Tahiti, le 31 août 2026 - Ce n’est qu’en fin d’après-midi, lundi, que les élus à l’assemblée ont attaqué le gros morceau de cette session extraordinaire : le collectif budgétaire n°3, avec une nocturne annoncée. Tavini, Tapura et A Here ia Porinetia ont préparé une liasse commune de 49 amendements. Le plus lourd retire 4 milliards de francs au prêt du Pays à Air Tahiti Nui, tandis que plusieurs centaines de millions sont redéployés vers la santé, le logement, la jeunesse ou les communes. Majoritaire à Tarahoi, l’opposition a cette fois les voix pour réécrire la copie du gouvernement et la faire adopter.
Il aura fallu attendre toute la journée pour entrer dans le vif du sujet. Après son report vendredi, les élus à l’assemblée ont repris lundi matin l’examen des trois autres textes inscrits à l’ordre du jour, eux aussi largement débattus et amendés, avant d’attaquer le collectif budgétaire à 17 h 20. Avec la perspective d’une longue soirée : Antony Géros avait prévenu dès le matin qu’une nocturne serait nécessaire, l’objectif étant de boucler l’ensemble des travaux avant de lever la séance, quitte à aller jusqu’au bout de la nuit.
Et le gouvernement sait déjà que son texte ne ressortira pas intact de l’hémicycle. Tavini, Tapura et les non-inscrits de A Here ia Porinetia ont rassemblé leurs propositions dans une même liasse de 49 amendements. Tous ne sont pas cosignés par les trois groupes, mais ils ont été travaillés ensemble, avec des dépenses nouvelles systématiquement compensées par des diminutions équivalentes. Autrement dit, tout crédit ajouté quelque part est retiré ailleurs. Une entente qui traduit surtout le nouveau rapport de force à Tarahoi : réunis, les trois groupes disposent des voix nécessaires pour imposer leurs principaux arbitrages... et ils ne vont pas s’en priver.
ATN, de 8,5 à 4,5 milliards
Le morceau de choix concerne sans surprise Air Tahiti Nui. Le gouvernement avait inscrit une autorisation de programme de 8,5 milliards de francs pour prêter à la compagnie de quoi financer la rénovation de ses cabines. L’amendement préparé par les élus propose de diminuer cette enveloppe de 4 milliards et de ramener ainsi l’engagement du Pays à 4,5 milliards.
Les élus justifient cette prudence par les nombreuses inconnues qui subsistent encore autour du financement : “Ni le taux, ni le montant des intérêts, ni l’échéancier de remboursement, ni les simulations invoquées n’ont été transmis à l’assemblée. La durée du prêt n’est pas même arrêtée”. Mais pas question pour autant de fermer le robinet à ATN : “Le présent amendement ne refuse pas le soutien à la compagnie. Il maintient intégralement l’avance de 300 millions de francs prévue sur l’exercice 2026 pour la commande des sièges”. L’engagement du Pays est donc plafonné à 4,5 milliards et “l’examen du solde” renvoyé au budget primitif 2027.
Une manière de couper la poire en deux qui fait écho à la piste défendue vendredi par Édouard Fritch : faire financer l’autre moitié par les banques, avec une garantie du Pays. Un scénario qui n’est toutefois pas traduit noir sur blanc dans l’amendement, le renvoi du solde laissant aux élus jusqu’en décembre pour arrêter le montage.
Des investissements renvoyés à plus tard
Les coups de crayon ne s’arrêtent pas à ATN. Plusieurs autorisations de programme sont également supprimées ou réduites, certaines étant jugées prématurées ou insuffisamment documentées.
C’est notamment le cas de Mama’o. Le collectif prévoyait 964 millions de francs pour transformer l’ancien site de l’hôpital en parc paysager et pôle d’échange multimodal. Une enveloppe que les élus ramènent à zéro, en reprochant au gouvernement de n’avoir fourni “ni programme fonctionnel, ni calendrier, ni estimation” permettant notamment de savoir quelle part serait consacrée au parc et quelle part au pôle de transports. Ils demandent également des précisions sur son articulation avec la future gare routière de Tipaerui, située à moins de deux kilomètres.
Même logique à Uturoa. Le collectif prévoyait d’ouvrir 650 millions de francs pour les pistes cyclables. Les élus ramènent là aussi l’enveloppe à zéro, en relevant qu’“aucun marché n’est notifié” et qu’aucun engagement ne doit intervenir cette année. Ils demandent sa réinscription au budget primitif 2027 : “Il s’agit d’un report, non d’un abandon”, précisent-ils, estimant qu’ouvrir 650 millions en août “sans programme ni calendrier communiqués” n’aurait pour seul effet que “d’afficher un montant”.
Plusieurs autres opérations passent également sous le rabot : 733 millions au parc de Phaëton à Taravao, 700 millions à l’achat de véhicules techniques pour les aérodromes, 480 millions pour un hangar destiné aux engins de la Direction de l’équipement, 450 millions à la piste cyclable de la place Tu Marama ou encore 255 millions à la future gare routière de Tipaerui.
