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Comment le climat va-t-il évoluer en Polynésie d'ici 100 ans ?


©Pexels
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Tahiti, le 27 août 2026 - Températures, pluies, humidité, niveau de la mer ou encore température de l'océan : Météo-France Polynésie vient de rendre publiques de nouvelles données permettant de mieux mesurer les changements attendus d’ici un siècle.
 
Météo-France Polynésie a tenu ce jeudi une conférence sur l’évolution future du climat en Polynésie. Pour poser le cadre de ce travail, Jérémy Guerbette, ingénieur d'étude spécialisé dans le changement climatique chez Météo-France, a montré à quoi s'attendre d’ici les cent prochaines années et comment on doit se préparer. “Il y avait un besoin fort de communication relative aux connaissances de Météo-France”, expose Jérémy Guerbette. Une présentation à l'approche des élections ? Interrogé par nos confrères de TNTV sur le calendrier de cette présentation, à l'approche des élections sénatoriales de septembre, Jérémy Guerbette écarte l'idée.
 
Selon les données, fruit de travaux menés depuis deux ans, la Polynésie française devrait connaître un réchauffement moins marqué que la moyenne mondiale, mais celui-ci s'accentuera au fil du siècle. Le réchauffement devrait atteindre environ +1,2°C à l'horizon 2030, +1,6°C en 2050 et +2,3°C en 2100 (par rapport à la période préindustrielle 1850-1900). Ces chiffres donnent une tendance, mais les projections climatiques restent complexes à établir, a rappelé l'institution.
 
Pour le territoire, ces données doivent permettre de mieux anticiper les conséquences sur l'aménagement. Pour le secteur immobilier, il faudra par exemple davantage réfléchir à l'implantation des constructions, notamment face à l'élévation du niveau de la mer. L'urbanisation devra également mieux intégrer la gestion des eaux pluviales.

Pas plus de pluie


Si les températures vont augmenter, les projections ne montrent en revanche pas nécessairement une forte augmentation des précipitations. Les cumuls annuels devraient connaître une évolution limitée, avec une incertitude d'environ ±10 % par rapport à la période de référence 1991-2020. Concernant les épisodes de fortes pluies, définis comme les journées enregistrant plus de 50 mm de précipitations, les modèles ne montrent pour l'instant aucun signal clair d'évolution du nombre de jours concernés, que ce soit en 2030, 2050 ou 2100. Les épisodes de fortes pluies observés sur le territoire ne sont généralement pas liés à des cyclones et Météo-France a rappelé qu'un épisode El Niño ne signifie pas qu'un cyclone va nécessairement se former.
 
Au-delà des températures et des précipitations, c'est aussi l'humidité qui pourrait jouer un rôle important dans le climat de demain. On a tous déjà aperçu les petits moutons blancs, comme ceux vus mardi dans le ciel. Au niveau météo, ça veut dire qu'il y a de l'humidité, et il y en aura de plus en plus. Dans les prochaines années, c'est surtout cette combinaison entre chaleur et humidité qui pourrait devenir problématique. “D'un point de vue sanitaire aussi, là où il va se poser des questions, c'est sur l'hyperthermie. C'est-à-dire que l'hyperthermie, ça va être le croisement des fortes températures avec de fortes humidités. Aujourd'hui, on voit que pendant la saison chaude, quand on dépasse 32 degrés à 80 %, 90 % d'humidité, ça devient compliqué à l'extérieur. Donc il va falloir imaginer un monde où ça sera à 90 % d'humidité mais à 34, 35 degrés”, informe Jérémy Guerbette.

​ Le niveau de la mer va continuer de monter


Autre évolution déjà mesurée : l'élévation du niveau de la mer, liée au réchauffement climatique et à l'origine de catastrophes en cascade (inondations, érosion côtière...). Selon les îles, elle est actuellement estimée entre 2 et 6 mm par an, en tenant également compte de la subsidence de certaines îles.
 
À court terme, les conséquences peuvent se traduire par des épisodes de submersion plus fréquents lors de fortes houles.
 
“Ce qu'il faut savoir, c'est que la dynamique de l'océan est assez longue, assez lente. Le niveau de l'océan va continuer à augmenter pendant plusieurs centaines d'années. Donc la question finira par se poser, mais à la fin du siècle, c'est peut-être un peu tôt pour tirer des conclusions”, nuance Jérémy Guerbette.
 
L'évolution du trait de côte constitue également un enjeu majeur.
 
Face à ces projections, la question n'est pas seulement celle de l'adaptation mais concerne aussi la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La Polynésie française est particulièrement vulnérable aux conséquences du changement climatique, mais elle n'est pas totalement extérieure au problème. Avec environ 12,2 tonnes de CO2 équivalent émises par habitant, les émissions par personne n'ont jamais été aussi élevées. Un plan climat est en cours depuis 2022, avec notamment des objectifs de réduction des émissions et d'adaptation des réseaux de transport.
 
“L'atténuation, c'est elle qui limitera le niveau de réchauffement.” Jérémy Guerbette a fini sa présentation en insistant sur la nécessité de réfléchir collectivement au modèle de société à construire. “Au-delà d'être plus ou moins anxieux par rapport au climat, je dirais que c'est d'abord à nous de nous retrouver collectivement pour imaginer un futur différent. Plutôt que de garder notre mode de vie individualiste tel qu'on le vit aujourd'hui, il faut se retrouver autour d'un projet commun pour mieux se préparer, pour mieux s'adapter au climat de demain.”
 
Pour lui, la première étape consiste notamment à rendre les données disponibles au public. L'objectif est ensuite de faire descendre ces projections à l'échelle du territoire et de transformer ces informations en solutions concrètes. “Les politiques, c'est le reflet de nos désirs. Donc est-ce qu'on est prêts à voter pour quelqu'un qui nous mettra face au mode de vie qu'il faudrait adapter pour réduire nos émissions de CO2 ?”, a questionné Jérémy Guerbette.

​Quels risques pour la santé ? Réponses de la Direction de la santé

  • Chaleur et humidité
“La hausse des températures, combinée à une forte humidité, pourrait accentuer les problématiques de santé, notamment cardiovasculaires. La médecine du travail devra également prendre en compte des conditions de travail plus difficiles lors des épisodes de forte chaleur.”
  • Manque d'eau
“Les périodes de manque d'eau pourraient également avoir des conséquences sanitaires. Une diminution des ressources disponibles peut notamment entraîner des difficultés en matière d'hygiène, avec un risque de dégradation progressive des pratiques sanitaires.”
  • Montée des eaux et assainissement
“L'élévation du niveau de la mer constitue une menace pour les réseaux d'assainissement. À terme, certaines installations pourraient être davantage exposées aux inondations et aux intrusions d'eau de mer. Dans ces situations, le risque est notamment de voir des bactéries fécales se retrouver dans le milieu marin. Pour l'instant, on ne constate pas encore d'impact sanitaire mesurable directement lié au changement climatique. La gestion insuffisante des eaux de ruissellement favorise l'érosion des sols et le transport de boues et de polluants vers les lagons. On voit déjà la masse de boue dans le lagon. C'est le début, mais c'est bien d'avoir ces premières données pour s'adapter et développer des solutions. Le défi, c'est maintenant de décliner ces données sur notre territoire.”

Rédigé par Violaine Broquet le Jeudi 27 Août 2026 à 16:21 | Lu 298 fois