L’Office mineurs toujours en attente d’effectifs


Tahiti, le 18 août 2026 - Le syndicat Un1té-FO réagit à la note de Gérald Darmanin transmise au ministre de l’Intérieur fin juillet et révélée la semaine dernière. Il déplore le fait que l’Office mineurs, créé il y a deux ans, “n'a jamais été pourvu en effectifs” alors même que l’Ofmin national était prêt à “former sept policiers pour travailler uniquement sur cette thématique”. Pour le syndicat, l’Ofmin “doit voir le jour, sans plus attendre”, afin de “lutter plus efficacement contre les violences faites aux mineurs (...).
 
Le 29 juillet dernier, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a envoyé au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, une note dans laquelle il pointe du doigt les défaillances relatives aux nombreuses procédures liées aux violences sexuelles sur les mineurs. Dans cette note, il met à mal les officiers de police judiciaire (OPJ) du Fenua considérant que leur niveau de compétence est “nettement inférieur à celui de métropole, voire très inférieur pour ce qui est de la police nationale à Papeete” . Il souligne de “graves problèmes de qualité et de respect des instructions par les services, en particulier à la direction territoriale, constituée en totalité d'agents de recrutement local manquant d'expérience et ne profitant pas d'actions de formation continue régulières”.   
 
Le secrétaire territorial adjoint du syndicat Un1té-FO et également investigateur en cybercriminalité à la Direction territoriale de la police nationale (DTPN), Timi Hapaitaha, assure que la lutte contre les violences faites aux enfants “redevient la priorité nationale” suite à l’affaire Lyhanna.
 
Il rappelle qu’en novembre 2024, plusieurs antennes de l’Office mineurs (Ofmin) comme à Marseille, Mayotte, Evry, Nouméa ou encore en Polynésie ont été créées. L’Ofmin est chargé de diriger et de coordonner la lutte contre toutes les infractions les plus graves commises à l’encontre des mineurs.
 
L’ancienne cheffe du pôle stratégie de l’Ofmin, Véronique Béchu, s’est même rendue au Fenua en décembre 2024. “Elle a fait un constat, celui de former sept policiers pour travailler uniquement sur cette thématique. Et quand on parle de l'affaire Lyhanna, on parle de pédocriminalité, de harcèlement et de cyberharcèlement.”   
 
Sauf qu’à ce jour, “l'Ofmin n'a jamais été pourvu en effectifs”, déplore le syndicaliste alors même que l’Ofmin national avait proposé de former des policiers

“On manque d'effectifs formés (…) dû à un manque de vision ou de volonté politique”

“Notre syndicat Un1té-FO a fait plusieurs relances auprès de notre hiérarchie”, assure Timi Hapaitaha. Même la venue en août 2025 du commandant des outre-mer de la police nationale, Jean-Baptiste Dulion, n’a rien changé alors que celui-ci avait promis l’ouverture de cet Office.
 
Pour l’investigateur en cybercriminalité, l’Ofmin “doit voir le jour sans plus attendre. Cela nous permettra de lutter plus efficacement contre les violences faites aux mineurs”.
 
Ce dernier fait “le même constat” que le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. “Effectivement, on manque d'effectifs formés, mais ce n'est pas du fait des OPJ. C'est plutôt un manque de vision ou de volonté politique”.
 
Il ajoute qu’il y a des fonctionnaires de la police qui veulent travailler sur ces thématiques car “ils sont bien conscients des réalités du terrain”.
 
Mais il rappelle que les violences faites aux mineurs n’étaient pas “une priorité. Je ne blâme pas la hiérarchie, il y a tellement de priorités. L'urgence, c'était la lutte contre l'ice et la cocaïne. Et quand on parlait de ces thématiques-là, on n'avait pas d'écho et on avait l'impression de parler dans le vide. On avait même l'impression de faire découvrir des thématiques à notre hiérarchie. Et parfois, on se demandait s'ils avaient réellement conscience des dangers.”
 
Rappelons qu’au Fenua, ils sont seulement deux officiers spécialisés dans la cybercriminalité. “Ce n’est pas suffisant, on travaille sur toutes les infractions commises à partir des technologies de l'information, typiquement le téléphone (…) et la plupart des infractions commises en stupéfiants et en pédocriminalité impliquent forcément l'usage d'un téléphone portable”.

“L'affaire Lyhanna, un mal pour un bien”

Le syndicaliste considère que “l’affaire de Lyhanna, c'est un mal pour un bien. La hiérarchie s’est rendue compte qu'on n'est pas du tout éloigné du sujet. On a même été épinglé par ce rapport de M. Darmanin, ce n'est pas pour rien, c'est qu'il y a vraiment un sujet”.
 