Au total, les amendements retranchent plus de 9,3 milliards de francs aux autorisations de programme inscrites dans le collectif, dont 4 milliards pour le seul dossier ATN.
Santé, logement et communes récupèrent des crédits
Mais la liasse ne se résume pas à des coups de rabot. Une partie des crédits est redéployée vers des dépenses jugées plus urgentes.
Côté santé, les élus veulent ouvrir une autorisation de programme de 300 millions de francs pour l’acquisition d’un robot chirurgical au Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF), avec 100 millions de crédits de paiement dès cette année. Cinquante millions supplémentaires sont prévus pour deux ambulances médicalisées destinées à l’hôpital de Taravao.
Le logement bénéficie également de nouveaux arbitrages. Deux cents millions de francs, à raison de 100 millions chacun, doivent soutenir Aveia Ora et l’AISPF-Rahu Ora, deux structures d’intermédiation locative intervenant auprès de publics modestes. L’Office polynésien de l’habitat (OPH) récupérerait de son côté 90 millions pour l’exploitation de ses centres d’hébergement étudiants. Les élus réclament en parallèle au gouvernement un rapport détaillé, avant le 31 octobre, sur leur équilibre financier, leur occupation et le nombre de demandes non satisfaites.
Cent millions de francs sont également prévus pour rendre enfin opérationnel le fonds communal destiné aux activités périscolaires. L’association Te Aho Nui bénéficierait de 58 millions pour son fonctionnement et de 50 millions pour ses équipements. Quinze millions supplémentaires seraient consacrés aux équipements des associations de jeunesse, tandis que 30 millions de crédits de paiement sont réaffectés au quai de Tapuamu à Taha’a.
Te Fare Tauhiti Nui – Maison de la culture passe également sous les ciseaux. Les élus maintiennent les crédits destinés aux neuf postes créés après le conflit social de 2025, mais retirent 44 millions prévus pour régler d’anciennes dettes fiscales de l’établissement. Une partie de cette marge doit notamment permettre d’abonder de 20 millions supplémentaires les crédits d’“Initiative Polynésie française”, qui accompagne les créateurs et repreneurs d’entreprise.
À l’arrivée, les crédits de paiement d’investissement du collectif seraient ramenés de 19,5 à 19,227 milliards de francs. Mais au-delà des mouvements de crédits, ces 49 amendements donnent surtout la mesure du nouveau rapport de force à Tarahoi. Pour la première fois sur un collectif budgétaire depuis l’éclatement de la majorité, Tavini, Tapura et A Here ia Porinetia ne se contentent plus de contester les arbitrages de l’exécutif : ensemble, ils ont désormais les voix pour reprendre la main sur la copie du gouvernement. Un cas d’école pour illustrer ce que concédait le président d’A Fano Ti’a, Tematai Le Gayic : “Le gouvernement doit s’adapter à l’assemblée”.
Il aura fallu attendre toute la journée pour entrer dans le vif du sujet. Après son report vendredi, les élus à l’assemblée ont repris lundi matin l’examen des trois autres textes inscrits à l’ordre du jour, eux aussi largement débattus et amendés, avant d’attaquer le collectif budgétaire à 17 h 20. Avec la perspective d’une longue soirée : Antony Géros avait prévenu dès le matin qu’une nocturne serait nécessaire, l’objectif étant de boucler l’ensemble des travaux avant de lever la séance, quitte à aller jusqu’au bout de la nuit.
Et le gouvernement sait déjà que son texte ne ressortira pas intact de l’hémicycle. Tavini, Tapura et les non-inscrits de A Here ia Porinetia ont rassemblé leurs propositions dans une même liasse de 49 amendements. Tous ne sont pas cosignés par les trois groupes, mais ils ont été travaillés ensemble, avec des dépenses nouvelles systématiquement compensées par des diminutions équivalentes. Autrement dit, tout crédit ajouté quelque part est retiré ailleurs. Une entente qui traduit surtout le nouveau rapport de force à Tarahoi : réunis, les trois groupes disposent des voix nécessaires pour imposer leurs principaux arbitrages... et ils ne vont pas s’en priver.
ATN, de 8,5 à 4,5 milliards
Le morceau de choix concerne sans surprise Air Tahiti Nui. Le gouvernement avait inscrit une autorisation de programme de 8,5 milliards de francs pour prêter à la compagnie de quoi financer la rénovation de ses cabines. L’amendement préparé par les élus propose de diminuer cette enveloppe de 4 milliards et de ramener ainsi l’engagement du Pays à 4,5 milliards.
Les élus justifient cette prudence par les nombreuses inconnues qui subsistent encore autour du financement : “Ni le taux, ni le montant des intérêts, ni l’échéancier de remboursement, ni les simulations invoquées n’ont été transmis à l’assemblée. La durée du prêt n’est pas même arrêtée”. Mais pas question pour autant de fermer le robinet à ATN : “Le présent amendement ne refuse pas le soutien à la compagnie. Il maintient intégralement l’avance de 300 millions de francs prévue sur l’exercice 2026 pour la commande des sièges”. L’engagement du Pays est donc plafonné à 4,5 milliards et “l’examen du solde” renvoyé au budget primitif 2027.
