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​Violence et fanatisme religieux au menu d'un roman noir


Tahiti, le 20 mai 2026 - Médecin pédiatre durant presque toute sa vie d’adulte, installé à Raiatea durant huit ans, Arnaud Garnier n’imaginait pas forcément devenir écrivain. Pourtant, entre fascination pour l’affaire des bûchers de Faaite, passion pour les romans noirs et amour de la musique, l’ancien praticien signe aujourd’hui Servitude(s), son premier roman publié aux éditions Au Vent des Îles.

Pourquoi écrire ce premier roman ? “C'est arrivé presque par hasard”, répond Arnaud Garnier, auteur de Servitude(s). À peine avait-il posé le pied sur l'île de Tahiti en 2017 avec sa petite famille, celui qui pensait ne vivre qu’une “parenthèse familiale de deux ans” déjeune chez une amie rencontrée durant ses études à Paris. Elle lui raconte que son père, ancien magistrat, avait instruit l’affaire des bûchers de Faaite à la fin des années 1980. À l'évocation de cette histoire , les yeux d'Arnaud Garnier s'illuminent. “C'est absolument incroyable et sidérant. Je l’ai gardée dans un coin de ma tête et je me suis dit : peut - être qu’un jour, il y aura quelque chose à en faire”, confie l’auteur.

Pendant plusieurs années, l’idée reste en suspens. Arnaud Garnier continue alors son métier de pédiatre à Raiatea. Puis, après le Covid, un spectacle mêlant danse, musique et dessin est monté sur l’île et avec un ami dessinateur de bande dessinée, il écrit un mini-scénario intitulé Servitude. “Dans la foulée de ce mini-spectacle qui n'a pas déplacé les foules, on s’est dit qu’on pourrait essayer d’en faire une BD. Lui dessinerait et moi j’écrirais le scénario.” Mais très vite, le projet déborde. En année de disponibilité, l’ancien médecin se met à écrire “de façon compulsive”. Cahiers, fiches : les notes s’accumule. Jusqu’au verdict de son ami : “C’est beaucoup trop pour une bande dessinée, ça serait mieux d’en faire un roman”, lui glisse-t-il. 

​Violence et rédemption


Dans Servitude(s), le lecteur suit Ange Delagrive, journaliste raté de France-Soir, réduit à écrire des nécrologies sans saveur avant de se retrouver plongé dans une enquête sombre en Polynésie. Un personnage cabossé, alcoolique, loin du héros classique. “Je me suis beaucoup inspiré de ce qu’on peut voir dans le roman noir. Ce ne sont pas vraiment des héros. Ce sont des personnages blessés, avec leurs failles”, développe Arnaud Garnier. Il reconnaît aussi avoir glissé une part de lui-même dans son personnage principal, le même âge et le même amour pour la musique par exemple. Au fil des pages, les références aux bûchers de Faaite apparaissent en toile de fond, sans jamais devenir une reconstitution historique. Avant l’écriture, Arnaud Garnier s’est plongé dans les archives, les émissions radio de l’époque et les ouvrages consacrés à cette affaire de psychose collective ayant conduit à la mort de six personnes sur l’atoll.

Ce roman est traversé par la violence, le fanatisme religieux, les faux-semblants et la rédemption. “La première idée qui m’est venue, c’est cette explosion de violence et de fanatisme religieux dans une petite île. Mais je voulais aussi coller à quelque chose de plus clairement roman noir.” Dans le roman, l’agonie de Jacques Brel aux Marquises accompagne le récit. “Je voulais que tout ce qui concerne Brel soit complètement authentique. Quand je suis allé sur sa tombe à Hiva Oa, ça m’a vraiment touché.” La musique irrigue d’ailleurs tout le livre. Chaque chapitre s’ouvre sur des références musicales, héritées autant de ses goûts personnels que du spectacle créé à Raiatea avant la naissance du roman. “La musique, ça a toujours été quelque chose d’extrêmement important et qui m’accompagne tout le temps” , confie l'auteur. 

Un deuxième roman ?


Si Arnaud Garnier signe aujourd’hui son premier roman, l’écriture n’est pas arrivée du jour au lendemain dans sa vie. Grand lecteur depuis l’enfance, il raconte avoir toujours imaginé écrire un jour. “Mes parents m’ont traîné à la bibliothèque et à la médiathèque depuis que je suis gamin. J’ai toujours énormément lu”, expose celui qui est aujourd'hui retourné vivre dans le sud-ouest de la France, où il continue d’exercer comme pédiatre tout en poursuivant l’écriture sur son temps libre. “L’écriture, c’est le week - end, c’est pendant les journées sans consultation. Et pour l ’instant, c’est bien comme ça.” Après deux ans de travail sur Servitude(s), publié il y a un peu plus d'un mois, l’auteur planche déjà sur un nouveau projet : une novella autour du sport ainsi qu’un second roman noir, cette fois porté par un personnage féminin. “Je crois qu’elle ne sera pas alcoolique, ni un anti-héros” , confie en rigolant le romancier encouragé par sa maison d'édition Au Vent des Îles.

Rédigé par Violaine Broquet le Mercredi 20 Mai 2026 à 18:30 | Lu 250 fois