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Carburants: le plan d'aide du gouvernement mécontente agriculteurs et transporteurs


Crédit Fred TANNEAU / AFP
Crédit Fred TANNEAU / AFP
Paris, France | AFP | lundi 30/03/2026 - A leurs yeux, le compte n'y est pas: le plan gouvernemental d'environ 70 millions d'euros pour les agriculteurs, pêcheurs et transporteurs, en première ligne face à la flambée des carburants, n'a pas apaisé leur colère, illustrée lundi par une première opération escargot sur le périphérique parisien.

A partir de 10H00, plusieurs dizaines de camions et gros cars de tourisme ont entamé un tour du périphérique depuis la porte de Vincennes, occupant deux voies sur quatre pour y perturber la circulation, ont constaté des journalistes de l'AFP.

L'opération a été lancée à l'appel de l'Organisation des transporteurs routiers européens (Otre), qui avait jugé samedi l'aide de l'Etat "pas à la hauteur", rappelant le plan de 400 millions d'euros après le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022.

Pour les transporteurs, une aide de quelque 50 millions d'euros est prévue en avril pour les entreprises en difficulté, qui recevront l'équivalent de 20 centimes d'euros par litre de carburant.

"Il faudrait 50 centimes. Sinon ce sera des faillites, on ne peut pas continuer à travailler à perte", a assuré à l'AFP la trésorière de la Fédération ds autocaristes indépendants et gérante de la société de location de cars Ulysse Cars, Sarah Bahezre.

Eric Menu, conducteur poids lourd pour la société de transports de marchandises Idelot (Oise) confie à l'AFPTV avoir "le moral à zéro". L'Etat "nous laisse un peu tomber. Ca fait 36 ans que je fais ça, le moral est à zéro. On se demande, est-ce qu’on continue ou on arrête ? On sait pas".

- Situation budgétaire -

Lundi, les prix des carburants restaient orientés en légère hausse, selon les chiffres du gouvernement analysés par l'AFP. Le gazole, carburant le plus consommé, se vendait 2,23 euros le litre en moyenne (sur 8.809 stations recensées), contre  1,720 euro le 27 février. 

Une nouvelle manifestation est prévue mardi dans la Marne, à l’initiative de la Fédération nationale des Transporteurs (FNTR). "Une soixantaine de camions" est attendue, selon le président de la FNTR Pascal Robert, contacté par l'AFP.

Pour tenter d'apaiser la colère, le ministre des Transports Philippe Tabarot a souligné sur Europe 1 et CNews que les aides annoncées seraient "peut-être reconductibles si la situation perdure, en mai, en juin".

Mais il a refusé le parallèle avec l'aide fournie après l'invasion de l'Ukraine, en argumentant "que la situation budgétaire de notre pays n'est pas la même".

- La FNSEA reçue à Matignon -

Depuis le début de la crise énergétique générée par la guerre au Moyen-Orient, l'exécutif n'envisage pas de baisser les taxes sur les carburants, qui représentent 50 à 55% du prix à la pompe.

"Si vous mettez en place des mesures générales ça va vous coûter beaucoup d'argent et ce sera sans doute très peu efficace, donc aujourd'hui on est au plus près de ceux qui en ont le plus besoin", a justifié le ministre de l'Economie Roland Lescure, en marge du salon Global Industries.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a reçu à midi le puissant patron de la FNSEA Arnaud Rousseau, également très mécontent de l'aide proposée aux agriculteurs.

Ces derniers bénéficieront en avril d'une exonération du droit d'accise sur le gazole non routier (GNR) utilisé dans les tracteurs, pour un coût d'environ 14 millions d'euros, soit une baisse de "quatre centimes d'euros par litre", selon une source gouvernementale.

"Donner à peine quatre centimes alors qu'on a eu une hausse de plus de 60 centimes par litre de GNR... c'est des miettes. Si j'étais moins poli, je dirais que c'est du foutage de gueule", avait cinglé vendredi Luc Smessaert, un des vice-présidents de la FNSEA, promettant "des actions" si les agriculteurs n'étaient pas entendus. 

Le patron du Groupement Mousquetaires/Intermarché Thierry Cotillard, a lui déclaré sur RMC/BFMTV craindre que la pression inflationniste qui pèse sur "les premiers acteurs de la chaîne alimentaire", comme les agriculteurs, qui subissent aussi l'explosion des prix des engrais, ne se répercute "dans quelques semaines" sur les industriels.

le Lundi 30 Mars 2026 à 04:28 | Lu 109 fois