Tahiti, le 13 août 2026 – Le 3ème collectif budgétaire que les élus s'apprêtaient à amender n'existe plus. À sa place, le gouvernement leur demande d'examiner en urgence une nouvelle mouture qui a grossi de 2,5 milliards de francs et rebat plusieurs cartes, des aides à l'emploi aux Jeux du Pacifique. Mais surtout, elle ouvre la voie à un prêt de 8,5 milliards à Air Tahiti Nui pour refaire ses cabines. De quoi promettre de nouveaux débats musclés à Tarahoi.
Sept semaines auront suffi à faire sérieusement grossir la copie. Déposé le 25 juin à l'assemblée et présenté dès l'origine comme urgent par le gouvernement, le troisième collectif budgétaire avait finalement attendu dans les tiroirs de Tarahoi. Jusqu'à ce que Tavini, Tapura et Ahip décident la semaine dernière de prendre Moetai Brotherson au mot : les trois formations avaient commencé à préparer leurs amendements et la commission de l'Économie devait examiner le texte mardi, avec en ligne de mire une session extraordinaire dès le 17 août.
Mais entre-temps, le gouvernement a retiré sa copie. Adoptée mercredi en conseil des ministres et transmise dans la foulée à l'assemblée, la nouvelle mouture “se substitue” officiellement à celle du 25 juin. Et comme pour la précédente, le président du Pays demande son inscription “à l'ordre du jour prioritaire”. Aux élus désormais de reprendre leurs calculs : le collectif passe de 32,05 à 34,56 milliards de francs, avec un peu plus de 15 milliards de crédits supplémentaires en fonctionnement et 19,5 milliards en investissement.
Cette rallonge de 2,5 milliards repose largement sur deux nouvelles marges de manœuvre. Le gouvernement augmente de 500 millions son prélèvement sur le Fonds d'investissement et de garantie de la dette (FIGD), qui passe d'environ 1,9 à 2,4 milliards. Un choix que Moetai Brotherson avait lui-même annoncé la semaine dernière, en expliquant vouloir davantage mobiliser ce fonds pour financer les investissements du Pays. Mais surtout, le collectif récupère 2 milliards sur le FDLC, “en raison de la non mise en œuvre du dispositif Tama'a Maitai et de la moindre réalisation du dispositif de continuité internationale applicable aux produits de première nécessité”. Le premier, rejeté à Tarahoi, n'a donc jamais vu le jour et le second est bien entré en vigueur le 1er mars, mais a moins consommé de crédits que prévu.
500 millions de moins pour l'emploi, 8,5 milliards pour ATN
Dans l'autre sens, 500 millions sont retirés des aides à l'emploi. Là encore, le gouvernement assume le redéploiement : les crédits encore disponibles seraient “suffisants pour couvrir les besoins”, indique le document budgétaire. Ils sont basculés vers l'investissement, tout comme les 200 millions déjà prélevés dans la première version sur l'Aide au paiement des loyers (APL) au profit des aides à l'amélioration de l'habitat insalubre.
Mais c’est ailleurs que la nouvelle copie risque de faire le plus débat. Ce collectif 3 remanié ouvre en effet une autorisation de programme de 8,5 milliards de francs en faveur d'Air Tahiti Nui. Objectif : permettre à la compagnie au tiare de refaire intégralement les cabines de ses quatre Boeing 787-9 Dreamliner, notamment pour “renforcer son offre en classe affaires et améliorer ses recettes face à la concurrence”.
Le gouvernement dit avoir étudié deux solutions : vendre les deux appareils détenus par ATN avant de les reprendre en location, ou prêter directement l'argent à la compagnie. La première option aurait présenté “un coût très élevé sur dix ans” et laissé ATN sans aucun avion en propre, justifie l’exécutif, qui a donc opté pour un prêt.
Ces 8,5 milliards ne seront toutefois pas déboursés cette année. 300 millions sont inscrits en 2026 pour permettre la commande des sièges, le reste devant être versé par tranches en 2027 et 2028. Mais l'autorisation donnée au Pays porte bien sur l'ensemble du prêt. De quoi remettre au centre des débats le soutien public à la compagnie au tiare, régulièrement pointé du doigt à Tarahoi.
Les Jeux passent de 1,4 à 1,7 milliard
Autre évolution qui ne devrait pas échapper aux élus : 300 millions supplémentaires sont désormais mobilisés pour les Jeux du Pacifique 2027. Dans la copie de juin, le gouvernement évaluait les crédits de paiement consacrés à leur préparation à 1,4 milliard de francs. Ils atteignent désormais 1,7 milliard, dont 1,3 milliard consacré notamment aux équipements et infrastructures sportives – complexes de Punaruu, Pater ou Fautaua, bassins de natation et équipements des clubs et fédérations – et 300 millions restent inscrits dans l'enseignement pour des opérations également liées aux Jeux. L'ajout intervient en plein bras de fer politique sur la préparation des Jeux.
