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A fano tia : le nouveau groupe présidé par Tematai Le Gayic


Tahiti, le 7 avril 2026 – C’est officiel : la majorité Tavini vole en éclats. Les 14 élus démissionnaires ont créé leur propre groupe, A fano tia, présidé par Tematai Le Gayic, laissant le Tavini réduit à 23 représentants et l’assemblée dans une situation inédite, sans bloc dominant. À Tarahoi, une nouvelle ère s’ouvre, faite d’alliances incertaines et de rapports de force permanents.
 

Le Tavini ne compte officiellement plus que 23 élus aujourd’hui, trois ans après son arrivée à Tarahoi avec une large majorité de 38 représentants sur 57. Une perte de vitesse brutale qui rebat totalement les équilibres au sein de l’assemblée.
En face, comme l’avait annoncé Moetai Brotherson aux membres du Tavini il y a une dizaine de jours, les dissidents ont franchi le pas. Ils sont désormais 14 à former leur propre groupe, A fano tia, qui s’impose immédiatement comme une force incontournable de l’hémicycle, et ils tiendront une conférence de presse ce mercredi matin.

L’opposition, elle, reste portée par le Tapura et ses 16 élus, dans un paysage désormais éclaté où s’ajoutent également quatre non-inscrits (Nicole Sanquer et Nuihau Laurey pour Ahip, ainsi que Teave Chaumette et Hinamoeura Morgant-Cross), plus que jamais en position d’arbitres.

Cette recomposition intervient après un week-end de fortes tensions et de tractations. Après la réunion explosive du samedi 28 mars à la permanence du Tavini et la lettre de démission commune adressée à Oscar Temaru, les discussions ont de nouveau échoué vendredi dernier. Une ultime tentative de rapprochement s’est tenue lundi entre Oscar Temaru et Moetai Brotherson. Une rencontre de la dernière chance qui n’aura finalement pas suffi à éviter la rupture.
 
Un casse-tête institutionnel
 
C’est donc désormais toute l’organisation interne de l’assemblée qui se retrouve bousculée. La création d’A fano tia rebat en effet les cartes d’un rouage essentiel : la composition des neuf commissions législatives – sans même compter les nombreuses commissions et organismes extérieurs. Chargées d’examiner les textes avant leur passage en séance plénière, ces commissions sont constituées à la proportionnelle des groupes politiques.

Un principe fondamental du fonctionnement de l’institution, que l’on retrouve dans les textes régissant l’assemblée, notamment pour la commission permanente, élue « à la représentation proportionnelle des groupes, selon le système de la plus forte moyenne ». Une logique destinée à refléter fidèlement les équilibres politiques issus des urnes.

Le règlement intérieur prévoit en outre que chaque représentant doit participer aux travaux d’au moins une des commissions. Sur le papier, la mécanique est bien rodée. Dans les faits, elle devient particulièrement délicate dans un hémicycle désormais fragmenté.
Car l’enjeu principal ne réside pas tant dans la répartition des sièges au sein de ces commissions intérieures que dans la validation des listes pour la désignation des présidences de celles-ci.

Le règlement intérieur est clair sur un point : sauf disposition particulière, « les décisions de l’assemblée […] sont prises à la majorité relative des suffrages exprimés ». Mais dans une assemblée sans majorité stable, même atteindre cette majorité relative suppose de facto des accords entre plusieurs groupes. À défaut, la mise en place des commissions pourrait se transformer en véritable casse-tête dès l’ouverture de la session administrative, prévue ce jeudi. En coulisses, plusieurs élus redoutent déjà une séance à rallonge. Entre suspensions, négociations de dernière minute et votes à répétition, l’installation des commissions pourrait durer des heures.
 

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mardi 7 Avril 2026 à 11:51 | Lu 1450 fois