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Cyclone : un exercice grandeur nature avant El Niño “C’est dès à présent qu’il faut anticiper”


Tahiti, le 8 octobre 2026 - Le haut-commissariat a été le siège, jeudi, d’un exercice de crise pour tester la réponse de sécurité civile face au risque cyclonique. Objectif : tester la coordination de l’État, du Pays et des opérateurs, alors que le phénomène El Niño fait craindre une saison cyclonique à risque.
 
À quelques semaines du début de la saison chaude en Polynésie, les autorités appellent la population à se préparer “dès maintenant”. Élaguer les arbres qui surplombent les habitations, vérifier les toitures et les ouvertures, constituer un kit d’urgence et prévoir des réserves d’eau et de nourriture : les gestes sont connus, mais leur mise en pratique reste essentielle. “C’est dès à présent qu’il faut anticiper”, martèle-t-on du côté du haut-commissariat.
 
C’est précisément l’objet de l’exercice de crise organisé sous la direction du haut-commissariat jeudi pour tester la réponse des secours en cas de phénomène météorologique intense. Cette année, l’exercice se déroule dans un contexte particulier, avec l’installation dans les eaux du Pacifique d’un épisode El Niño record. Le message adressé à la population est simple : anticiper pour mieux se protéger. Météo-France prévoit, le 27 octobre, un point détaillé des risques du risque cyclonique pour la saison chaude 2026/2027.
 
Jeudi, pour la simulation organisée au haut-commissariat, le scénario envisageait une dépression tropicale se déplaçant vers l’ouest avant de plonger vers le sud, en direction des Tuamotu nord-ouest. La trajectoire étant incertaine, la zone de risques était étendue jusqu’aux îles Sous-le-Vent. Les services ont donc choisi de se concentrer sur les 72 heures précédant un éventuel impact. Une période déterminante pour organiser les secours et protéger les populations. Le scénario a été conçu pour complexifier l’exercice, sans être directement lié à El Niño.
 
Dans ce contexte, l’une des priorités consiste à organiser le rapatriement des personnes présentes sur les îles menacées. À Rangiroa, par exemple, où les touristes et les élèves de l’enseignement secondaire présentent un effectif dépassant les capacités d’accueil de l’atoll, tout le monde ne pouvait être mis à l’abri. Un retour vers Tahiti a donc dû être anticipé, afin de limiter les difficultés logistiques et rapprocher les personnes des moyens de secours.


Sécuriser les stocks de médicaments, garantir l’approvisionnement en eau...
 
Autre enjeu : mettre à l’abri les moyens aériens et maritimes, civils comme militaires, pour préserver leur capacité d’intervention après le passage du phénomène. Les avions doivent être déplacés vers des zones moins exposées et les navires gagner le large plutôt que de rester au port. Dans le scénario retenu, les Australes étant épargnées ont pu servir de zone d’abri pour accueillir les aéronefs.
 
Les secours ont également dû anticiper les conséquences d’un cyclone sur le fonctionnement des réseaux d’eau, d’électricité et de télécommunications.
 
En cas de phénomène météo intense, au Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF) la préparation est tout aussi essentielle : il faut sécuriser les stocks de médicaments, garantir l’approvisionnement en eau et en électricité et organiser la prise en charge des patients et du personnel si les déplacements deviennent impossibles. L’établissement doit notamment pouvoir fonctionner en autonomie pendant 24 à 48 heures.
 
Le Samu s’est également organisé pour prépositionner des équipes et du matériel médical dans d’autres archipels, à bord d’avions mis à l’abri, pour faciliter les interventions après le passage du cyclone.
 
L’autre évolution de cette simulation concerne la mobilisation anticipée de renforts venus de métropole. Une visioconférence avec le centre opérationnel de la sécurité civile, à Paris, s’est tenue ce jeudi matin. Les retours d’expérience des cyclones Chido à Mayotte et Irma à Saint-Martin ont montré l’intérêt de disposer de personnels sur place avant même le passage du phénomène. Des équipes spécialisées de la sécurité civile et des sapeurs-pompiers pourraient ainsi être prêtes à embarquer en trois heures, tandis qu’un avion pourrait être affrété en 24 heures de métropole ou bien de Nouvelle-Calédonie.
 
Une simulation, pas une menace cyclonique
 
Reste une difficulté concrète : accueillir et héberger une centaine de personnes supplémentaires à Tahiti juste avant le passage d’un cyclone. Les services poursuivent leur travail sur cette problématique.
 
Les communes sont, elles aussi, associées à la préparation. Plusieurs localités des îles Sous-le-Vent ont activé volontairement, jeudi, leur plan communal de sauvegarde. Cela a permis aux services de l’État d’échanger directement avec elles.
 
Cette simulation organisée jeudi pour tester la qualité de la réponse de sécurité civile en cas de cyclone s’est tenue jusqu’en milieu de l’après-midi, avant un premier retour d’expérience à chaud. Une analyse à froid doit encore tirer les enseignements de cet exercice.
 
Cette journée vient clôturer plusieurs semaines de préparation. Depuis le début du mois d’octobre, une cellule de veille réunissant l’État, le Pays et Météo-France se retrouve toutes les deux semaines pour suivre la situation. Les services sont également allés à la rencontre des maires dans les différents archipels, tandis que des supports de prévention ont été traduits, notamment en marquisien.
 
En début de semaine, un hélicoptère a d’ailleurs survolé les embouchures des vallées de Tahiti et Moorea pour repérer les arbres susceptibles d’entraver l’écoulement des cours d’eau et de favoriser les inondations. Les interventions nécessaires pourront ainsi être déclenchées avant les épisodes de fortes pluies, qui peuvent également provoquer des glissements de terrain en l’absence de cyclone.
 
Reste que le haut-commissariat a tenu à rappeler jeudi qu’une telle simulation ne présage en rien une menace cyclonique réelle, “mais il faut savoir anticiper”.


Rédigé par Violaine Broquet le Jeudi 8 Octobre 2026 à 18:28 | Lu 267 fois