs semaines plus tôt, lorsque le baril dépassait les 100 dollars et avait même approché les 120 dollars au plus fort de la crise. "C'est pour ça que ça se répercute assez durement sur le fonds aujourd'hui", poursuit-il. Autrement dit, même si les marchés pétroliers se détendent désormais, le FRPH continue aujourd'hui à absorber le coût de carburants acquis plusieurs semaines auparavant à des niveaux beaucoup plus élevés.
Les 3,5 milliards déjà consommés
Le mécanisme du FRPH permet justement de limiter les variations brutales à la pompe en absorbant une partie des hausses lorsque les cours flambent. Mais le système a ses limites. Selon le ministre des Finances, les 3,5 milliards injectés en mars ont été entièrement consommés à la mi-juin. Le Pays a même commencé à puiser dans les réserves du fonds, qui sont passées de 3 milliards à 2,8 milliards de francs. "On a commencé à taper sur les réserves. C'est pour ça qu'on devait réagir", explique Warren Dexter.
"On a bénéficié d'un état de grâce pendant quatre mois", observe-t-il, estimant que la hausse décidée cette semaine reste « assez raisonnable ». Pour le président du Pays, cette situation illustre désormais les limites du dispositif. "Le FRPH, c'est un amortisseur. Un amortisseur, quand il est dans ses limites de tension, il joue son rôle. Quand on dépasse ces limites, il ne peut plus amortir de la même manière", a expliqué Moetai Brotherson.
Sans cette hausse, deux options restaient possibles : continuer à alimenter le fonds avec de l'argent public ou laisser ses réserves continuer à se dégrader. "L'argent qu'on met dans le fonds, on n'en a plus pour d'autres actions", souligne le ministre, estimant que le Pays avait déjà consenti "un bel effort" avec l'abondement exceptionnel de mars dernier.
Un équilibre à retrouver d'ici la fin de l'année
Le gouvernement mise ainsi sur deux leviers pour stabiliser la situation : l'augmentation de 15 francs décidée ce lundi, et la suspension temporaire de cinq taxes prélevées sur les carburants (TCH, TPH, TSE, TSOL et TSSC), prévue dans le projet de loi fiscale examiné vendredi dernier en commission à l'assemblée.
Un manque à gagner estimé à 3,8 milliards de francs pour les finances du Pays, que le gouvernement assume afin de soulager le FRPH et de limiter l'impact de la crise pétrolière sur les consommateurs. Le dispositif revient ainsi finalement à remplacer un soutien par un autre. Plutôt que d'abonder à nouveau le FRPH, l'exécutif propose de renoncer temporairement à 3,8 milliards de recettes fiscales afin de donner de l'air au fonds et de limiter la hausse des prix à la pompe.
Reste néanmoins à convaincre l'assemblée. Si Warren Dexter assure ne pas voir "comment ils pourraient voter contre une suspension de taxes", l’adoption de cette loi fiscale est encore loin d’être acquise, plusieurs textes du gouvernement ayant été récemment retirés ou retoqués par Tarahoi.
Une accalmie encore fragile
L'objectif est de permettre au FRPH de retrouver progressivement un niveau de réserve suffisant. "Si les barils restent en dessous de 80 dollars, normalement on va avoir un FRPH qui va s'équilibrer d'ici la fin de l'année", avance Warren Dexter. Cet équilibre reste toutefois suspendu à l'évolution d'une situation géopolitique encore très incertaine.
Interrogé sur les perspectives des marchés pétroliers, Moetai Brotherson s'est montré prudent. "Il y a eu un protocole entre les États-Unis et l'Iran. Ce protocole, c'est le départ de discussions. Elles n'ont pas encore été complètement achevées. Ça reste fragile", a-t-il souligné. Le président du Pays rappelle également que la situation autour du détroit d'Ormuz demeure instable, rendant toute prévision particulièrement hasardeuse. "Aujourd'hui, je mets au défi quiconque de pouvoir prédire avec exactitude l'évolution" des cours du pétrole, a-t-il ajouté.
En revanche, si les cours repartent à la hausse ou si le projet fiscal n'est pas adopté par Tarahoi, le gouvernement n'exclut pas de devoir choisir à nouveau entre une augmentation des prix à la pompe et un nouvel abondement du fonds.
Le débat sur l'avenir du FRPH relancé
Cette nouvelle crise ravive également un débat ancien. Pendant la campagne territoriale de 2023, aussi bien le Tavini que A Here Ia Porinetia s'étaient prononcés en faveur d'une suppression progressive du FRPH. Trois ans plus tard, le discours s'est nuancé. "Quand on est aux affaires du pays et qu'on voit la réalité économique, c'est difficile de le supprimer du jour au lendemain", reconnaît aujourd'hui Moetai Brotherson.
Pour Warren Dexter, la disparition du fonds ne pourra être envisagée qu'à condition d'offrir des alternatives crédibles aux ménages les plus dépendants de la voiture. "Si on le supprime, ça veut dire que les prix à la pompe vont augmenter. Il faut pouvoir proposer des alternatives à nos populations, spécialement celles qui ont un faible pouvoir d'achat, c'est-à-dire avoir des transports en commun performants. Tant qu'on n'aura pas ça, c'est compliqué", a-t-il dit, précisant que les pêcheurs et les boulangers continuaient à être soutenus.
En attendant, l'exécutif espère que l'accalmie observée sur les marchés pétroliers se confirmera. Mardi matin, le baril évoluait autour de 74 dollars. Suffisant, selon le ministre, pour espérer éviter de nouvelles hausses et, à terme, envisager une baisse des prix à la pompe si la tendance se poursuit.