La semaine dernière, après la visite particulièrement tendue du Pacific Games Council, le Tavini avait accusé Moetai Brotherson d'“impréparation manifeste” et contesté son argument selon lequel plusieurs chantiers restaient suspendus à l'adoption du collectif budgétaire. La nouvelle copie apporte donc bien davantage d'argent aux Jeux, sans clore pour autant le débat sur les crédits déjà disponibles et ceux qui restent réellement indispensables à la tenue de l'événement.
Le reste du texte mêle actualisation des besoins et dépenses apparues depuis juin. 250 millions sont notamment ajoutés à la subvention de l'OPT pour réparer le câble Manatua après sa défaillance du début du mois. Le collectif prévoit également 2,5 milliards pour le Fonds pour la protection sociale universelle (FPSU), afin de compenser les effets de la baisse des recettes fiscales liée au moratoire sur les hydrocarbures, ainsi que 137 millions de subventions dans le domaine de la vie sociale, dont 60 millions pour les Jeux des archipels de Hao.
Des ajustements sans grand chambardement
Autre ajustement plus discret : à effectifs inchangés, la facture baisse. L'enveloppe supplémentaire consacrée au personnel passe de 424 à 245 millions, soit près de 180 millions de moins. Dans les deux cas, pourtant, le jeu des créations et suppressions aboutit au même résultat : 53 postes supplémentaires. Une économie bienvenue, mais que le document n'explique pas et sur laquelle le ministre des Finances sera sans doute interrogé par les élus.
Côté investissement, pas de grand chambardement par rapport à la copie transmise en juin. Les crédits de paiement progressent de quelque 470 millions pour atteindre 19,5 milliards. Parmi les rares enveloppes réellement renforcées, près de 135 millions supplémentaires vont aux réseaux et équipements structurants, notamment pour ajuster les crédits consacrés à plusieurs opérations routières.
Une chose, en revanche, n'a pas changé : l'arithmétique politique. Le gouvernement ne dispose toujours pas à lui seul des voix nécessaires pour faire adopter son collectif. Tavini, Tapura et Ahip, qui avaient déjà préparé leurs amendements sur une première copie désormais caduque, vont donc devoir se replonger dans les chiffres. Et cette fois, ils ont 2,5 milliards supplémentaires et un prêt de 8,5 milliards à ATN à arbitrer. Autant dire que ça promet d'être sportif à Tarahoi.
Sept semaines auront suffi à faire sérieusement grossir la copie. Déposé le 25 juin à l'assemblée et présenté dès l'origine comme urgent par le gouvernement, le troisième collectif budgétaire avait finalement attendu dans les tiroirs de Tarahoi. Jusqu'à ce que Tavini, Tapura et Ahip décident la semaine dernière de prendre Moetai Brotherson au mot : les trois formations avaient commencé à préparer leurs amendements et la commission de l'Économie devait examiner le texte mardi, avec en ligne de mire une session extraordinaire dès le 17 août.
Mais entre-temps, le gouvernement a retiré sa copie. Adoptée mercredi en conseil des ministres et transmise dans la foulée à l'assemblée, la nouvelle mouture “se substitue” officiellement à celle du 25 juin. Et comme pour la précédente, le président du Pays demande son inscription “à l'ordre du jour prioritaire”. Aux élus désormais de reprendre leurs calculs : le collectif passe de 32,05 à 34,56 milliards de francs, avec un peu plus de 15 milliards de crédits supplémentaires en fonctionnement et 19,5 milliards en investissement.
Cette rallonge de 2,5 milliards repose largement sur deux nouvelles marges de manœuvre. Le gouvernement augmente de 500 millions son prélèvement sur le Fonds d'investissement et de garantie de la dette (FIGD), qui passe d'environ 1,9 à 2,4 milliards. Un choix que Moetai Brotherson avait lui-même annoncé la semaine dernière, en expliquant vouloir davantage mobiliser ce fonds pour financer les investissements du Pays. Mais surtout, le collectif récupère 2 milliards sur le FDLC, “en raison de la non mise en œuvre du dispositif Tama'a Maitai et de la moindre réalisation du dispositif de continuité internationale applicable aux produits de première nécessité”. Le premier, rejeté à Tarahoi, n'a donc jamais vu le jour et le second est bien entré en vigueur le 1er mars, mais a moins consommé de crédits que prévu.
