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Collectif 3 : le dialogue est resté à sens unique


Tahiti, le 6 août 2026 – “On est payés pour ça”.  C'est au nom de cette conviction que la représentante non inscrite Teave Chaumette-Boudouani a choisi, avec le maire de Rangiroa, Tahuhu Maraeura (Tapura), de répondre à l'invitation de Moetai Brotherson, malgré le boycott des principaux groupes politiques. Venue pour travailler et tenter de dépasser les querelles de Tarahoi, elle regrette néanmoins avoir surtout assisté à une présentation technique du troisième collectif budgétaire. Une réunion qui ne dissipe ni ses interrogations sur le texte, ni les incertitudes sur son adoption.
 
 
Pour Teave Chaumette-Boudouani, la décision de répondre à l'invitation du président du Pays allait presque de soi. À ses yeux, les querelles politiques ne doivent pas empêcher les élus d’effectuer leur travail. Alors que les principaux groupes avaient choisi de boycotter la réunion, elle assume d'avoir privilégié le dialogue. “Pour une fois qu'il veut communiquer, je ne peux pas lui fermer la porte. On sent quand même, au niveau du peuple, une attente. Ce n'est pas en fermant les portes qu'on pourra dialoguer.”
 
Avec Tahuhu Maraeura, maire de Rangiroa et seul élu Tapura à avoir fait le déplacement, elle est donc restée plus de trois heures à la présidence. “Ils ont fait l'effort de le faire”, reconnaît-elle. Mais l'exercice l'a laissée sur sa faim.
 
Le dialogue annoncé s'est vite transformé en présentation technique du collectif. Le président du Pays avait expliqué vouloir recueillir les propositions des différents groupes avant de finaliser son troisième collectif budgétaire. Dans les faits, le gouvernement a surtout déroulé une présentation ministère par ministère d'un texte déjà remanié. Beaucoup de chiffres, quelques réaffectations de crédits et une longue revue des différents portefeuilles : un exercice finalement très proche de celui qui se déroule habituellement en commission de l'Économie. À une différence près : aucun document budgétaire n'avait été remis aux deux élus présents. “On a été plus en mode attentif”, résume Teave Chaumette-Boudouani. “Ce n'est pas facile de commenter ou de poser des questions quand on n'a pas été préparé.”
 
À ses yeux, la réunion a davantage ressemblé à “un pré-conseil des ministres” qu'à une véritable concertation destinée à enrichir le texte. “J'aurais préféré que tout le monde vienne. Ça manquait de discussion. On est restés sur nos dossiers respectifs. On était VIP : on était deux”, sourit-elle.
 
Un calendrier encore flou
 
Sur le fond, elle n'a pas perçu de changement majeur par rapport au projet transmis le 24 juin. “Ça reste un collectif. Ils mettent des pansements un peu partout. Je n'ai pas vu de cap. On n'est pas en train de refaire le monde. On était plutôt à compléter le monde.” Les principaux arbitrages semblent surtout porter sur les Jeux du Pacifique, avec une volonté affichée d'aller “à l'essentiel” en privilégiant les équipements indispensables plutôt que les aménagements annexes.
 
Autre élément qui interroge : le calendrier. Mercredi, Moetai Brotherson assurait à Tahiti Infos que le collectif serait transmis à l'assemblée dès mercredi prochain. Or, selon Teave Chaumette-Boudouani, plusieurs ministres ont laissé entendre durant la réunion que le texte n'était pas encore totalement finalisé. Elle cite notamment la ministre des Sports, tandis que le ministre des Finances Warren Dexter aurait, lui-même, évoqué une transmission “plutôt à la fin du mois”.
 
Au-delà du contenu du collectif, cette réunion n'a surtout pas modifié les rapports de force à Tarahoi. Les départs annoncés de Tevahiarii Teraiarue et Ernest Teagai du groupe Tavini ne sont toujours pas officialisés par l'assemblée. Sur le site de Tarahoi, les équilibres restent donc inchangés, avec un Tavini à 22 élus, A Fano Ti'a à 15. Une fois ces mouvements enregistrés, le gouvernement pourrait théoriquement s'appuyer sur 17 élus d'A Fano Ti'a.
 
En y ajoutant les deux élus qui ont répondu à l'invitation de Moetai Brotherson – Teave Chaumette-Boudouani et Tahuhu Maraeura, seul représentant du Tapura à avoir déjà voté en faveur du précédent collectif budgétaire –, l'exécutif atteindrait 19 voix pour faire voter son collectif budgétaire. Un chiffre encore très éloigné de la majorité absolue de 29 représentants.
 
L'équation politique reste entière
 
Au-delà des étiquettes politiques, les élus des archipels ont souvent une approche plus pragmatique des collectifs budgétaires. Tahuhu Maraeura avait déjà justifié son vote en faveur du précédent collectif par la nécessité de sécuriser les crédits destinés aux communes des Tuamotu. Ernest Teagai avait lui aussi expliqué sa rupture avec le Tavini par sa volonté de défendre les intérêts de Tatakoto. Sans l'avoir formulé publiquement dans les mêmes termes, Tevahiarii Teraiarue, élu de Tahaa, se retrouve confronté à la même réalité : pour ces représentants des îles, les considérations politiques pèsent souvent moins lourd que le risque de voir les projets de leur commune retardés.
 
Dans ces conditions, l'adoption du collectif dépendra moins de ces quelques soutiens supplémentaires que de l'attitude des deux principaux groupes de l'assemblée. Si le Tavini choisissait de s'abstenir, comme lors du précédent collectif, tandis que le Tapura votait contre, le texte pourrait être adopté.
 
En revanche, si Tavini et Tapura votaient, tous deux, contre, il serait de nouveau rejeté. Enfin, même dans l'hypothèse d'une abstention du Tapura et d'un vote contre du Tavini, le gouvernement resterait encore à une voix de la majorité. Autrement dit, malgré la main tendue de Moetai Brotherson, ce troisième collectif dépendra toujours moins des deux élus venus dialoguer que du choix stratégique que feront, le moment venu, le Tavini et le Tapura. Faute de majorité, le président du Pays pourra toutefois, comme pour le précédent collectif budgétaire, recourir à l'article 156-1 de la loi organique – le "49.3 polynésien" – en engageant la responsabilité de son gouvernement sur le texte.
 

Rédigé par Stéphanie Delorme le Jeudi 6 Août 2026 à 16:51 | Lu 578 fois