Tahiti, le 17 septembre 2026 – Après avoir occupé presque tous les échelons de la vie politique polynésienne, Édouard Fritch vise désormais le Sénat pour porter la voix du Pays à Paris et “libérer de l’espace politique” en vue de 2028. Sans quitter la tête du Tapura, il confirme voir en Tepuaraurii Teriitahi l’une des figures de la relève. Sur l’avenir institutionnel, il estime que le statut d’autonomie n’a pas encore épuisé tous ses outils, et n’exclut pas d’aller vers “plus de souveraineté”. Et face aux tentations de panachage, son message aux grands électeurs est clair : ne dissociez pas le binôme Fritch-Tetuanui.
Maire, représentant, député, ministre, puis président du Pays… et tout juste réélu à Pirae : il ne manquait finalement que le Sénat à votre parcours politique. Pourquoi vouloir y siéger aujourd’hui ?
“La question que je me pose aujourd’hui, c’est : Comment puis-je être utile à mon pays ? Est-ce en restant maire de Pirae, à l’assemblée de la Polynésie française, ou en choisissant une autre mission qui me permettrait de parler plus facilement haut et fort de la Polynésie, notamment à Paris ? Cela me permettrait aussi de libérer un peu d’espace pour me rendre davantage disponible pour mon parti et préparer l’alternance de 2028, parce que je suis convaincu qu’il y aura une alternance. Ma candidature a fait consensus au sein du parti alors que nous étions sept au départ. Et contrairement à l’image que l’on peut donner de moi, je ne suis pas un cumulard. Je veux aujourd’hui concentrer mes responsabilités sur une ou deux missions. À Pirae, par exemple, si je suis élu, je mettrai en place mon premier adjoint, Yvonnick Raffin. Il faut que nous, les anciens, laissions aux nouvelles têtes la possibilité d’accéder aux fonctions les plus hautes.”
Après près de neuf ans à la tête du Pays, vous connaissez les négociations avec l’État depuis l’autre côté de la table. Comment comptez-vous mettre cette expérience à profit au Sénat ?
“J’ai cru comprendre qu’au Sénat, ils ont hâte de me voir ! Je pratique l’autonomie depuis sa naissance. J’étais auprès de Gaston Flosse en 1982 et 1983, lorsque le statut est arrivé, et depuis je suis resté dans le bain de l’autonomie. Je fais partie de ceux qui pensent que nous n’avons pas complètement épuisé les outils mis à notre disposition par ce statut. Je pense notamment au Pacifique, où nous avons besoin d’avoir les mains un peu plus libres. Il nous faut peut-être un dernier train d’évolution statutaire avant d’évoluer vers autre chose. Et cette autre chose, c’est le principe de la souveraineté qu’il faudra peut-être examiner. Je ne dis pas que ce pays continuera uniquement avec et pour l’autonomie. Il faudra regarder son évolution statutaire vers plus de souveraineté, mais une souveraineté réfléchie. Je ne ferme pas la porte.”
Le Tapura dispose du socle de grands électeurs le plus important, mais le panachage permet de dissocier votre candidature de celle de Lana Tetuanui. Craignez-vous que certains grands électeurs votent Lana… sans voter Fritch ?
“Non, je ne crains pas cela. Si j’ai un conseil à donner aux grands électeurs qui ont pour projet de panacher, je leur dis : Non, ne faites pas ça. Le duo Fritch-Tetuanui se donne pour mission de donner une unité à la représentation parlementaire à Paris. Je m’engage d’ailleurs à réunir les cinq parlementaires polynésiens. Nous sommes trop peu et le fait que nous ne portions pas aujourd’hui un même discours facilite le travail d’arbitrage de l’État. Il nous faut un discours homogène, cohérent. Je m’efforcerai de faire en sorte que la Polynésie soit unie à Paris pour avoir plus de poids.”
En 2020, Lana Tetuanui et Teva Rohfritsch avaient été élus dès le premier tour avec exactement le même score, 494 voix chacun. Pensez-vous pouvoir retrouver cette même discipline de parti autour de votre binôme et vous éviter un second tour ?
“Je ne sais pas. Je ne peux pas le prévoir. Cela dépend de la volonté individuelle des hommes et des femmes. Mais j’ai envie de leur dire que l’intérêt du pays, c’est que nous ayons le même nombre de voix pour montrer l’exemple. Rien ne nous interdit de partir chacun de notre côté. Mais ce principe d’unité doit aussi montrer notre volonté, au sein du Tapura Huiraatira, d’aboutir à quelque chose de plus cohérent chez les autonomistes. On le voit déjà avec les sénatoriales : pour deux sièges, il est difficile de se mettre d’accord. Mais je pense qu’il faut, malgré tout, tenter de rassembler la famille autonomiste face aux indépendantistes.”