Une manière de couper la poire en deux qui fait écho à la piste défendue vendredi par Édouard Fritch : faire financer l’autre moitié par les banques, avec une garantie du Pays. Un scénario qui n’est toutefois pas traduit noir sur blanc dans l’amendement, le renvoi du solde laissant aux élus jusqu’en décembre pour arrêter le montage.
Des investissements renvoyés à plus tard
Les coups de crayon ne s’arrêtent pas à ATN. Plusieurs autorisations de programme sont également supprimées ou réduites, certaines étant jugées prématurées ou insuffisamment documentées.
C’est notamment le cas de Mama’o. Le collectif prévoyait 964 millions de francs pour transformer l’ancien site de l’hôpital en parc paysager et pôle d’échange multimodal. Une enveloppe que les élus ramènent à zéro, en reprochant au gouvernement de n’avoir fourni “ni programme fonctionnel, ni calendrier, ni estimation” permettant notamment de savoir quelle part serait consacrée au parc et quelle part au pôle de transports. Ils demandent également des précisions sur son articulation avec la future gare routière de Tipaerui, située à moins de deux kilomètres.
Même logique à Uturoa. Le collectif prévoyait d’ouvrir 650 millions de francs pour les pistes cyclables. Les élus ramènent là aussi l’enveloppe à zéro, en relevant qu’“aucun marché n’est notifié” et qu’aucun engagement ne doit intervenir cette année. Ils demandent sa réinscription au budget primitif 2027 : “Il s’agit d’un report, non d’un abandon”, précisent-ils, estimant qu’ouvrir 650 millions en août “sans programme ni calendrier communiqués” n’aurait pour seul effet que “d’afficher un montant”.
Plusieurs autres opérations passent également sous le rabot : 733 millions au parc de Phaëton à Taravao, 700 millions à l’achat de véhicules techniques pour les aérodromes, 480 millions pour un hangar destiné aux engins de la Direction de l’équipement, 450 millions à la piste cyclable de la place Tu Marama ou encore 255 millions à la future gare routière de Tipaerui.
Au total, les amendements retranchent plus de 9,3 milliards de francs aux autorisations de programme inscrites dans le collectif, dont 4 milliards pour le seul dossier ATN.
Santé, logement et communes récupèrent des crédits
Mais la liasse ne se résume pas à des coups de rabot. Une partie des crédits est redéployée vers des dépenses jugées plus urgentes.
Côté santé, les élus veulent ouvrir une autorisation de programme de 300 millions de francs pour l’acquisition d’un robot chirurgical au Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF), avec 100 millions de crédits de paiement dès cette année. Cinquante millions supplémentaires sont prévus pour deux ambulances médicalisées destinées à l’hôpital de Taravao.
Le logement bénéficie également de nouveaux arbitrages. Deux cents millions de francs, à raison de 100 millions chacun, doivent soutenir Aveia Ora et l’AISPF-Rahu Ora, deux structures d’intermédiation locative intervenant auprès de publics modestes. L’Office polynésien de l’habitat (OPH) récupérerait de son côté 90 millions pour l’exploitation de ses centres d’hébergement étudiants. Les élus réclament en parallèle au gouvernement un rapport détaillé, avant le 31 octobre, sur leur équilibre financier, leur occupation et le nombre de demandes non satisfaites.
Cent millions de francs sont également prévus pour rendre enfin opérationnel le fonds communal destiné aux activités périscolaires. L’association Te Aho Nui bénéficierait de 58 millions pour son fonctionnement et de 50 millions pour ses équipements. Quinze millions supplémentaires seraient consacrés aux équipements des associations de jeunesse, tandis que 30 millions de crédits de paiement sont réaffectés au quai de Tapuamu à Taha’a.
Te Fare Tauhiti Nui – Maison de la culture passe également sous les ciseaux. Les élus maintiennent les crédits destinés aux neuf postes créés après le conflit social de 2025, mais retirent 44 millions prévus pour régler d’anciennes dettes fiscales de l’établissement. Une partie de cette marge doit notamment permettre d’abonder de 20 millions supplémentaires les crédits d’“Initiative Polynésie française”, qui accompagne les créateurs et repreneurs d’entreprise.
À l’arrivée, les crédits de paiement d’investissement du collectif seraient ramenés de 19,5 à 19,227 milliards de francs. Mais au-delà des mouvements de crédits, ces 49 amendements donnent surtout la mesure du nouveau rapport de force à Tarahoi. Pour la première fois sur un collectif budgétaire depuis l’éclatement de la majorité, Tavini, Tapura et A Here ia Porinetia ne se contentent plus de contester les arbitrages de l’exécutif : ensemble, ils ont désormais les voix pour reprendre la main sur la copie du gouvernement. Un cas d’école pour illustrer ce que concédait le président d’A Fano Ti’a, Tematai Le Gayic : “Le gouvernement doit s’adapter à l’assemblée”.
