Le secrétaire territorial adjoint de Un1té- FO rappelle que le procureur général avait, lors de la rentrée solennelle du tribunal de première instance et de la cour d’appel en janvier dernier, mis l’accent sur les violences sexuelles sur mineurs. “Aujourd'hui, on se rejoint tous, mieux vaut tard que jamais (…). Les thématiques sont liées. Les jeunes qui se sentent mal vont vers les stupéfiants et les réseaux sociaux facilitent tout ça.”
 
Timi Hapaitaha estime qu’il est “urgent de prendre les choses en main (…). Il faut arrêter de toujours stigmatiser les officiers de police judiciaire, ils font du mieux qu'ils peuvent. S'il faut les former, il faut les envoyer dès à présent, mais ne surtout pas dire qu'ils ont un niveau inférieur à ceux de métropole, c’est faux”.
 
Il ajoute que depuis une dizaine d’années, l’effectif est composé d’un tiers d’officiers de police judiciaire de métropole. Et franchement, on n'a pas constaté un niveau supérieur au nôtre. Peut-être équivalent et parfois même bien inférieur au nôtre.”
 
Il regrette que sur les treize collègues métropolitains qui vont arriver d’ici peu, un seul va être dédié à cette thématique-là. Il rappelle qu’il y a des Polynésiens en métropole qui attendent leur retour, “c'est l'occasion de les faire revenir car ils connaissent mieux la société polynésienne que nos collègues métropolitains”. Il a même l’impression que cette note de Darmanin a surtout pour objectif de justifier la venue de métropolitains au Fenua. “Si ce n'est pas le cas, en tout cas, ça en a le goût, ça en a l'odeur et ça y ressemble fortement.”
 
Pour le syndicaliste, débat devrait plutôt porter sur “la réalité du terrain car il y a vraiment un problème lié à la pédocriminalité et à la cyberpédocriminalité en Polynésie, c'est ça qui est important”.  
 
Concernant les “stocks”, c’est-à-dire les dossiers en souffrance, évoqués par le ministre de la Justice, Timi Hapaitaha indique que les statistiques sont un élément important pour certains managers. “Quand il y a des stocks en souffrance, forcément, ils vont prioriser l'abattage et au plus haut niveau de l'État, ils étaient au courant de ce stock (…). Cet abattage sera forcément au détriment de la qualité et on peut potentiellement passer à côté d'une affaire Lyhanna car ce n’est pas la spécialité de certains enquêteurs”. Il ajoute que ces policiers pourront même être poursuivis en justice “pour ne pas avoir bien fait leur travail alors qu'à l'origine, ce n'est pas leur spécialité”.  

“ Des pédocriminels adolescents (…) c'est généralisé”

Concernant les pédocriminels, pour le syndicaliste, ils sont de plus en plus jeunes. “On n’est plus sur des papis de 50 ou de 60 ans. On a aujourd'hui des jeunes de 20 ans et même des adolescents pédocriminels. Ces comportements, ils les voient sur les réseaux sociaux et ils les reproduisent.” Il souligne le côté “néfaste” des réseaux sociaux. “Tous ces phénomènes-là, malheureusement, existent en Polynésie et ce n'est pas un épiphénomène. C'est généralisé.”
 
Autre phénomène en vogue, “la sextortion (…). C'est une pratique courante chez nos jeunes de 12, 13 ou 14 ans d'envoyer des ‘nudes’ à son copain. Le copain lui dit ‘je t'aime, ne t'inquiète pas, je ne vais jamais publier’ et quand ils se séparent, il les publie. Et ces comportements sont normalisés.”
 
Le syndicaliste souligne que ces jeunes sont ensuite victimes de chantage lorsque des pédocriminels obtiennent ces photos ou ces vidéos. “Ils disent à nos enfants, ‘si jamais tu en parles, je diffuse ça à tes parents et à toute ta liste d'amis’, et les enfants n'en parlent pas autour d'eux, ils se renferment. Et on fait tout de suite le lien entre des enfants qui sont pris dans ce genre de pièges et la consommation de stupéfiants, ça va de pair, les sujets s'imbriquent les uns dans les autres”.
 
Pour Timi Hapaitaha, il n’y a que grâce aux pressions sur les dirigeants que l’“on arrivera à épargner nos enfants (…). Il est grand temps de passer à la vitesse supérieure parce que sinon, les choses vont être de plus en plus graves. On n'aura que nos yeux pour pleurer, malheureusement.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mardi 18 Aout 2026 à 17:51 | Lu 552 fois