Vous dites vouloir “laisser la place” avec votre candidature et votre potentiel départ au Sénat. Vous avez notamment cité Tepuaraurii Teriitahi comme une candidate sérieuse pour reprendre le parti en 2028. Est-ce elle que vous préparez aujourd’hui pour prendre la relève à la tête du Tapura, ou le jeu reste-t-il encore ouvert ?
“Je resterai à la tête du Tapura. Mais pas en tête de liste, puisque je ne pourrai plus cumuler. Je me donne comme mission d’accompagner ceux qui veulent se projeter en politique. Tepuaraurii fait partie de celles que j’estime capables de le faire. Elle a montré des signes favorables, au parti mais aussi à l’extérieur, et je pense qu’elle est sur le bon rail. Je veux aussi préparer deux ou trois personnes qui pourraient s’agglomérer autour d’une Tepuaraurii, par exemple, pour l’accompagner et la porter. Ce que je peux faire à court terme, c’est partager mon expérience. Derrière, il faudra qu’ils s’émancipent. Les affaires du Pays sont une affaire d’équipe, pas l’affaire d’un homme.”
Vous avez été maire et président du Pays. Avec ces deux casquettes, ne vous êtes-vous jamais retrouvé face à des intérêts contradictoires ?
“Non, au contraire. C’est lorsque j’ai été président du Pays que je me suis rendu compte de l’importance des communes. La Polynésie française ne fonctionnera jamais si elles ne sont pas en phase avec le gouvernement et les institutions du Pays. Prenez Nukutavake : comment voulez-vous qu’un ministre sache qu’une personne handicapée y subit des violences si le maire ne le signale pas ? Il n’y a pas de représentation des institutions du Pays, pas de représentation de l’État, pas de gendarme. Il y a le maire. C’est aussi pour cela que, face à l’arrivée annoncée d’El Niño, je souhaitais un amendement d’un milliard de francs pour accompagner les communes. Je crois que lorsque les communes iront bien, le Pays ira bien.”
Si vous êtes élu sénateur, quel engagement prenez-vous aujourd’hui sur lequel on pourra vous demander des comptes dans six ans ?
“Donner aux maires les moyens institutionnels et législatifs de travailler. Aujourd’hui, ils sont soumis à des contraintes qui les empêchent d’avancer. Moi, je veux créer ma ville nouvelle à Pirae : qu’on me lâche les baskets ! Les maires qui veulent développer le tourisme chez eux doivent pouvoir le faire. Nous avons tous le même souci : créer de l’activité, créer de l’emploi et retenir nos jeunes. Qu’on nous lâche les baskets ! Je ne dis pas qu’il faut laisser aux maires le droit de faire n’importe quoi. Mais lorsqu’un maire veut faire du social, développer l’économie ou son île, qu’on lui donne les moyens de le faire. Lorsqu’il a les moyens intellectuels et financiers de mener un projet, qu’on le laisse travailler. C’est mon objectif numéro un.”
Maire, représentant, député, ministre, puis président du Pays… et tout juste réélu à Pirae : il ne manquait finalement que le Sénat à votre parcours politique. Pourquoi vouloir y siéger aujourd’hui ?
“La question que je me pose aujourd’hui, c’est : Comment puis-je être utile à mon pays ? Est-ce en restant maire de Pirae, à l’assemblée de la Polynésie française, ou en choisissant une autre mission qui me permettrait de parler plus facilement haut et fort de la Polynésie, notamment à Paris ? Cela me permettrait aussi de libérer un peu d’espace pour me rendre davantage disponible pour mon parti et préparer l’alternance de 2028, parce que je suis convaincu qu’il y aura une alternance. Ma candidature a fait consensus au sein du parti alors que nous étions sept au départ. Et contrairement à l’image que l’on peut donner de moi, je ne suis pas un cumulard. Je veux aujourd’hui concentrer mes responsabilités sur une ou deux missions. À Pirae, par exemple, si je suis élu, je mettrai en place mon premier adjoint, Yvonnick Raffin. Il faut que nous, les anciens, laissions aux nouvelles têtes la possibilité d’accéder aux fonctions les plus hautes.”
Après près de neuf ans à la tête du Pays, vous connaissez les négociations avec l’État depuis l’autre côté de la table. Comment comptez-vous mettre cette expérience à profit au Sénat ?
“J’ai cru comprendre qu’au Sénat, ils ont hâte de me voir ! Je pratique l’autonomie depuis sa naissance. J’étais auprès de Gaston Flosse en 1982 et 1983, lorsque le statut est arrivé, et depuis je suis resté dans le bain de l’autonomie. Je fais partie de ceux qui pensent que nous n’avons pas complètement épuisé les outils mis à notre disposition par ce statut. Je pense notamment au Pacifique, où nous avons besoin d’avoir les mains un peu plus libres. Il nous faut peut-être un dernier train d’évolution statutaire avant d’évoluer vers autre chose. Et cette autre chose, c’est le principe de la souveraineté qu’il faudra peut-être examiner. Je ne dis pas que ce pays continuera uniquement avec et pour l’autonomie. Il faudra regarder son évolution statutaire vers plus de souveraineté, mais une souveraineté réfléchie. Je ne ferme pas la porte.”
