Tahiti Infos

Fa’atura te tahatai, replanter pour protéger le littoral


La pépinière de l’établissement distribue des plants indigènes jusqu’à vendredi midi à l’usage des habitants du littoral (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
La pépinière de l’établissement distribue des plants indigènes jusqu’à vendredi midi à l’usage des habitants du littoral (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 30 septembre 2026 – Un jeu éducatif, deux guides pratiques, un clip de sensibilisation et 300 plants mis à la disposition des habitants du littoral, voici quelques-uns des projets réalisés dans le cadre du programme Fa’atura te tahatai. Au terme de trois années de mobilisation collective, un bilan a été présenté ce mercredi au lycée agricole de Taravao en présence des nombreux partenaires associatifs et institutionnels. Au total, sept sites-pilotes à Tahiti, Moorea et Tetiaroa ont permis d’expérimenter des actions de revégétalisation en misant sur des solutions inspirées par la nature.
 

Comprendre pour mieux agir, c’est l’objectif du programme de recherche-conservation “Fa’atura te tahatai, restauration et valorisation des écosystèmes littoraux des îles de la Société”, qui sont les plus impactées par l’urbanisation. Ce vaste projet est porté par le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), en partenariat avec Te Mana o te moana, Tahitian Historical Society, la Fédération des associations de protection de l’environnement (Fape) et la Délégation à la recherche de la Polynésie française, avec le soutien financier de l’État au titre du Fonds vert et de la Fondation de France. “Respecter notre littoral, c’est respecter notre terre, notre océan et les générations qui nous succéderons. (...) Cet espace est fragile : l’érosion du trait de côte nous rappelle chaque jour que nos territoires insulaires sont particulièrement exposés”, a souligné le haut-commissaire, Alexandre Rochatte, en préambule d’une matinée de clôture et de restitution, ce mercredi.
 


“Le but, c’est la réplicabilité”


Le bilan des actions menées pendant trois ans a été présenté au lycée agricole John Doom de Taravao, partie prenante du projet. Pression humaine, exposition à la houle et aux changements climatiques, espèces végétales introduites, faune spécifique, sept sites-pilotes aux problématiques variées ont permis d’expérimenter des actions concrètes. Sur l’atoll de Tetiaroa, quatre sites répartis sur deux motu ont nécessité le remplacement de ‘aito et cocotiers par des espèces indigènes ayant un système racinaire plus performant pour retenir le sable, l’objectif étant de faciliter l’accès des tortues aux lieux de ponte. À Moorea, un balisage et une revégétalisation ont été menés du côté de Temae pour lutter contre les conséquences du piétinement, tandis qu’une seconde zone marécageuse située à Opunohu était investie pour des actions de sensibilisation auprès des écoles. De même, à Paea, sur un terrain de l’Institut Louis Malardé (ILM), un site de démonstration a permis de sensibiliser le jeune public. Au total, 180 visites scolaires ont été organisées. Sur le plan de la restauration écologique, 8.800 m2 de littoral ont été restaurés grâce à l’introduction de 2.000 plantes issues d’une vingtaine d’espèces indigènes. Un suivi des sites restaurés et de la reconquête de la biodiversité est prévu sur cinq à dix ans.
 
Pour Elena Gorchakova, chargée de mission Biodiversité Pacifique au comité français de l’UICN, le bilan est encourageant et s’annonce durable. “Il y a le bilan écologique et humain. C’est très important pour nous au niveau de la mise en place des protocoles scientifiques, des suivis botaniques et des résultats positifs en termes de restauration écologique, mais aussi d’une immensité de partenariats créés tout au long du projet. Il y a eu un engouement, et on voit qu’il y a une vraie attente de la part de la population et des communes qui s’emparent de ce sujet. Le but de ce projet, justement, c’est la réplicabilité. On a réussi en intégrant des sites complémentaires et en travaillant déjà sur de nouveaux projets, notamment avec l’Aviation civile qui est très motivée pour le déploiement de nos protocoles sur le motu de l’aéroport de Faa’a”, explique l’ingénieure. Plusieurs communes, dont Taiarapu-Est, Taiarapu-Ouest et Moorea, ont également fait part de leur intérêt.
 


​Des élèves investis


Ce programme a également servi de support pédagogique aux élèves du lycée John Doom, impliqués à différentes étapes sur le terrain. “Le calendrier a fait qu’on a commencé ce projet avec l’ouverture de la filière GMNF [Gestion des milieux naturels et de la faune, NDLR] et qu’on le termine avec la première promotion qui va passer son bac pro. Ils vont pouvoir continuer en BTS au lycée de Opunohu ou commencer à travailler dans des associations, les communes, les institutions, ou se lancer en tant que techniciens. Il y a beaucoup à faire dans ce domaine : on a tous en tête un site à proximité de chez nous qui se dégrade, à Tahiti comme dans les îles. En sachant que le tourisme vert fait aussi partie de leur formation”, souligne Jean-Pierre Sartore, directeur de l’établissement à la Presqu’île.
 
L’ambition serait de reconduire le programme pour l’étendre à d’autres sites et toucher davantage de personnes grâce à des solutions fondées sur la nature. Basées sur les résultats de Fa’atura te tahatai, plusieurs actions concrètes sont déjà accessibles (lire encadré ci-dessous), à découvrir plus en détail à l’occasion de la Fête de la science à Tahiti, Bora Bora et Raiatea.
 

Passer à l’action

Pour diffuser les résultats du programme, plusieurs outils ont été créés afin de permettre à chacun de s’informer, voire d’agir à son échelle :
  • Don de 300 plants : jusqu’à vendredi midi, le lycée agricole de Taravao ouvre les portes de sa pépinière dans le cadre d’une distribution de plantes (miro, hotu, naupata, fara, etc.) aux habitants du littoral souhaitant contribuer à ce projet de revégétalisation.
  • Un guide grand public : pour mieux connaître le littoral, les erreurs à éviter, les espèces à privilégier pour replanter et la méthodologie.
  • Un guide technique : plus complet avec les protocoles détaillés, il est destiné aux associations et aux professionnels (bientôt disponible).
  • PK 1000 : un jeu inspiré du Mille bornes dans lequel il faut restaurer une plage en se familiarisant avec les espèces végétales indigènes pour contrer différentes menaces.
  • Un clip artistique : portée par l’école de danse Aumaire de Taravao dans le cadre du projet ultramarin Racines en mouvement, cette réalisation partage des messages de sensibilisation entre terre et mer par la voix d’adolescentes, qui ont notamment choisi de rendre hommage au motu Nono de Afaahiti, dévasté par la dépression NAT en février 2024.

Fa'atura te tahatai, en quelques images...

À Tetiaroa, il s’agit de restaurer l’accès des tortues aux lieux de ponte (Crédit : Te Mana o te moana).

À Moorea, des actions ont été menées à Temae contre le piétinement (Crédit : Fa’atura te tahatai).

À Tahiti, les efforts se sont concentrés à Paea (Crédit : Jean-Yves Meyer).

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Mercredi 30 Septembre 2026 à 18:11 | Lu 238 fois