500 millions de moins pour l'emploi, 8,5 milliards pour ATN
Dans l'autre sens, 500 millions sont retirés des aides à l'emploi. Là encore, le gouvernement assume le redéploiement : les crédits encore disponibles seraient “suffisants pour couvrir les besoins”, indique le document budgétaire. Ils sont basculés vers l'investissement, tout comme les 200 millions déjà prélevés dans la première version sur l'Aide au paiement des loyers (APL) au profit des aides à l'amélioration de l'habitat insalubre.
Mais c’est ailleurs que la nouvelle copie risque de faire le plus débat. Ce collectif 3 remanié ouvre en effet une autorisation de programme de 8,5 milliards de francs en faveur d'Air Tahiti Nui. Objectif : permettre à la compagnie au tiare de refaire intégralement les cabines de ses quatre Boeing 787-9 Dreamliner, notamment pour “renforcer son offre en classe affaires et améliorer ses recettes face à la concurrence”.
Le gouvernement dit avoir étudié deux solutions : vendre les deux appareils détenus par ATN avant de les reprendre en location, ou prêter directement l'argent à la compagnie. La première option aurait présenté “un coût très élevé sur dix ans” et laissé ATN sans aucun avion en propre, justifie l’exécutif, qui a donc opté pour un prêt.
Ces 8,5 milliards ne seront toutefois pas déboursés cette année. 300 millions sont inscrits en 2026 pour permettre la commande des sièges, le reste devant être versé par tranches en 2027 et 2028. Mais l'autorisation donnée au Pays porte bien sur l'ensemble du prêt. De quoi remettre au centre des débats le soutien public à la compagnie au tiare, régulièrement pointé du doigt à Tarahoi.
Les Jeux passent de 1,4 à 1,7 milliard
Autre évolution qui ne devrait pas échapper aux élus : 300 millions supplémentaires sont désormais mobilisés pour les Jeux du Pacifique 2027. Dans la copie de juin, le gouvernement évaluait les crédits de paiement consacrés à leur préparation à 1,4 milliard de francs. Ils atteignent désormais 1,7 milliard, dont 1,3 milliard consacré notamment aux équipements et infrastructures sportives – complexes de Punaruu, Pater ou Fautaua, bassins de natation et équipements des clubs et fédérations – et 300 millions restent inscrits dans l'enseignement pour des opérations également liées aux Jeux. L'ajout intervient en plein bras de fer politique sur la préparation des Jeux.
La semaine dernière, après la visite particulièrement tendue du Pacific Games Council, le Tavini avait accusé Moetai Brotherson d'“impréparation manifeste” et contesté son argument selon lequel plusieurs chantiers restaient suspendus à l'adoption du collectif budgétaire. La nouvelle copie apporte donc bien davantage d'argent aux Jeux, sans clore pour autant le débat sur les crédits déjà disponibles et ceux qui restent réellement indispensables à la tenue de l'événement.
Le reste du texte mêle actualisation des besoins et dépenses apparues depuis juin. 250 millions sont notamment ajoutés à la subvention de l'OPT pour réparer le câble Manatua après sa défaillance du début du mois. Le collectif prévoit également 2,5 milliards pour le Fonds pour la protection sociale universelle (FPSU), afin de compenser les effets de la baisse des recettes fiscales liée au moratoire sur les hydrocarbures, ainsi que 137 millions de subventions dans le domaine de la vie sociale, dont 60 millions pour les Jeux des archipels de Hao.
Des ajustements sans grand chambardement
Autre ajustement plus discret : à effectifs inchangés, la facture baisse. L'enveloppe supplémentaire consacrée au personnel passe de 424 à 245 millions, soit près de 180 millions de moins. Dans les deux cas, pourtant, le jeu des créations et suppressions aboutit au même résultat : 53 postes supplémentaires. Une économie bienvenue, mais que le document n'explique pas et sur laquelle le ministre des Finances sera sans doute interrogé par les élus.
Côté investissement, pas de grand chambardement par rapport à la copie transmise en juin. Les crédits de paiement progressent de quelque 470 millions pour atteindre 19,5 milliards. Parmi les rares enveloppes réellement renforcées, près de 135 millions supplémentaires vont aux réseaux et équipements structurants, notamment pour ajuster les crédits consacrés à plusieurs opérations routières.
Une chose, en revanche, n'a pas changé : l'arithmétique politique. Le gouvernement ne dispose toujours pas à lui seul des voix nécessaires pour faire adopter son collectif. Tavini, Tapura et Ahip, qui avaient déjà préparé leurs amendements sur une première copie désormais caduque, vont donc devoir se replonger dans les chiffres. Et cette fois, ils ont 2,5 milliards supplémentaires et un prêt de 8,5 milliards à ATN à arbitrer. Autant dire que ça promet d'être sportif à Tarahoi.

































