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ANT, des contrats plus longs sur fond de crise médicale


Tahiti, le 15 octobre 2026 - Alors que 71 jeunes médecins polynésiens réclament de meilleures conditions pour revenir exercer au Fenua et que la CSTP-FO vient de déposer un préavis de grève dans le secteur de la santé, Tarahoi a examiné jeudi deux textes réformant le statut des agents non titulaires (ANT). Le gouvernement entend conserver plus longtemps les compétences rares, notamment médicales, en portant certains contrats jusqu'à douze ans. Une réponse à l'urgence qui a toutefois ravivé les inquiétudes sur la précarité des agents et les retards pris dans les recrutements statutaires. Malgré ces réserves, la réforme a été largement adoptée par 52 voix.
 
Le calendrier ne pouvait guère être plus sensible. Mardi, 71 jeunes taote lançaient un appel aux autorités pour dénoncer l'instabilité des équipes médicales et réclamer des conditions leur permettant de revenir, mais surtout de rester exercer au Fenua. Le lendemain, la CSTP-FO déposait un préavis de grève au CHPF et à la Direction de la santé, contestant notamment la réforme du statut des praticiens hospitaliers. C'est dans ce contexte que les élus ont examiné deux textes modernisant le statut des agents non titulaires (ANT), qui date de 2004.
 
Ils sont aujourd'hui plus de 2 000 à travailler sous statut pour le Pays, dont quelque 1 700 sur des postes permanents, a rappelé Pauline Niva (A Fano Ti'a). Dans la santé, plus de six postes de médecins sur dix seraient occupés par des contractuels. Il faut donc pouvoir conserver ces compétences plutôt que de recommencer sans cesse les recrutements, justifie-t-elle. Les textes, “améliorés en commission”, prévoient notamment de porter de trois à cinq ans certains engagements dans l'attente d'un concours, et de huit à douze ans ceux des spécialistes exerçant dans des cadres d'emplois reconnus en tension. “Douze ans, c'est le temps de suivre les patients avec le même regard, mais c'est aussi le temps de transmettre”, a-t-elle défendu.
 
Un objectif partagé par Teura Iriti (Tapura), qui a insisté sur le renouvellement incessant des médecins, notamment en oncologie, au détriment de la continuité des soins. L'allongement des contrats doit, selon elle, donner au gouvernement “un peu de répit” pour permettre aux jeunes Polynésiens d'accéder à ces responsabilités. Mais l'élue a aussi dénoncé un “recul” concernant la rémunération de certains contractuels, désormais privés du cumul de plusieurs primes.
 
Un “pansement d'urgence”
 
Teave Chaumette a également salué les avancées du texte, notamment la prise en charge des frais de déménagement des agents affectés dans les archipels, une “injustice historique réparée”. Mais l'élue non inscrite a surtout fait le lien avec l'appel des jeunes médecins, qui dénoncent le renouvellement incessant des équipes, les contrats temporaires et le manque de perspectives pour revenir exercer durablement au Fenua. “Ne confondons pas un pansement d'urgence avec une politique de santé durable”, a-t-elle averti. Car “prolonger la précarité sur douze ans ne construira jamais la stabilité dont notre hôpital a besoin”. Elle réclame notamment que le recrutement de spécialistes extérieurs s'accompagne d'une véritable transmission des compétences aux jeunes Polynésiens.
 
Dans la même veine, Nicole Sanquer (Ahip) est allée plus loin en pointant les contradictions du gouvernement. Elle a rappelé que le dernier concours du CHPF n'avait attiré que 22 candidats pour 57 postes ouverts, signe, selon elle, que l'allongement des contrats ne suffira pas à résoudre le manque d'attractivité. Mais elle a surtout pris l'exemple des agents de catégorie D. En 2023, le gouvernement avait instauré une procédure de sélection pour encadrer leurs recrutements et mettre fin aux pratiques discrétionnaires. “C'est la fin du stylo magique”, a rappelé l'élue, reprenant l'objectif affiché à l'époque.
 
Or, trois ans plus tard, le même gouvernement propose de pouvoir recruter ces agents sous contrat jusqu'à cinq ans dans l'attente de cette sélection. Une marche arrière, selon Nicole Sanquer, puisque cette procédure censée garantir la transparence des recrutements pourrait finalement attendre encore plusieurs années avant d'être organisée. “Vous risquez d'affaiblir vous-même la garantie que vous avez instaurée”, a-t-elle reproché à Vannina Crolas. L'élue Ahip a bien tenté de rectifier le tir par voie d'amendement, notamment pour maintenir la limite de trois ans et encadrer plus strictement les prolongations. Sans succès : sa proposition a été rejetée par 15 voix contre, 3 pour et 22 abstentions.
 
Le coût des réformes en question
 
La ministre de la Fonction publique n'a d'ailleurs pas complètement contesté les critiques. À Vincent Maono (Tavini), qui estimait que les textes ne réglaient pas les causes mais en aménageaient les conséquences, Vannina Crolas a répondu : “Il n'a pas tort.” Les concours n'ayant pas été organisés pendant des années, il faut désormais rattraper le retard tout en assurant la continuité des services.
 
Sur la réforme des praticiens hospitaliers, au cœur du préavis de grève de la CSTP-FO, elle a également rappelé les contraintes budgétaires : “2,5 milliards pour 300 agents, qu'est-ce qu'on pourra donner au reste ?”, a-t-elle interrogé, en référence aux quelque “8 000 autres agents de la fonction publique”. Elle a confirmé que des discussions étaient engagées avec les syndicats à l'origine du préavis. Sa collègue de la Santé, Raihei Ansquer, a elle-même reconnu la nécessité de mesures “palliatives” pour maintenir le système en attendant les réformes de fond.
 
Malgré les réserves exprimées dans l'hémicycle, les deux textes ont finalement été adoptés par 52 voix pour et trois abstentions, celles des deux élus Ahip et de Hinamoeura Morgant-Cross, non inscrite. Tavini, Tapura et A Fano Ti'a ont tous voté en faveur de la réforme. Selon Vannina Crolas, ces nouvelles dispositions n'entraîneront pas de dépenses supplémentaires pour le Pays. Une assurance qui devra toutefois se vérifier dans les chiffres, alors que l'examen du budget primitif approche.

Ce qui change pour les ANT

Des contrats plus longs. Certains recrutements sur des postes permanents pourront durer cinq ans au lieu de trois. Pour les compétences techniques spécialisées dans les cadres d'emplois en tension, la durée maximale passera de huit à douze ans, renouvellements compris. La liste des métiers concernés sera fixée par le conseil des ministres.

Des périodes d'essai allongées. Elles passeront de trois à quatre mois pour les engagements de plus de deux ans, avec une possibilité de renouvellement une fois, soit jusqu'à huit mois. Les contrats d'un mois ou moins seront dispensés de période d'essai.

De nouvelles garanties. Entretien préalable au licenciement, accès au dossier individuel, assistance lors des procédures disciplinaires et droit au silence : les protections des contractuels seront renforcées. En revanche, l'obligation d'informer l'agent deux mois avant le renouvellement de son engagement disparaît.

Des frais mieux pris en charge. Les ANT recrutés à Tahiti pour travailler dans les archipels pourront bénéficier d'une prise en charge de leur déménagement.

Des rémunérations encadrées. Les agents rémunérés sur la grille des emplois fonctionnels ne pourront plus cumuler certaines primes, à l'exception notamment des indemnités de gardes, d'astreintes et de travaux supplémentaires.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Jeudi 15 Octobre 2026 à 16:44 | Lu 441 fois