Le Tapura dispose du socle de grands électeurs le plus important, mais le panachage permet de dissocier votre candidature de celle de Lana Tetuanui. Craignez-vous que certains grands électeurs votent Lana… sans voter Fritch ?
“Non, je ne crains pas cela. Si j’ai un conseil à donner aux grands électeurs qui ont pour projet de panacher, je leur dis : Non, ne faites pas ça. Le duo Fritch-Tetuanui se donne pour mission de donner une unité à la représentation parlementaire à Paris. Je m’engage d’ailleurs à réunir les cinq parlementaires polynésiens. Nous sommes trop peu et le fait que nous ne portions pas aujourd’hui un même discours facilite le travail d’arbitrage de l’État. Il nous faut un discours homogène, cohérent. Je m’efforcerai de faire en sorte que la Polynésie soit unie à Paris pour avoir plus de poids.”
En 2020, Lana Tetuanui et Teva Rohfritsch avaient été élus dès le premier tour avec exactement le même score, 494 voix chacun. Pensez-vous pouvoir retrouver cette même discipline de parti autour de votre binôme et vous éviter un second tour ?
“Je ne sais pas. Je ne peux pas le prévoir. Cela dépend de la volonté individuelle des hommes et des femmes. Mais j’ai envie de leur dire que l’intérêt du pays, c’est que nous ayons le même nombre de voix pour montrer l’exemple. Rien ne nous interdit de partir chacun de notre côté. Mais ce principe d’unité doit aussi montrer notre volonté, au sein du Tapura Huiraatira, d’aboutir à quelque chose de plus cohérent chez les autonomistes. On le voit déjà avec les sénatoriales : pour deux sièges, il est difficile de se mettre d’accord. Mais je pense qu’il faut, malgré tout, tenter de rassembler la famille autonomiste face aux indépendantistes.”
Vous dites vouloir “laisser la place” avec votre candidature et votre potentiel départ au Sénat. Vous avez notamment cité Tepuaraurii Teriitahi comme une candidate sérieuse pour reprendre le parti en 2028. Est-ce elle que vous préparez aujourd’hui pour prendre la relève à la tête du Tapura, ou le jeu reste-t-il encore ouvert ?
“Je resterai à la tête du Tapura. Mais pas en tête de liste, puisque je ne pourrai plus cumuler. Je me donne comme mission d’accompagner ceux qui veulent se projeter en politique. Tepuaraurii fait partie de celles que j’estime capables de le faire. Elle a montré des signes favorables, au parti mais aussi à l’extérieur, et je pense qu’elle est sur le bon rail. Je veux aussi préparer deux ou trois personnes qui pourraient s’agglomérer autour d’une Tepuaraurii, par exemple, pour l’accompagner et la porter. Ce que je peux faire à court terme, c’est partager mon expérience. Derrière, il faudra qu’ils s’émancipent. Les affaires du Pays sont une affaire d’équipe, pas l’affaire d’un homme.”
Vous avez été maire et président du Pays. Avec ces deux casquettes, ne vous êtes-vous jamais retrouvé face à des intérêts contradictoires ?
“Non, au contraire. C’est lorsque j’ai été président du Pays que je me suis rendu compte de l’importance des communes. La Polynésie française ne fonctionnera jamais si elles ne sont pas en phase avec le gouvernement et les institutions du Pays. Prenez Nukutavake : comment voulez-vous qu’un ministre sache qu’une personne handicapée y subit des violences si le maire ne le signale pas ? Il n’y a pas de représentation des institutions du Pays, pas de représentation de l’État, pas de gendarme. Il y a le maire. C’est aussi pour cela que, face à l’arrivée annoncée d’El Niño, je souhaitais un amendement d’un milliard de francs pour accompagner les communes. Je crois que lorsque les communes iront bien, le Pays ira bien.”
Si vous êtes élu sénateur, quel engagement prenez-vous aujourd’hui sur lequel on pourra vous demander des comptes dans six ans ?
“Donner aux maires les moyens institutionnels et législatifs de travailler. Aujourd’hui, ils sont soumis à des contraintes qui les empêchent d’avancer. Moi, je veux créer ma ville nouvelle à Pirae : qu’on me lâche les baskets ! Les maires qui veulent développer le tourisme chez eux doivent pouvoir le faire. Nous avons tous le même souci : créer de l’activité, créer de l’emploi et retenir nos jeunes. Qu’on nous lâche les baskets ! Je ne dis pas qu’il faut laisser aux maires le droit de faire n’importe quoi. Mais lorsqu’un maire veut faire du social, développer l’économie ou son île, qu’on lui donne les moyens de le faire. Lorsqu’il a les moyens intellectuels et financiers de mener un projet, qu’on le laisse travailler. C’est mon objectif numéro un.”


































